Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Après le remarquable « Les chiens de Détroit », Jérôme Loubry récidive avec « Le douzième chapitre. »
Très différent de son premier opus qui se déroulait alors aux Etats-Unis, l’auteur a choisi de situer l’essentiel de son intrigue en Vendée, France.

Le roman aborde 2 tranches de vie : 
L’été 1986, dernier été à Saint-Hilaire-de-Riez pour Samuel et David avant la fermeture de l’usine dans laquelle travaillent leurs parents.
Août 2017, date à laquelle les mêmes Samuel et David se retrouvent avec un manuscrit étrange qui revient sur les événements qu’ils ont vécus ensemble durant cet été 86.
Samuel et David se connaissent depuis toujours. Ils ont passé l’essentiel de leur enfance ensemble, ont partagé de ces événements qui solidifient une amitié pour toujours. 
Tant et si bien que 30 ans plus tard, l’un est devenu écrivain (David), l’autre son éditeur (Samuel)
Ils reçoivent tous les deux ce manuscrit qui comprend 12 chapitres, envoyé avec la note suivante :
« L’un n’a pas entendu le chant de l’Amour : il est le sourd
L’autre a vu, mais a eu peur : il est le muet
Le dernier a abandonné alors que la solution se trouvait sous ses yeux : il est aveugle » 
Cela les oblige à revivre leur passé, en 1986, lors de ce dernier été en Vendée où l’un des leurs avait tragiquement disparu. 

La construction passé/présent est incontestablement celle que je préfère dans les romans que je lis. C’est une façon, certes assez classique, mais efficace de happer le lecteur, lui permettant de suivre à part égale, des histoires en deux temps, le maintenant dans un état de dépendance jouissif.
Plus encore, j’aime beaucoup découvrir de quelle manière un auteur va parvenir à rassembler deux espaces temps pour n’en faire plus qu’un seul. 
Opération réussie pour Jérôme Loubry qui parvient, par un savant dosage, à maintenir le suspense ! Et je ne vous parle même pas de l’intrigue « policière », en tant que telle, je vous laisse la découvrir.


Avant tout, c’est un roman sur l’enfance. 
Je finis par croire que c’est un thème qui me poursuit dans mes lectures…
On se souvient tous de nos vacances familiales quand on était gosse. 
Pour peu que nos parents aient eu une maison dans un lieu précis, c’était chaque année la même destination ! Arrivée dans cet endroit qu’on connaissait par coeur, installation, reprise d’habitudes estivales, retrouvailles avec les copains du coin. 
Et surtout … Diminution de la vigilance des parents, eux aussi en vacances. 
Grosso modo, ils nous foutaient la paix. C’est d’autant plus vrai quand l’enfance se déroule au milieu des coups, d’une violence vicieuse et intrinsèque qui vous fait vivre dans un état de peur permanent : les vacances sonnent alors comme un état de grâce, une parenthèse dans un quotidien morose et triste. 
Exactement ce que j’ai ressenti dans ce livre dont les descriptions de vacances de David correspondent à des émotions personnelles vécues. 
J’ai beaucoup aimé ce temps où l’innocence des enfants, les premières amitiés, les amours naissants contraste avec l’inquiétude des adultes dont les problèmes sont eux bien réels, laissant entrevoir un monde dans lequel on n’a pas du tout envie d’entrer….

Une belle dextérité aussi dans la manière de créer, à partir d’événements anodins, des habitudes qui vous poursuivent une vie entière. Il faut en effet toute une vie pour se construire des souvenirs…
« Sans se douter un instant que ce fantôme le poursuivrait toute son existence et toquerait à la porte de sa conscience à chaque fois qu’il boirait un café…

Comme chez Guillaume Musso dans « La jeune fille et la nuit », le lecteur explore de belles réflexions sur le métier d’écrivain, qui semble être une interrogation omniprésente chez nos auteurs en ce moment. 
« L’écrivain, lui, il s’emmerde. Voilà pourquoi il invente des histoires. La routine morne et soporifique est donc nécessaire à son métier. « 

« J’ai peur,(…)
De quoi ? 
D’être un personnage (…)
En tant que romancier, je passe mon temps à inventer des personnages. (…) Et là, j’ai peur d’être devenu à mon tour un personnage. J’ai l’impression que quelqu’un réécrit mon passé sans que j’aie quoi que ce soit à en redire. »

Enfin, dédicace personnelle : merci de m’avoir fait découvrir Hiroshi Sugimoto. 
Ce tableau a déclenché beaucoup, beaucoup d’émotions… et même des larmes. 
Impossible de comprendre pourquoi….





Ligurian Sea de Hiroshi Sugimoto
« La perte des repères, le temps qui passe, la fusion parfaite entre deux entités. »

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