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Le Chant du rossignol, Kristin Hannah.

Le chant du rossignol de Kristin Hannah

Après « Le chant des oubliées » qui se déroulait au Vietnam, je continue ma découverte de l’œuvre de Kristin Hannah avec « Le Chant du rossignol ». Ce roman, publié au format poche en 2017, s’inspire de l’histoire vraie d’Andrée de Jongh qui aidait les aviateurs alliés à franchir les Pyrénées. Nous sommes donc durant la Seconde Guerre mondiale et le roman commence en 1939. À l’instar de « The Women », « The Nightingale » met en lumière l’engagement des femmes durant les conflits armés. Kristin Hannah les replace dans un contexte historique pour honorer leurs mémoires, leur rendre justice et empêcher l’oubli. 

« Le Chant du rossignol » s’ouvre à Carriveau, dans la Loire. Vianne Mauriac, mariée à Antoine, est institutrice. Mère d’une petite Sophie, elle mène une vie paisible au rythme des saisons. Lorsque son mari est mobilisé en 1939, son univers entier s’écroule : la guerre, elle n’y croyait pas vraiment, et que pourrait bien y faire son mari qui exerce le métier de facteur ? 

La sœur cadette de Vianne, Isabelle, est son exact opposé. Renvoyée de plusieurs écoles qui apprennent les « bonnes manières », elle est une fille de son temps. Rejetée par son père, Isabelle ne compte que sur elle-même. La guerre est pour elle une occasion de s’engager dans une cause, de se dresser contre les injustices et de donner un sens à sa vie. 

Au gré des chapitres du « Chant du rossignol », le lecteur suivra tantôt l’une, tantôt l’autre. Ce roman est une fresque sur la Seconde Guerre qui m’a beaucoup fait penser à la magnifique série « Un village français ». Il explore les cicatrices de l’Histoire par le prisme des femmes et démontre combien elles ont contribué, chacune à leur niveau, à l’effort de guerre. À travers ces deux femmes, l’une par la résilience, l’autre par l’action, il devient évident que la bravoure peut se mesurer de différentes façons…

Comme dans « Le chant des oubliées », la guerre est ici vue par les femmes. Pour donner un peu de contexte, Vianne se retrouve avec un officier allemand qui cantonne dans sa maison. Bien malgré elle, et pour protéger sa fille, elle a l’air d’être complice d’un système. Quant à Isabelle, elle rentre très vite dans la résistance en devenant passeuse vers les Pyrénées. La dureté de ses missions ne l’arrête pas, bien au contraire, elle affronte le danger avec courage et sang froid. 

« Le Chant du rossignol » raconte les coulisses d’une guerre : les files d’attente, les réquisitions de maisons, les files d’attente devant les magasins. En base arrière, les femmes ont lutté et résisté. 

La construction à deux voix laisse à voir deux faces d’une même pièce. Les réflexions de Vianne et les actions d’Isabelle dessinent une toile intime au cœur de la guerre. Ainsi, le lecteur peut plonger dans deux univers diamétralement opposés. Les grands événements historiques, tels que l’arrivée des troupes allemandes, la capitulation de Pétain, la répression contre les Juifs, les camps de travail ou d’extermination, les actes de collaboration permettent de suivre une certaine chronologie. C’est le mélange habile des deux qui permet de faire naitre les émotions. Kristin Hannah capture la terreur, la culpabilité, l’amour, l’isolement, le courage avec une grande justesse. Le lecteur reste suspendu à ce fil même s’il connaît les étapes historiques clés. 

À chaque fois que je suis confrontée à un film, ou à un roman qui traite de ce sujet, je ne peux m’empêcher d’être soulagée de ne pas avoir vécu cette période-là, mais une sempiternelle question me taraude : qu’aurais-je fait en ces temps précis ? « Le Chant du rossignol » montre bien la divergence d’actions (surtout au début du roman) de Vianne et d’Isabelle. Vivre ou résister, faut-il vraiment choisir ? La première est mère, donc prudente. Son instinct lui intime de protéger sa fille, même lorsqu’un officier allemand vient s’installer chez elle. A contrario, la seconde est impétueuse, rebelle et refuse la soumission. Très tôt, elle choisit l’action et l’engagement. Quelle définition convient-il de donner à l’héroïsme ? 

Kristin Hannah a choisi une narration rétrospective. En effet, « Le Chant du rossignol » s’ouvre sur quelques chapitres où, dans les années 90, une femme s’apprête à déménager. Au grenier, elle retrouve de vieux souvenirs qu’elle souhaite emporter avec elle. Ainsi, elle revient sur son passé. Cette plongée dans ses souvenirs nous ramène en 1939. Le lecteur se doute qu’il se trouve en présence d’une des sœurs, mais il ne sait pas laquelle. Je pense que cette structure a significativement renforcé mon intérêt pour le récit, et je me suis laissée porter. 

J’ai été très émue par ce texte qui devrait être porté à l’écran par Mélanie Laurent pour une sortie en 2027. Le rôle des femmes durant les différentes guerres mérite d’être mis en lumière, et Kristin Hannah leur redonne une place dans l’Histoire. 

« Les hommes racontent des histoires, […]. Les femmes continuent d’avancer. Pour nous, ça a été une guerre de l’ombre. Il n’y a pas eu de parade pour nous quand ça s’est fini, ni de médailles ou de mentions dans les livres d’histoire. Nous avons fait ce que nous devions pendant la guerre, et quand elle s’est terminée, nous avons recollé les morceaux et recommencé nos vies.» 

De tout temps, le corps des femmes a été une arme redoutable dans chaque conflit, et, aujourd’hui encore, elles sont prises pour cible. Cependant, elles ont également été des actrices majeures, défendant leurs idées et leurs idéaux, animées par le désir de justice, l’amour et le courage. Elles ne se sont pas contentées d’attendre, elles ont agi, sauvé et résisté, tout en payant ensuite le long tribut du silence. 

« Si j’ai appris une chose dans cette longue vie qui a été la mienne, c’est ceci : dans l’amour, nous découvrons qui nous voulons être; dans la guerre, nous découvrons qui nous sommes. »

La fin de ce roman est bouleversante, et je crois que cela fait longtemps que je n’ai pas ressenti de telles émotions en refermant un roman. « Le Chant du rossignol » fait partie de ces grandes fresques historiques romanesques qui font vibrer, pleurer et réfléchir. Il contribue à un devoir de mémoire. Quant au titre, il résume parfaitement le récit lorsque l’on fait quelques recherches sur la symbolique du rossignol après la lecture. « Si tu traverses l’enfer, continue d’avancer. Winston Churchill. »

Traduction : Matthieu Farcot

Titre original : The Nightingale

Editeur : Le livre de poche

Sortie : 4 octobre 2017

696 pages, 10,90 euros

Disponible chez Audible, lu par Carine Obin, 18h20 d’écoute.

Découvrez aussi : Le chant des oubliées, Kristin Hannah.

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