Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Le roman maudit de Franck Thilliez

Depuis quelques années, le calendrier de l’Avent livresque a le vent en poupe. « Le roman maudit » se calque sur ce schéma : 1 chapitre par jour jusqu’à Noël, soit 24 chapitres. Au-delà d’un livre pour les gourmands, qui se grignote comme un chocolat de l’Avent, il me semble que faire découvrir la plume de Franck Thilliez a des ados, futurs lecteurs de thrillers est redoutable ! (C’est vers 13-14 ans que j’ai moi-même découvert le King.) 

À l’intérieur de ce récit, le lecteur trouve un adolescent de 15 ans, Léo, kidnappé. C’est Naël qui découvre ce « roman maudit » qui ressemble à un journal intime bien réel. L’idée principale du roman résonne comme une promesse : et si, chaque matin, tout repartait à zéro ? Vous la sentez l’influence de « Replay » de Ken Grimwood ? Franck Thilliez ne s’en cache pas. À l’instar de nombreux lecteurs, ce roman fabuleux, à lire et à relire, figure dans son panthéon littéraire. À chaque journée, une nouvelle mort, mais aussi une nouvelle journée pour comprendre, détourner et déjouer.

Ainsi, dans « Le roman maudit », comme dans « Replay », nous sommes dans une boucle temporelle, forme de laboratoire mental (voire moral). La grande différence entre les deux textes réside dans le fait que c’est la même journée du 1er décembre qui se répète. Tout recommencer à la même date c’est multiplier les hypothèses, fort de tout ce qui a été appris précédemment. À chaque fois que Naël s’endort, une mécanique quasi claustrophobique s’opère : une seule journée qui se boucle et se reboucle. Rejouer sa journée c’est pouvoir éprouver à quel point l’existence tient à quelques décisions minuscules… 

Au fil des « replays », Naël se rend compte que certaines lignes du destin semblent difficiles à infléchir. Il peut sauver quelqu’un, modifier le futur de quelqu’un d’autre, mais le Mal rôde toujours. Car, la mécanique de la boucle ne lui appartient pas vraiment, et il n’est pas maître du scénario. Seul l’auteur retors peut se targuer de l’être ! 

Le temps circulaire devient un microscope de l’intime où l’on observe les infimes variations d’actes calculés ou impulsifs, de courage ou de lâcheté. D’autant que la tentation de « profiter du système » est grande. Naël a des préoccupations de lycéen, des angoisses, et cette répétition du 1er décembre lui apparaît comme une occasion unique de rattraper ses ratés ou de mieux gérer ses interactions sociales. Dans « Le roman maudit », il est possible de redessiner son image et de « corriger » son passé. Quelle douce tentation ! 

Pourtant, Naël prend rapidement la mesure de son pouvoir et son sens : protéger les autres. « Le roman maudit » devient alors un terrain fabuleux d’opérations de secours. On pourrait dire qu’après avoir cessé de se regarder le nombril, notre héros mesure que ce temps lui est « offert » pour combler des vides et agir sur les existences des autres. Ainsi, il s’engage personnellement dans le destin d’individus et il fabrique de nouveaux possibles (et de nouvelles culpabilités…). 

« Le roman maudit » devrait parler à beaucoup d’adolescents puisqu’il évoque cet âge où tout est en construction : sa place dans la société, ses émotions, la façon de gérer les problèmes du quotidien, son rapport à la famille. Il fait l’apprentissage de la responsabilisation, découvre l’importance des gestes et des liens.

Dans la forme, Franck Thilliez joue très habilement avec la mise en abyme. Toute sa construction repose sur l’idée d’un livre qui contient un autre livre. En effet, Naël découvre un manuscrit, « Le roman maudit », qui raconte l’histoire de Léo, un adolescent disparu. Ce choix narratif devient le déclencheur de l’intrigue principale. Grâce aux extraits du manuscrit, il installe un deuxième récit qui avance parallèlement à la vie de Naël, un miroir déformé de sa propre existence et une « enquête » où lire revient à agir. Une forme de porosité s’installe entre la vie de Naël et celle de Léo. Les frontières se troublent et créent les émotions du lecteur. Et lorsqu’arrive la révélation finale, tout ce que l’on croyait comprendre vole en éclat !

Petits ou grands, « Le roman maudit » saura vous ravir. Il n’infantilise pas les adolescents et permet aux adultes, par son architecture, de se rapprocher de l’ambiance des thrillers de Franck Thilliez. Car, la réflexion sur ce que signifie « grandir » s’applique à tout âge ! En sus du roman, j’ai pris le temps d’écouter la version audio lue par Slimane Yefsah et je défie les jeunes lecteurs les plus récalcitrants à la lecture de ne pas se retrouver ensorcelés par cette interprétation ! Vous n’avez plus de raisons valables d’hésiter. Et le 1er décembre, c’est bientôt…

Sortie : 25 septembre

388 pages, 18,95 euros.

Existe au format audio, lu par Slimane Yefsah, 3h04 d’écoute.

Découvrez aussi : À retardement, Franck Thilliez.

Lisez : Replay, Ken Grimwood

D’autres avis sur le roman – Babelio –

 

8 réflexions sur “Le roman maudit, Franck Thilliez.

  1. laplumedelulu dit :

    Et finalement, y’a pas de gourmandises à becqueter 🤣. Que pour l’âme, il fallait y penser. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘

  2. Aude Bouquine dit :

    🤣🤣🤣

  3. laplumedelulu dit :

    Ben ouais 😂

  4. speedilywidget426c093781 dit :

    Bien tentée par la version audio car j’ai effectivement un ado récalcitrant mais sur lequel j’ai déjà tenté les textes lus avec succès… Merci Aude !

  5. Aude Bouquine dit :

    Trop bien ! Je garantis qu’il va adorer !

  6. Je me disais que je n’allais pas choisir la version audio, mais après avoir lu, je vais peut-être revoir ma position. 😁

  7. Aude Bouquine dit :

    C’est hyper bien fait !!

  8. En lecture de l’avent, je peux dire que c’est excessivement frustrant 🤣 ! Parce que je n’aime pas rester sur ces interrogations chaque matin 🫣.

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