Qu’est-ce qui fait le succès de Freida McFadden ? Le très attendu « La prof » succède aux trois tomes consacrés à « La femme de ménage » et à « La psy », tous traduits en français et disponibles en version audio.
« La prof » s’ouvre sur la voix d’Addie, une adolescente mal dans sa peau qui retourne au lycée après la période estivale. Tendue comme un arc, Addie aurait volontiers séché les cours si sa mère ne l’avait pas accompagnée. Il faut dire que sa situation familiale est compliquée, et qu’il y a eu des problèmes au lycée l’année dernière…
Eve est enseignante de mathématiques dans le même lycée. Elle est mariée à Nate, professeur d’anglais qui officie dans le même établissement. Tous les deux vont avoir dans leur classe respective la fameuse Addie, qui a été la cause du renvoi d’un professeur l’an passé. Qui est réellement cette gamine qui semble poser tant de problèmes autour d’elle ?
Comme dans ses précédents ouvrages, Freida McFadden utilise la même recette : des chapitres qui alternent plusieurs narrateurs, et des parties distinctes où l’une des voix disparaît pour laisser place à une autre. Et, à l’identique de ses précédents romans, « La prof » s’ouvre sur une situation de la vie courante plutôt banale qui bascule très rapidement dans une atmosphère de claustrophobie où chaque intervenant est suspecté par le lecteur.
L’auteur transforme des situations de routine en piège redoutable grâce à des manipulations, des mensonges et quelques traumatismes qui se promènent dans des cerveaux pas tout à fait finis. (on n’est pas à l’abri d’un trait d’humour)
Dans « La prof », Freida McFadden s’emploie à porter un regard intéressé sur l’adolescence. Addie est une gamine sans vernis, bien régie par ses impulsions, en colère et assez vulnérable. Les quelques indices disséminés au fur et à mesure du récit laissent entrevoir petit à petit une adolescente qui n’est pas aussi fragile que le lecteur le pensait. Ainsi, l’autrice explore les tensions entre les apparences sociales et les masques que l’on porte tous, mais aussi les blessures liées à une profession ou encore un état.
« La prof » met spécifiquement en avant le harcèlement scolaire et la construction de soi dans un univers toxique, mais aussi les violences faites aux femmes, l’emprise et la manipulation, qui sont des sujets récurrents chez Freida McFadden.
Pour cet opus, j’ai encore choisi la version audio lue par Hélie-Rose Dalmay, Alice Taurand, et Slimane Yefsah. D’abord, parce qu’il m’est difficile d’y trouver mon compte d’un point de vue littéraire. Ensuite, parce que les interprètes choisis sont souvent excellents et apportent au roman une valeur qu’il n’a pas forcément.
Le style de Freida McFadden est direct, parfois répétitif (je ne compte plus les « sans mot dire ») et très simple. Pas de recherche stylistique, pas d’effort sur la langue. Elle ne cherche pas à « écrire beau », elle écrit efficace. Son unique but est de nous faire tourner les pages avidement. La règle des chapitres courts, le ton volontairement mystérieux à coup de menaces à peine voilées, les différentes voix qui se répondent, les faux-semblants, et les « cliffhangers » sont les ficelles de son succès. C’est ultra efficace pour maintenir une tension constante si l’on ne regarde pas de trop près la forme.
Sa signature est le twist. Dans « La femme de ménage » ou même dans « La psy », elle insère un retournement de situation qui rebat toutes les cartes. Dans « La prof », il y en a plusieurs, et tous plus inattendus les uns que les autres. Les dernières pages sont bluffantes et le dernier chapitre totalement dingue. L’effet de surprise est total, mais pas gratuit : elle a su diriger notre attention à d’autres endroits pour atténuer notre vigilance. Cette mécanique redoutable fonctionne, ce qui explique en grande partie son succès.
Ajoutez à cela des histoires accessibles, des héroïnes auxquelles on s’identifie, une lecture participative puisque le lecteur est sans arrêt en train de chercher à résoudre l’énigme, et vous obtenez quelques clés pour comprendre cette réussite. N’oubliez pas la petite touche de noirceur morale et les opérations marketing ciblées et maîtrisées, même sur les plus jeunes lecteurs ou ceux qui ne lisent plus depuis très longtemps, et vous avez à peu près toutes les clés du succès.
Les romans de Freida McFadden se lisent comme on regarderait une série télé basée sur le suspense et le « whodunit » (qui l’a fait) : on veut absolument savoir comment les choses se finissent.
« La prof » ne fait pas exception. Franchement, si la première partie m’a semblé assez soporifique, la seconde et la troisième ont su relancer l’intérêt. J’ai eu envie de claquer Addie trois cent cinquante fois, d’assommer Eve une demi-douzaine de fois et de donner des coups de pelle (de bêche) à Nate pour l’ensemble de son œuvre. Mais la fin m’a tellement bluffée que cela a atténué les divers agacements.
En toute objectivité, les trois lecteurs de la version audio y sont pour beaucoup. Ils rendent l’ouvrage meilleur qu’il ne l’est en réalité. Leur énergie est communicative, ils ont un vrai sens du rythme et savent nous rendre complices de l’histoire en adaptant le ton aux différentes situations. Pour faire simple : ils nous tiennent !
En 2024, « La femme de ménage » a été le livre le plus vendu en France avec un chiffre à filer le vertige : 600 000 exemplaires ! C’est devenu un véritable phénomène de librairie. On peut aimer ou pas, mais l’important est d’y prendre du plaisir, et de faire lire ceux qui avaient délaissé cette activité.
« La prof » tient ses promesses en termes de doutes, de huis clos étouffant, de questionnements et d’un twist final pas piqué des hannetons. Quant à savoir si c’est le livre de l’année, c’est une autre histoire… Chacun répondra à cette question selon ses appétences et ce qu’il cherche en littérature. Moi, je dis qu’il en faut pour tous les goûts !
Traduction : Karine Forestier
Publié chez Lizzie, durée 9h27, lu par Hélie-Rose Dalmay, Alice Taurand, Slimane Yefsah
Editeur : City Editions
Date de sortie : 16 avril 2025
384 pages, 22 euros.
La femme de ménage, Freida McFadden.
Tant mieux si ça fait lire…
Comme souvent avec cette autrice, j’hésitais à le lire. Mais je sais que je vais craquer, après tout, j’ai passé un super moment avec « La psy ».
Voilà pourquoi j’écoute en audio. Et accessoirement ma fille les lit en papier et ça nous provoque de belles discussions. ( notamment sur la traduction puisqu’elle lit en VO). C’est assez intéressant à observer mais vu des lectures très différentes, elle se fait maintenant une opinion sur l’écriture et compare les plumes. Moi j’aime bien discuter avec elle de tout ça.
Pour celui-ci, j’attends de savoir si elle va deviner la fin parce que franchement c’est introuvable 😂
Le commentaire désespéré 😉
On est d’accord : pas comparable avec ce que nous lisons en général !
Plongée dans La femme de ménage pour comprendre enfin pourquoi on a 40 demandes par jour de la part d’usagers en transe…et, oui, efficace comme une bonne série télé, en effet, et je rejoins Yvan : si ça peut amener vers ou réconcilier avec la lecture, je trouve ça épatant !
Je trouve important de comprendre les phénomènes de ce genre en littérature. Dans une période où je n’ai pas pu lire un livre papier pour des raisons de santé, écouter un truc divertissant en ne faisant rien d’autre et en essayant d’analyser avec 2 neurones comment c’est construit et pourquoi ça fonctionne était une bonne occupation. A mon grand désespoir la chronique de la femme de ménage ( qui est très mitigée) a suscité, à ce jour, 8000 vues sur mon blog. De quoi s’interroger….
Ça me plaît d’autant plus que ça soit introuvable. Franchement, avec « La psy », elle m’avait bien bernée aussi !
On verra sur le tas, en tous cas, l’autrice ne laisse personne indifférent. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Merci pour ta chronique. Je la lirai quand j’aurai lu le roman (en Audio)
Une auteure qui monte qui monte qui monte en espérant qu’elle ne se casse pas la figure…
Je passe mon tour, son opus sur la psy ( mon domaine de travail) ne m’a tellement pas convaincu…
Ah ben j’imagine bien que quand on travaille dans le domaine, tout doit sembler aberrant dans ce livre !
Elle a écrit énormément de bouquins non traduits mais je suppose que l’éditeur français va s’occuper de ça 😉
Se sont ses twists surtout qui surprennent, le reste est discutable 😉
Tant que ce fait lire… Pourquoi pas ? 😊
J’ai bien conscience que la pratique anglosaxonne est différente que la pratique française …mais quand même ….
J’ai testé la femme de ménage. Je comprends l’engouement mais je ne n’irai pas plus loin dans mon exploration. Cependant, comme toi, je reste contente que ça fasse lire, c’est bien le plus important !