Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Un sombre été de Vera Buck

« Un sombre été » est le troisième roman de Vera Buck traduit en français chez Gallmeister. Cette fois-ci, l’autrice allemande nous emmène en Sardaigne sur les terres de Piergiorgio Pulixi.

Tout commence par l’achat d’une vieille maison que Tilda acquiert pour un euro symbolique dans le village reculé de Botigalli. J’avoue avoir pensé que, dans mon envie récurrente de quitter la civilisation, j’aurais été bien tentée, comme elle, par cette « bonne affaire ». En découvrant cette ruine, et en débutant les travaux, j’étais curieuse de ce qui se cachait derrière chaque mur. Les fissures de la bâtisse et les impacts de balles laissaient entrevoir une histoire nébuleuse et assez opaque. 

On avance dans l’histoire à pas feutrés, la prudence est de mise… Il faut creuser lentement de peur de tomber sur quelque chose qu’il sera impossible de reboucher. 

Botigalli, c’est d’abord une atmosphère : un village isolé écrasé de chaleur, un silence de plomb la plupart du temps… sauf pour les cloches de l’église qui sonnent de manière erratique, un lieu encerclé par des montagnes qui semblent se refermer sur lui. Tout le monde s’accorde à dire que cet endroit est maudit, frappé par une ancienne malédiction dont il n’est jamais parvenu à se défaire. Le seul témoin encore vivant, témoin d’un massacre vieux de quarante ans, refuse même de parler. Ici, par « Un sombre été », la vie semble s’être arrêtée, dans le présent, mais aussi dans le passé. 

En général, dans les romans noirs, j’ai une appétence particulière pour les lieux qui sont en réalité les personnages principaux. C’est le cas ici. À grande échelle, il s’agit de tout le village, à plus petite échelle de la maison de Tilda. C’est un peu comme si les murs racontaient l’histoire et j’admire la dextérité des auteurs qui y parviennent. Dans « Un sombre été », par l’entremise des chapitres au passé, Vera Buck dévide une pelote qui livre peu à peu ses secrets. 

Ainsi, le lecteur découvre Franca, une jeune fille qui a vécu là durant les années 1980. Si l’on peut aisément imaginer et compatir à cette naissance dans un milieu traditionnel où le patriarcat est tout-puissant, le courage de Franca est d’autant plus admirable quand elle tente de faire entendre sa voix. En revanche, ce qui est inconcevable est ce qui lui arrive et comment sa famille, notamment, étouffe sa voix. Je ne connaissais pas ce pan de l’histoire italienne et jamais je n’aurais pu imaginer que de telles pratiques puissent avoir cours dans un pays européen. 

C’est là aussi qu’« Un sombre été » brille par sa construction originale. Sans rien révéler de l’intrigue, sachez que Vera Buck a travaillé sur une construction en miroir entre passé et présent. Certains personnages rejouent, sans le savoir, une scène vécue par une génération précédente. Ainsi, en sus de la narration chorale, la construction habile de l’autrice permet une immersion totale. Ajoutez à cela des éléments du folklore sarde, une touche de fantastique qui trouve une interprétation à la fin et vous obtenez un cocktail assez détonant qui vous accroche à votre lecture. 

Après « Les enfants loups » et « La Cabane dans les arbres », c’est toujours un plaisir de retrouver Vera Buck pour ouvrir le bal de la rentrée littéraire, d’autant que sous ses aspects de roman noir, « Un sombre été » est un roman résolument féministe. Elle a redonné une voix à des femmes qui n’en avaient plus en s’appuyant sur une réalité juridique italienne bien réelle inscrite dans le Code pénal. 

Dans sa postface, Vera Buck s’appuie sur l’histoire vraie de Franca Viola, cette jeune femme entrée en résistance en 1965.

De manière générale, « Un sombre été » montre le fonctionnement et les mécanismes du patriarcat, de ces hommes qui décident pour les femmes au nom de leur protection ou de leur honneur. Il est toujours utile de rappeler combien il est difficile de faire entendre la voix des femmes et que le combat est loin d’être terminé. 

Titre original : Der Dunkle Sommer

Traducteur : Brice Germain

Roman reçu en service de presse – Chronique non rémunérée 

Editeur : Gallmeister

Sortie : 19 août 2026

480 pages, 25 euros

Découvrez aussi : La cabane dans les arbres, Vera Buck – sortie poche le 19 août 2026

En savoir plus sur l’affaire Franca Viola

9 réflexions sur “Un sombre été, Vera Buck.”

  1. Nathalie Thomas-verney dit :

    Un livre fantastique que j’ai lu voilà quelques jours. J’ai découvert Vera Buck avec ce livre. Bravo pour cette chronique dans laquelle j’ai retrouvé les traits du roman.

  2. Anonyme dit :

    J’ai aimé les 2 livres précédents, je pense que celui-ci aussi va me plaire…. en tout cas Aude, tu nous mets l’eau à la bouche !

  3. Je n’ai pas lu ses précédents, en revanche, l’histoire de celui-ci me tente davantage, et le lieu de l’intrigue aussi.

  4. laplumedelulu dit :

    Merci pour la chronique et le partage 🙏😘 Je me demande ce qui se trame derrière ton texte.

  5. Yvan dit :

    Il faudra que je me lance dans un de ses livres, un jour

  6. Aude Bouquine dit :

    Ça se tente, je peux t’en prêter un 😉

  7. La madone dit :

    Ta chronique m’avait donné envie de lire le roman…. que je viens de finir. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Merci pour tes commentaires avisés et constructifs.

  8. Aude Bouquine dit :

    Merci pour ta confiance 😘

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