Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Pilgrim’s Rest, au cœur des Appalaches. Ici, c’est l’Amérique profonde, petite bourgade isolée et coupée du monde surtout lorsqu’il neige. Une vingtaine d’habitants habitent là, tout le monde se connaît, c’est une vie en vase clos. Cette population a été frappée par un drame terrible. Cinq couples ont été enlevés, les hommes exécutés, les femmes disparues et jamais retrouvées. L’assassin a été identifié, il s’appelle Hunter, il a du sang indien, il a passé 12 ans en prison, quartier des condamnés à mort, sans avoir révélé où se trouvaient ses captives. Un jour, il s’échappe. À ses trousses, Freeman dont la vie s’est arrêtée depuis l’enlèvement de sa fille Louise. Douze années à ruminer sa haine et sa vengeance. C’est sur la route qui mène à Pilgrim’s Rest que les destins des deux hommes vont se croiser. Sauf que « les retrouvailles » ne se déroulent pas comme prévu…

Accrochez-vous, c’est un polar qui pulse. Pas beaucoup de temps morts, énormément d’action, presque un film de gangsters à la sauce cow-boys. Beaucoup de personnages viennent peupler les premières pages, des sauts dans le temps, plusieurs histoires dans l’histoire, ce qui m’a décontenancée au début. J’avais une sensation de fouillis, du mal à m’en sortir, quelques passages à vide de découragement…

Mais ! Ce que j’aime beaucoup dans les romans de Ian Manook/Roy Braverman, c’est qu’ils vous emmènent véritablement vers « un autre ailleurs ». Cet ailleurs est si bien construit, brossé, que vous avez l’impression d’y être. Je pense par exemple à « Heimaey » dans lequel il nous emmenait en Islande et où, j’avais eu l’impression de partir en voyage. Celui-ci ne fait pas défaut : c’est au cœur des Appalaches qu’il nous conduit cette fois. J’y ai tiré un tout petit peu moins de plaisir parce que vis aux États-Unis et que des villages de Rednecks j’en ai visité quelque uns, et souvent avec grande circonspection. Pour y avoir passé du temps, je peux signifier que les descriptions, les ambiances du type « le temps s’est arrêté » sont très fidèles, les idées rétrogrades bien ancrées. Ce sont des lieux où l’on peine à s’imaginer vivre, où les esprits sont très étriqués, où la promiscuité est opaque, les rumeurs et histoires de chacun connues de tous. C’est étouffant. C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant ce roman : une sensation de suffocation due à une communauté trop présente malgré les grands espaces. Pilgrim’s Rest est pour moi le personnage principal du roman. C’est la ville qui mène la danse, son histoire, son futur, ses blessures, les horreurs qui s’y sont déroulées. « C’est là qu’il avait appris que l’amour se donne et se prend dans les pleurs et la douleur. »C’est un endroit où le cœur des hommes s’est arrêté, isolé par le froid et glace qui en interdit l’accès. La scène d’ouverture du roman est explosive, on ne peut plus cinématographique.

Globalement, le lecteur se fait pas mal balader, ses certitudes se fracassent de chapitre en chapitre pour laisser place, soit au doute, soit à une révélation qu’il n’avait pas vue venir. Les personnages sont d’une extrême complexité, les apparences trompeuses, et les coupables pas ceux que l’on croit. Alors, évidemment, il est question d’enlèvements et de meurtres, de séquestrations, de sévices en tout genre et de grands malades mentaux qui savent déclencher le syndrome de Stockholm chez leurs victimes, mais ne vous inquiétez pas ! De temps en temps, Roy Braverman vous met un petit coup de taser pour vous réveiller histoire de voir si vous suivez. Dans ses livres, l’auteur commence toujours un chapitre avec un titre. Personnellement, j’aime cette façon de faire : ça donne le tempo si besoin en est, puisqu’il fait souvent référence à des chansons dont il cite les paroles qui m’encourage à aller les écouter. Tout cela contribue à asseoir une véritable ambiance et une patte très spécifique.

Je voulais lire Hunter, car le nouvel opus de la trilogie sort le 7 mars 2019. Il s’appellera « Crow » et se passera en Alaska. Vous allez déjà rencontrer « Crow » dans « Hunter », et si, comme moi, vous décidez de vous plonger dans le tome 1, vous verrez que la fin laisse présager une très belle ouverture sur le tome 2. L’Alaska… Un de mes meilleurs souvenirs de voyage. Je suis donc très impatiente de voir ce que l’auteur en a fait et si je vais avoir l’impression, de me retrouver en terre connue, les psychopathes en moins !

 

corw

3 réflexions sur “HUNTER, Roy Braverman – Hugo Thriller, sortie le 16 Mai 2018

  1. Les Lectures de maud dit :

    Un de mes coups de coeur 2018!! Vivement le suivant 🤩

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  2. Très tentant ce livre. Je découvre cet auteur grâce à toi. Merci Aude 🙂

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