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Voici demain, Valentin Musso.

Voici demain de Valentin Musso Bilan lecture juillet 2025

Depuis quelques années maintenant, j’ai une grande appétence pour les univers dystopiques. C’est tout naturellement que je me suis intéressée à « Voici demain» après avoir réalisé qu’il s’agissait d’un roman qui allait potentiellement se dérouler dans un futur proche. Valentin Musso est connu et apprécié pour ses récits tournés vers le thriller et il est toujours intéressant de saluer une certaine prise de risque dans des propositions de nouvelles directions. Je peine à imaginer quels textes l’auteur a pu lire avant de se lancer dans une telle entreprise, s’il s’est inspiré ou non de scénario, de films ou d’autres supports, mais pour des lecteurs aguerris dans le domaine, « Voici demain» emprunte tous les chemins de la facilité. 

L’intrigue, faussement dystopique, repose sur une fine couche de vernis qui s’écaille très rapidement. Les thématiques abordées ne le sont qu’en surface, et les deux cent cinquante-six pages ne parviennent pas à convaincre. Car ici, l’atmosphère ne suffit pas à embarquer le lecteur, et les personnages, très peu incarnés, sont une véritable source de déception. Nous sommes face à une accumulation de clichés, de twists creux qui ne se justifient pas, donc sans véritable cause, et qui semblent avoir été posés là pour « épater la galerie ». 

« Voici demain» s’apparente à une dystopie sans dents, et sans relief. Si les intentions sont louables, anticiper un avenir proche où la crise sanitaire dure tant et si bien que le monde s’écroule (l’électricité est coupée, les magasins vandalisés), la réalisation laisse, pour moi, à désirer. Les thématiques sont survolées, rapidement reléguées au second plan au profit d’un chemin balisé dans lequel le quotidien des personnages oscille entre roman noir et roman post-apocalyptique. Il n’y a ici, ni implications philosophiques, ni portée politique, ni corollaire social. Le décor, les personnages et l’intrigue sont interchangeables et exploitables dans n’importe quel autre roman, à tendance dystopique ou non. L’anticipation est un prétexte et non un outil. 

En si peu de pages, difficile de s’attacher aux personnages ! (mais, ce n’est pas impossible à accomplir, j’ai plusieurs romans en tête qui y parviennent très bien) Si Valentin Musso réalise un exploit ici, c’est de nous faire oublier les personnages aussi vite qu’ils apparaissent ! Ils n’ont aucune envergure, aucun charisme, et ne suscitent donc aucun attachement. Je n’ai pas cru un seul instant aux réactions de Paul, tant elles sont dictées par des « nécessités » du récit plus que par l’évolution d’une psychologie cohérente. Chloé rassemble à elle seule les archétypes féminins qui ne hérissent : fragile, puis forte, puis délicate, puis à nouveau solide. Les personnages de « Voici demain» ni ne surprennent, ni ne dérangent, ni ne bousculent. Ils sont plats, et avancent sur des rails sans jamais dérailler. 

Que dire de l’intrigue si ce n’est « cousue de fil blanc » ? « Voici demain» est d’une linéarité accablante et ce ne sont pas les quelques « twists » qui semblent abasourdir certaines lecteurs qui parviennent à me faire penser différemment. Je suis navrée d’avoir à le dire, mais les artifices utilisés sont grossiers, les retournements de situation sortis d’un chapeau, les coïncidences tellement heureuses que cela en est affligeant. Il y a ici une forme de paresse narrative que je ne peux excuser sous prétexte de nous livrer certaines révélations censées nous éblouir. Il n’existe pas de jeu lecteur-auteur, à par celui, peut-être, de s’être fait avoir en achetant le roman. 

Ce qui m’a le plus gênée est sans doute l’absence de réflexion dans « Voici demain». Pour expliquer ma pensée, je vous renvoie au roman de Sophie Loubière « Obsolète » ou encore à celui d’Hervé Le Corre « Qui après nous vivrez » qui, eux, ont fait montre d’un vrai génie créatif. J’ai eu la très nette impression que l’auteur cherchait à cocher des cases dans un domaine qui n’est pas le sien, sans jamais creuser. Et, lorsque le récit touche à l’intime, aux questions personnelles, l’émotion, malheureusement, n’émerge pas. 

« Voici demain» cherche à plaire, mais n’y est pas parvenu me concernant. Je n’ai senti aucune prise de risque, aucun courage narratif. Il ne suffit pas de capitaliser sur les inquiétudes contemporaines ou de miser sur quelques twists pour satisfaire ma curiosité et mon attirance pour ce genre littéraire. 

Je n’ai pas été dérangée dans mes certitudes, pas interrogée sur des thématiques sociétales, pas émue par les personnages. C’est majoritairement ce que je reproche à « Voici demain». Je pourrais même dire qu’il s’agit ici d’un roman inoffensif dans un monde créé qui ne l’est pas. « Voici demain» est une occasion manquée qui se contente d’effleurer ce qui aurait pu être exploré. Je l’ai refermé frustrée, avec la sensation que demain aurait pu continuer à m’attendre en librairie…

Editeur : Julliard

Sortie : 15 mai 2025

256 pages, 21,90 euros

Existe au format audio pour Lizzie, lu par Jessica Monceau et Clément Corinthe, 4h09 d’écoute.

Découvrez plutôt : Obsolète, Sophie Loubière

Découvrez encore : Qui après nous vivrez, Hervé Le Corre.

Tous les avis dithyrambiques sur ce roman – Babelio –

 

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