Premier roman d’Estelle Rocchitelli « Après la brume », nous invite sur une petite île bretonne à l’atmosphère empreinte de mystère, de charme et à l’environnement indompté. Dans ce roman, ce sont les femmes qui racontent la vie quotidienne pendant que les hommes sont en mer. Différentes voix se succèdent et se répondent : Yuna l’ancienne des lieux, Alma grande passionnée d’oiseaux, Marielle qui cherche dans l’océan calme et sérénité, Karen qui tient la seule auberge de l’île, Lili de passage les week-ends, Maud l’institutrice nouvellement affectée, et Tina maman de la petite Raphaëlle dite Raph, 6 ans. C’est lors d’une sortie scolaire que Raph disparaît. Sur l’île, un phénomène assez fréquent envahit les espaces : la présence d’une brume épaisse qui tombe d’un coup et empêche toute visibilité. Raph connaît bien la lande, il ne fait aucun doute qu’elle va réapparaître.
Dans le roman « Après la brume », les femmes occupent une place centrale, devenant les gardiennes de l’île, mais aussi celles de son histoire et de ses traditions. À travers une narration chorale, Estelle Rocchitelli fait résonner leurs voix, chacune apportant une perspective unique de la vie insulaire. Mais ensemble, elles incarnent la résistance, la mémoire et la continuité de cette communauté isolée. Ce choix stylistique permet à l’écrivaine de créer un écho entre leurs expériences individuelles, tout en renforçant l’idée de communauté soudée. Elles sont les piliers d’un lieu marqué par la rudesse des éléments et l’isolement. Les récits se croisent, se complètent et se répondent à l’unisson.
L’océan est une présence omniprésente et puissante, un souffle qui s’exprime au rythme des vagues, une mère capricieuse qui enlace et qui gronde. Il est à la fois berceau et tombeau, un espace vaste qui contient tous les secrets de l’île, ses peurs et ses espoirs. La nature, quant à elle, est un manteau vivant qui recouvre chaque maison. C’est elle qui dicte les lois, qui guide les pas et les pensées de ceux qui y vivent. La nature n’est pas ici une toile de fond : elle est un personnage à part entière, une entité vivante et pulsante qui exige du respect, de l’écoute, et parfois de la crainte. Elle porte en elle la mémoire des siècles, les échos des tempêtes passées et les chuchotements des vents futurs. Le vent parcourt les landes comme un loup affamé. La brume descend sur l’île comme un voile de mystère, recouvrant les chemins, effaçant les repères. « Après la brume » se transforme alors en conte où les ombres semblent prêtes à envahir les corps et les esprits. La disparition de la fillette au présent vient réveiller les fantômes du passé et catalyse les émotions de certains personnages comme la quête de soi, et la résilience. La recherche de Raph ne se limite pas à la quête physique. Elle est aussi symbolique, représentant une recherche de sens, de paix intérieure et de rédemption, comme si les personnages aspiraient à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.
Ici, la nature est une force sacrée, indomptable, libre et l’écriture d’Estelle Rocchitelli lui rend un hommage vibrant, presque comme un chant ancien. Elle sculpte les paysages avec des mots, comme le vent taille les rochers. Elle ne cherche pas à apprivoiser la nature, mais à la célébrer dans toute sa puissance brute, à la décrire telle qu’elle est. Elle rend visible l’invisible, elle donne aux éléments une voix qui s’élève comme une prière vers le ciel. Ses mots poussent comme des fleurs sauvages, sans les domestiquer ni les contraindre. C’est une écriture qui respire, qui sent le vent, le sel marin, le bois chauffé par le soleil. « Après la brume » est un très joli premier roman. L’écriture d’Estelle Rocchitelli est à la fois lyrique et évocatrice, imprégnant chaque page d’une beauté sombre et délicate. Ce texte annonce une voix littéraire prometteuse, capable de capturer les complexités de l’expérience humaine dans un cadre à la fois intime et universel.
Souvenez-vous : L’ENFANT RIVIÈRE, Isabelle Amonou – Dalva, sortie le 5 janvier 2023.
A lire pour la qualité de l’écriture alors, merci pour la qualité de ta chronique !
Eh bien, ce roman a l’air incroyablement poétique, en tout cas, c’est ce que j’imagine quand je lis tes mots. Je partirais sans doute à la rencontre de ses femmes et de leur histoire.
Jolie chronique très poétique. Merci à toi 🙏 😘
Oui c’est le cas, ça devrait te plaire 😉