Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Lycée Carnot, Paris, 1990. Caroline entre en classe de 4e, dans un nouveau lycée. Elle a déménagé et la rentrée apparaît comme un rendez-vous en terre inconnue. À 13 ans, on vit les choses plus difficilement qu’à 8, il faut se refaire des amis, être à la hauteur au niveau scolaire, se fondre dans la masse, mais en même temps sortir du lot. C’est l’âge des premiers bécots, des seins qui poussent ou pas, des premiers émois, des émotions qui changent l’humeur. L’adolescence en 1990… Quel âge aviez-vous alors ?

Adèle Bréau vous connaissez ? Un conseil littéraire donné par ma belle-sœur il y a longtemps déjà. Un premier tome « La cour des grandes » où le lecteur suit Mathilde, Alice, Lucie et Eva, quatre femmes les deux pieds dans la vie, entre carrière professionnelle, maternité et vie de couple. Des quadragénaires en plein bouleversement qui tentent de survivre à leurs vies. Un second tome, « Les jeux de garçons » où le lecteur découvre le point de vue des hommes, conjoints des protagonistes susnommées, à la même période que dans le tome 1. Enfin, troisième tome, « Les devoirs de vacances », la petite troupe enfin rassemblée part en vacances. Entre drames et éclats de rire, le lecteur boit du petit lait. J’ai littéralement adoré cette trilogie, dévorée en quelques jours, riant, pleurant, me reconnaissant dans l’une ou l’autre, me délectant d’avoir aussi le point de vue des mecs – hommes, mode d’emploi. Certains passages sont hilarants !!

Les Américains ont un mot que j’aime beaucoup pour résumer ce nouveau roman d’Adèle Bréau : throwback, ou retour dans le passé. Caroline a 13 ans en 1990, j’en avais 16. Autant dire que tout ce qui est décrit dans ce livre fait partie de ma vie… passée… celle où nous avions encore le pouvoir de nous échapper au collège, ou dans nos têtes, pelotonnés sous la couette à écouter la musique qui rythmait nos émotions du jour. L’adolescence est une période unique, enfants en quête d’eux-mêmes, parents qui ne comprennent plus, fossé qui se creuse entre deux générations qui peinent à se déchiffrer.

 Pour ceux de cette génération, vous retrouverez avec plaisir les sacs US, les chaussettes Burlington, les doudounes Chevignon, les caleçons Arthur des garçons. On allait au Prisunic, au Virgin sur les Champs, au cinéma où des ouvreuses vendaient des friandises, et où passaient les spots de pub Jean Mineur. Nos téléphones étaient à cadran, avec fil, on engloutissait nos petits déjeuners dans des bols bretons avec nos prénoms gravés dessus, nos manuels d’Espagnol s’appelaient « Caminos Del Idioma », nos appareils photo étaient à pelloches qu’il fallait faire développer. On regardait « Ciel mon mardi », » Sébastien c’est fou »,  « La Grande Famille », « Surprise sur prise », « le Bébête Show ». Les films qui sortaient s’appelaient « Ghost » ou « Pretty Woman », Les séries, « Santa Barbara », « Ma sorcière bien-aimée », « Alerte à Malibu ». On écoutait France Gall, Vanessa Paradis, Les Guns, Les Doors, UB 40 sur des tourne-disques ou des walkmans et on fredonnait « We are the world ».

Adèle Bréau a ouvert un pan de mon adolescence que j’avais presque oublié et j’ai adoré m’y replonger avec délice, émotion, tristesse, joie et peur comme l’adolescente que j’étais alors. Ce n’est pas tant l’histoire qu’elle raconte, c’est surtout la magie avec laquelle elle fait renaître des émotions, des sensations et même des odeurs que nos esprits d’adulte ont archivées. J’ai aimé retrouver ces premières fois : premier cœur qui bat pour un garçon, premier baiser, premières questions qu’on se pose de n’avoir jamais embrassé, première amie à qui l’ont confie beaucoup, premières soirées, premiers rendez-vous. Et dans ce monde singulier qui n’appartient qu’à cet âge égoïste où l’on pense beaucoup à soi, le monde continue de tourner autour des problèmes des grands : parents qui s’engueulent, maman qui pleure, papa qui crie, premier enterrement, premiers événements de la vie qui arrivent sans s’annoncer.

C’est un roman extrêmement tendre dans lequel Adèle Bréau pose un regard bienveillant et nostalgique sur une période de la vie essentielle, la construction de soi. Devenu parent, le lecteur a cette curieuse sensation d’entendre ce qu’il se disait alors à cette époque, de tout ce qu’il ne ferait pas plus tard avec ses enfants parce que c’est trop humiliant ou dénué de toute sensibilité, et qui comprend pourtant tout ce que l’auteur soulève dans son épilogue. J’ai beaucoup souri, ris aussi, et les émotions comme des vagues me sont revenues en plein cœur. C’était le temps d’une certaine insouciance, mais aussi le début d’une prise de conscience.

Ce bouquin est une petite madeleine de Proust qui fait ressurgir un temps révolu pas tout à fait oublié… juste un peu enterré, et qui devrait nous permettre de mieux appréhender l’adolescence de nos enfants, simplement parce qu’on a été ado avant eux. Même si l’époque est bien différente, les questionnements des premières fois restent similaires et c’est de cela que nous devrions nous souvenir en regardant nos enfants.

Throwback…. Juste pour quelques minutes… J’ai 16 ans, j’écoute les « Cure » à fond dans ma chambre, je ne m’habille que de noir, je suis coiffée comme Robert Smith et j’affiche sur mon visage cet air mélancolique permanent, comme si la tristesse était plus inspirante que la joie de vivre. Je fais la gueule, je lis Anaïs Nin ou Kundera en cachette, j’essaie même Sollers parce que ça fait bien, je découvre « Les Nuits Fauves » de Cyril Collard. Mes potes écoutent « »Bérurier Noir »  ou « Gogol 1er »que je fais semblant d’aimer. Je tanne ma mère pour avoir un pull Poivre Blanc, un tee-shirt Oxbow et un jeans Chevignon que je mettrais à peine. Je suis amoureuse, d’un méchu qui porte des bottes de cow-boy, qui vient des US et qui habite dans une ferme parce qu’il élève des chevaux. Il conduit déjà… Une vieille Volvo jaune, à gaz, avec la bonbonne dans le coffre. Je m’émeus de ces souvenirs qui finalement sont toujours là et me font rire avec tendresse.

Merci, Adèle, pour ce formidable voyage dans le passé : ça fait un bien fou !

#LodeurDeLaColleEnPot #NetGalleyFrance

4 réflexions sur “L’ODEUR DE LA COLLE EN POT, Adèle Bréau – JC Lattès, sortie le 24 avril 2019

  1. prvst dit :

    Vache instant nostalgique
    Kundera les berus gogol les cures et les nuits fauves
    Un poil plus vieux.. Juste un poil c’est l’époque de mes virées parisiennes et mes 1eres nuits
    Je viens de quitter le lycée
    A lire donc

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Que ça fait du bien 😉
      Toi non plus tu n’as pas oublié ??;-)

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  2. Matatoune dit :

    C’est pas mon époque , mais que cette nostalgie fait du bien !

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Quelle que se soit l’époque, ça fait du bien de se souvenir 😉

      J'aime

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