On ouvre ce roman comme on met le doigt sur une corde violon : une note claire, puis une autre, et très vite la mélodie s’installe. « La symphonie des étoiles » raconte un de ces voyages qui vous replace face à l’essentiel. Mathias, onze ans, violoniste précoce, rêve de participer à la « Tournée des étoiles », ce concours itinérant qui sillonne la France. Sa mère, Line, a décidé d’y croire avec lui, malgré la sclérose en plaques qui complique chaque geste, chaque répétition, chaque trajet. Le grand-père, Gustave, musicien distrait et délicieusement fantasque, achète un van et transforme l’enchaînement d’auditions en véritable road trip. À l’arrière, une perruche jacasse, comme un métronome de bonne humeur. L’objectif ? La scène, bien sûr, mais aussi et surtout ce fil invisible que Mathias espère renouer avec son père disparu du paysage familial depuis le diagnostic.
Sous ses apparences de « comédie familiale », « La symphonie des étoiles » déploie un véritable récit initiatique. Chaque étape du voyage bouscule les certitudes, révèle un trait de caractère, déplace les lignes du courage. La maladie fait partie de l’itinéraire, impose des ralentis, des alertes, et des victoires minuscules… Elle montre surtout la persévérance d’un enfant qui refuse de se réduire à un diagnostic. Il y a dans la façon dont Mathias fait chanter son violon un désir obstiné de vie. La musique apaise les peurs et tisse des liens.
Le trio central gagne immédiatement le cœur du lecteur. Line, mère debout, veilleuse infatigable, avance sur le fil entre protection et confiance. La tentation de le mettre sous cloche est si forte. Mais elle possède une intelligence sensible du réel, et un vrai sens de l’humour. Mathias, lui, est bien plus qu’un enfant prodige. Il a ses impatiences, ses angoisses, une volonté omniprésente de retrouver son père absent, mais aussi une joie contagieuse. Quant à Gustave, il apporte cette légèreté qui empêche la gravité de tout engloutir. Fantasque, il prend soin de la troupe par ses excentricités qui protègent et désarment. Autour d’eux, au gré du voyage, les rencontres vont composer une galerie de « rendez-vous » qui humanisent le récit. Car, « La symphonie des étoiles » raconte aussi moult chemins de vie.
Les thématiques sont déployées avec finesse. Il y a bien sûr la filiation blessée, ce vide laissé par un père qui a fui. « La symphonie des étoiles » montre surtout combien l’art peut réparer. Il y a la famille que l’on a et celle que l’on choisit, ces alliances de route qui valent parfois promesse. Il y a la maladie, abordée comme une adversaire rusée plutôt qu’un destin, qui oblige à inventer d’autres rythmes. Il y a l’amitié, pas toujours confortable, mais fidèle. Et puis la nature et ses paysages traversés comme autant de scènes ouvertes que le roman éclaire d’une lumière douce.
La musique, surtout, irrigue tout. Elle est rythme narratif, palette émotionnelle, moteur d’action, et elle relie les générations. On sent chez Rébecca Galba une oreille très sûre : sa prose épouse la respiration d’un morceau qui s’échauffe puis s’envole, avec ces reprises discrètes qui donnent au livre sa musicalité. L’autrice excelle à mêler tendresse et sourire, à glisser une réplique qui désamorce la tension, à offrir des scènes où l’émotion pulse.
On rit, on est ému, on tremble. La partition sentimentale de « La symphonie des étoiles » est assumée. Le roman réussit un mélange entre le chaleureux et le vrai. Oui, certaines péripéties flirtent avec la coïncidence heureuse, mais elles sont contrebalancées par le réalisme des contraintes quotidiennes, par la fatigue, par ces soirs où l’on se demande si l’on tiendra jusqu’à l’étape suivante. Le texte touche juste, dans cette oscillation entre la joie et l’usure, entre le rêve et l’obstacle, où chacun gagne en justesse plutôt qu’en perfection.
« La symphonie des étoiles » donne le sentiment d’avoir partagé une route dont la destination compte moins que les conversions intérieures. Les personnages en sortent grandis. Mathias apprivoise son désir de reconnaissance, Line réinvente sa place de femme autant que de mère, Gustave remet de l’ordre dans son joyeux désordre. Et nous, lecteurs, nous gardons en tête l’image d’un vieux van qui file et d’un violon qui s’accorde. La vie ne se résume pas à ce qui nous arrive, mais à la manière dont on y arrive. Rébecca Galba signe un premier roman d’une belle sincérité, plein de grâce et d’humanité.
Editeur : L’Archipel
Sortie : 9 octobre 2025
320 pages, 20 euros
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De jolis mots, pour de belles émotions, ça se sent !
Un roman qui a l’air très beau et très touchant.
Oui il l’est 😉