Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Je vous laisse savourer le titre… « La divine comédie de nos vies », titre plus qu’à propos en ce moment, sujet potentiel d’une réflexion philosophique de nos futurs bacheliers : la vie est-elle une divine comédie ? Vous avez quatre heures pour me convaincre que ce monde est sérieux (merci Francis) et moi une chronique pour vous encourager à découvrir ce roman de Gavin’s Ruiz. Si j’avais le courage d’écrire un roman, c’est sans doute une histoire de potes qui se connaissent depuis toujours que j’aurais envie de raconter. Histoire de copains, histoire de famille, voilà sans doute pourquoi tous les romans qui abordent ces thématiques m’attirent comme des aimants. Gavin et moi ne nous connaissions pas, mais l’erreur est désormais réparée, même si, soyons honnête, il m’aura manqué environ 650 pages aux 214 écrites, tant j’aurais aimé que ce roman choral n’en finisse pas. Et bien oui, quand on est bien dans une lecture, on n’a aucun désir d’en sortir, on meurt d’envie d’en savoir plus sur les personnages qui l’habitent, sur leurs vies passées et leurs choix à venir. « La divine comédie de nos vies » repose sur une galerie de personnages très attachants. Trois d’entre eux dont je suis tombée un peu amoureuse : Jérôme, Sacha et Marc, 3 mousquetaires dont la devise est «Un pour tous, et tous copains.»

Ce roman pourrait avoir comme bande originale la chanson d’Aznavour « Mes amis, mes amours, mes emmerdes », mais débute comme un film de Lelouch, gros plan sur Jérôme, face caméra, petit chabada bada en toile de fond. «J’étais plein, plein des autres, des actualités, des activités, du monde entier. Je n’en pouvais plus. À force de vivre pour les autres, je me suis oublié. Je suis devenu un autre.» Jérôme, post coïtum animal triste décide que sa vie ne lui ressemble plus, qu’il s’est trahi, menti à lui-même, qu’il étouffe, se bride, suffoque sous la routine, s’asphyxie à vouloir à tout prix le bonheur de son prochain tout en oubliant le sien, travestit la vérité de ses émotions. Il a viscéralement, désespérément envie de tout changer et d’aller voir ailleurs. Un évènement précis provoque l’étincelle nécessaire à la mise en place de l’exécution d’un plan complètement fou. Aidé de l’un de ses amis les plus proches, il va trouver le courage de tout changer pour métamorphoser sa vie. De l’audace, de l’audace, de l’audace ! Risquer pour avancer, hypothéquer le passé pour construire l’avenir et redevenir soi, celui qu’on était avant de s’oublier. «Combien de chemins dans nos vies n’avons-nous pas pris par peur, par manque de courage, avec cette sensation au fond de soi de ne pas être à la hauteur? Et pourtant… que risquait-on vraiment?»

« La divine comédie de nos vies » met les pieds dans le plat de nos propres existences en interrogeant chaque lecteur sur son parcours de vie. C’est assez troublant dans la mesure où le récit donne des idées… des idées pas toujours « politiquement correctes », mais assez jouissives. Comme il est jubilatoire d’envisager l’espace de quelques heures de mettre sur pied ce plan complètement déjanté en faisant fi du monde extérieur, des émotions de ses proches et de ne penser (pour une fois !) qu’à soi ! Voilà de quoi réjouir les plus téméraires d’entre nous, persuadés qu’un peu de piquant et d’égoïsme latent sont nécessaires au bonheur. De plus, la construction du récit sous forme de roman choral absout, d’une certaine façon, le choix de Jérôme en démontrant qu’il n’est pas si loin de la vérité dans ses analyses et que ses intentions étaient finalement légitimes. Amen !

Roman résolument positif qui aborde une thématique singulière dont je ne parlerais pas, « La divine comédie de nos vies » replace le « Moi » au centre de tout. Être heureux, c’est d’abord être en harmonie avec soi-même. Retenez bien cette petite phrase : «Voilà le secret. Ne jamais s’habituer.» Ne jamais s’habituer à la médiocrité de certaines phases de nos existences, de la vacuité de nos émotions, rester en alerte de nos exaltations, mais aussi de leur absence. Le petit secret du bonheur…

Je remercie les éditions Albin Michel de leur confiance.

Une réflexion sur “LA DIVINE COMÉDIE DE NOS VIES, Gavin’s Ruiz – Albin Michel, sortie le 3 mars 2021.

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