J’ai écouté presque tous les romans de Serena Giuliano en version audio, mais, depuis qu’elle les lit elle-même, j’y prends un plaisir encore plus grand. Ses romans se déroulent toujours en Italie, et, avec son accent italien, ces moments d’écoute sont de petits shoots de bonheur et de franche rigolade.
L’action de « Villa Gloria » se tient dans une pension de famille située dans les Pouilles, au cœur d’un petit village charmant où vivent des personnages hauts en couleur. Cet établissement est tenu par Iris et sa mère Gloria et accueille des visiteurs qui ont besoin de s’éloigner du monde pour réapprendre à respirer. Iris est aussi pragmatique que sa mère est fantasque, mais leur petit duo fonctionne à merveille.
Cette semaine, elles reçoivent un groupe de vacanciers dont les personnalités très différentes vont devoir être gérées avec « doigté ». Gregorio est en râleur pathologique, stressé à l’extrême qui commence son séjour avec une valise perdue. Carla est arrivée pour une sorte de retraite spirituelle et a fait vœu de silence. Valentina et sa nièce Bianca, déjà rencontrées dans « Felicità », viennent en vacances pour se détendre et tenter d’oublier le décès de la maman de la petite. Enfin, un couple mystérieux débarque et passe le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre.
Le quotidien de ce petit monde nous est raconté le temps d’une semaine. Rythmée par les repas, les cocktails, les confidences, les secrets bien enfouis et les maladresses verbales, la vie à la « Villa Gloria » prend des allures de comédie douce-amère, car, évidemment, à passer autant de temps ensemble, certains masques finissent par tomber.
La galerie de personnages imaginée par Serena Giuliano est délicieusement contrastée. Tous les personnages sont finement brossés et provoquent soit l’exaspération, soit le rire, soit l’empathie. Le duo mère-fille ne manque pas de piquant tant elles sont différentes. Gloria est excentrique, chante à tue-tête en faisant la cuisine, dit tout haut ce qu’elle pense tout bas, elle vit sans filtre. Bruyante, envahissante, solaire, Gloria assume qui elle est, avec ses failles et ses vulnérabilités. À l’inverse, Iris est la rigueur incarnée. Organisée, prévoyante, elle tente désespérément de maintenir l’équilibre de la « Villa Gloria » tout en gérant les excentricités de sa mère et des clients qui voltigent autour d’elle et apportent une histoire à raconter et des problèmes supplémentaires.
Pour autant, sous couvert de légèreté et de rires, « Villa Gloria » aborde également des thématiques plus sérieuses. Serena Giuliano parvient à conjuguer une relative gravité avec un humour certain : l’alliance des deux est parfaite. Ainsi, pour les plus curieux, sachez que l’on parle ici de maternité, de relations mère-fille, de solitude, de deuil et de reconstruction. Il y a aussi un sujet qui revient dans ce roman et que vous devez connaître si vous suivez l’écrivaine sur les réseaux : la théorie du pair et de l’impair (qui a suscité quelques débats dans mon foyer !) « Oui, dans la vie, je classe tout : les gens, les objets, les événements, les couleurs … En deux catégories : paire ou impaire. Ça s’apparente à de la synesthésie. Certains associent des éléments à des couleurs — lundi bleu, mars rose —, parfois même à des odeurs. Pour moi, c’est pair ou impair. »
« Villa Gloria » c’est surtout une écriture vive, drôle, tendre et parfois mordante. Le ton de Serena Giuliano est savoureux dans la version audio et, croyez-moi, vous allez rire. Son style est direct, proche de l’oral, ce qui permet une sympathie immédiate face à des événements ou des personnes de la vie réelle. Les dialogues claquent et les réparties sont exquises : « Gregorio, tu es venu ici pour te détendre, je me trompe ?… Alors, si tu commençais par retirer ce truc qui te gêne ? — Quel truc ? — Eh bien… le balai qui obstrue ton derrière, mon ami ! » On rit souvent, mais sans se moquer et avec tendresse. L’humour de Serena est sa marque de fabrique et il permet souvent de désamorcer les tensions.
« Villa Gloria », c’est une comédie humaine à l’italienne, aux accents lumineux. Si vous avez déjà passé du temps en Italie, vous comprenez ce que je veux dire. Ce roman est plein de chaleur humaine, de douceur et de tendresse. Il fait tellement de bien au moral ! Serena Giuliano parvient à faire rire tout en touchant, à aborder des sujets plus intimes avec légèreté et à vous donner faim (que j’ai eu faim à la mention de tous ces plats faits maison !). À lire ou à écouter au soleil, un spritz à la main !
Editeur : Robert Laffont
Sortie : 13 mars 2025
208 pages, 18,90 euros
4 h 2 d’écoute pour la version audio
C’est vrai qu’on a faim dans tous ses bouquins. Merci à toi pour la jolie chronique 🙏 😘
Une lecture qui a l’air agréable et divertissante, et si je lis ce roman, ça sera dans sa version audio !
Oui tu as raison ! 😉