Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Avant la prochaine sortie du nouveau roman de Paul Colize « Un jour comme les autres »  le 7 mars 2019 (je vous mets le résumé en fin de chronique), j’avais envie de découvrir l’auteur par l’un de ses ouvrages précédents, que j’avais depuis un certain temps dans ma pile à lire.

Fred est pigiste web pour le quotidien belge « Le soir ». Comme dans son métier où tout va vite et fort, il consume sa vie par les deux bouts. Adepte des paris de l’extrême où sa vie est toujours mise en jeu, il ne fonctionne qu’à coup d’adrénaline, quand son coeur bat à 200 à l’heure.  En quête perpétuelle de scoops susceptibles d’asseoir sa carrière de journaliste, il reçoit, un soir, un étrange coup de fil pour recueillir des révélations fracassantes. Le jour du rendez-vous, les choses ne se passent pas comme prévu. Obstiné par l’idée de trouver le fin mot de l’histoire, Fred est alors embarqué dans un engrenage qui va dépasser ce qu’il a pu imaginer.

Dans ce roman, tout va extrêmement vite, au rythme des flashs de news postés en ligne partout dans le monde, à chaque seconde. Notez la couverture, ça donne une très bonne idée. Un tourbillon d’informations qui vous farcit le cerveau et ne permet jamais ni calme ni introspection. Fred est aspiré dans un vortex constant de nouvelles déprimantes, d’accidents, de morts, de guerres. Quand il ne travaille pas à trouver le scoop du siècle, Fred comble les vides. À coup d’alcool, de paris plus fous les uns que les autres : autoroute à contre sens, électrocution, noyade, il va tout tenter… pour se sentir exister…  Fred est un personnage fascinant. D’où lui vient ce besoin d’auto-destruction ? Après quoi court-il ? Il passe son temps à frôler la mort, à la provoquer, à lui adresser des pieds de nez. Derrière ce besoin avide de sensations fortes, Fred cache une blessure de jeunesse, profonde, de celle qui définit une vie entière et fait prendre des chemins escarpés. Suicidaire ? Oui il l’est. Mais il cherche également à savoir où sont ses limites en provoquant des pics d’adrénaline qui lui permettent de tolérer le quotidien. « Je suis une star dans le microcosme des fêlés ». Il cherche désespérément  la reconnaissance et le pardon. Sa vie n’est pas en construction, elle est en attente de la rencontre avec la grande faucheuse. Cette rencontre, il l’attend, la provoque souvent, et repousse toujours un peu plus loin les limites du danger.

Sa vie sentimentale est, elle aussi, compliquée. Compliquée et incertaine. Il entretient une aventure avec une femme mariée. Ce temps-là, volé aux autres et aux événements du monde, est un temps d’irréalité.« Dans notre monde, nous nous déconnectons de la réalité. Nous fuyons les lamentations, les plaintes, les jérémiades, les disputes et les reproches qui pourrissent le quotidien des couples légitimes. » Très joli jeu de séduction entre Fred et Camille qui sont amants occasionnels. Camille est l’anti Fred, elle compose avec ses rêves brisés. Dans sa vie, Fred est le piment qui vient la réveiller. Leur relation est savoureuse, comme celle des premières fois où l’on se retrouve en catimini, une vie faite d’attente des prochains rendez-vous, qui fera disparaître, pour quelques heures, le poids de la réalité.

Paul Colize plonge le lecteur dans ce métier très peu connu du grand public : pigiste web. Le journalisme du futur. Une asphyxie quotidienne d’informations, une quête perpétuelle de données à relayer le plus rapidement possible, un Graal à trouver pour sortir l’article qui bénéficiera, pour quelques heures, de toute la lumière . Ça donne le tournis tellement les événements s’enchaînent à la vitesse du son ! Les infos martelées, qui ne s’arrêtent jamais et un monde perpétuellement en mouvement offrent une belle mise en abîme de la vacuité de nos vies. Rajoutez l’hyper connectivité, la dépendance mentale, l’asservissement à la technologie et vous obtiendrez un cocktail détonnant ! « La majorité du contenu du journal d’hier n’a plus de valeur aujourd’hui. Ne parlons pas d’avant-hier, de l’année dernière ou du siècle écoulé. »

L’écriture de Paul Colize est très réaliste, pas de fioriture, pas de mot de trop. Le rythme du roman est soutenu, un peu à la façon 24 heures chrono, chaque chapitre, court, à un titre pour donner la température de ce qui va suivre.  Elle se veut le témoin de notre époque. L’intrigue, qui s’étend du 16 juin au 15 juillet 2015 est construite autour d’un fait réel, le massacre d’Odessa. Comme pour le héros principal, on sent à chaque page une urgence de vivre. Flirter avec la mort est aussi une façon de se sentir vivant. La lecture est parfois dérangeante tant elle renvoie au vide de nos actions quotidiennes, surtout lorsqu’elles sont guidées par notre inconscient, ou par un événement passé dont on n’a pas su faire le deuil.

À Paul Colize de conclure :

« Nous devrions tous bénéficier de plusieurs vies. Nous pourrions aller au bout de nos fantasmes, revivre nos meilleurs moments, apprendre de nos erreurs. »

L’idée me plaît assez….

 

 

un jour comme les autres

Emily vit seule en Italie où elle passe ses journées à trouver le mot juste – elle est traductrice littéraire de métier – et à faire parler les chiffres qu’elle affectionne. Mais surtout, elle passe ses journées à attendre.

614 jours qu’elle attend. Presque deux années à se repasser en boucle la dernière journée d’Éric.

En apparence un jour comme les autres. À essayer de comprendre. À ne pas pouvoir faire son deuil. Alain est reporter d’investigation au
Soir, en Belgique. Il passe ses journées à enquêter, creuser, recouper les informations. Éric, il l’a connu. Suffisamment pour s’intéresser à sa disparition.

Et encore plus quand il réapparaît…

 

 

 

 

2 réflexions sur “ZANZARA, Paul Colize – Fleuve Noir, sortie le 9 mars 2017

  1. Les Lectures de maud dit :

    Et encore un que je ne connais pas merci

    J'aime

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