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Nos étoiles filantes, Laure Manel.

Nos étoiles filantes de Laure Manel Bilan lecture mars 2025

« Nos étoiles filantes » de Laure Manel nous enveloppe dans une douceur bienvenue, celle d’un récit qui ne cherche pas à impressionner par les effets inutiles, mais à éclairer doucement nos coins d’ombre. J’ai beaucoup de mal à lire ces derniers temps, puisque l’univers cherche vraisemblablement à me mettre des bâtons dans les roues en me refusant toute visibilité sur un avenir proche. « Nos étoiles filantes » raconte la perte, la reconstruction, le temps qui passe et fait son œuvre, la puissance de l’amitié. C’est un roman plein de lumière malgré la gravité du sujet. Lorsque tout semble s’effondrer autour de nous, il peut rester de petites flammes si minuscules qu’on les devine à peine. Mais elles sont bien là…

Le roman débute avec Fanny, une jeune femme traumatisée, car elle est la seule survivante d’un terrible accident de voiture dans lequel elle a perdu son compagnon et futur mari Hadrien. Ensemble, ils avaient un rêve : partir au Canada. Après des semaines alitée, déprimée et infiniment triste, Fanny décide de réaliser leur souhait commun, même si elle entame ce voyage seule. Après quelques jours passés à Montréal, elle prend la route vers la région de Québec. Elle a réservé un petit chalet au cœur de la nature, à la « Pourvoirie du castor » traversée par une érablière. Chantal et Felix, les propriétaires vont rapidement l’apprivoiser et la considérer comme un membre de leur famille. 

C’est dans cet endroit où la nature transmet toute sa force, au rythme des saisons, que Fanny trouve refuge. Elle a fui la France et ses souvenirs douloureux pour tenter de diluer son passé. « Nos étoiles filantes » raconte sa lente reconstruction, puisque le lecteur comprend rapidement qu’elle porte une souffrance terrible qui ne sera révélée que par petites touches lors de chapitres « retour en arrière ». Ce choix narratif pose sur le récit un voile de mystère, comme une image floue pour laquelle le focus peine à se faire. L’attachement à Fanny s’en trouve renforcé, car « Nos étoiles filantes » n’est pas un texte voyeuriste, mais un accompagnement vers une renaissance. 

Laure Manel aborde ici le chagrin sans jamais tomber dans la surenchère ou la démesure. Sa plume est pudique, retenue, et elle parvient, en quelques mots à affleurer les émotions sans les imposer. Le lecteur bénéficie alors d’un espace pour ressentir, ou pas, ce qu’elle cherche à transmettre. L’âme de « Nos étoiles filantes » réside dans le processus long et chaotique du deuil, mais aussi de la perte irrémédiable de soi. Sans Hadrien, Fanny ne sait plus qui elle est ni comment continuer sa vie. En se rendant au Canada, en sus d’un rêve commun, elle cherche un nouvel élan, à reprendre pied dans le monde qui l’entoure. Malgré une peine immense, son regard se porte vers l’avant, vers l’avenir.

Emmurée dans une solitude choisie, sa guérison va pourtant passer par les autres. À la « Pourvoirie du castor », des interactions avec la famille qui s’occupe des lieux vont naître. Ici, les relations vont au rythme des saisons, elles peuvent être faites d’écoutes, d’échanges, mais aussi de silences et de respect. Nombreux sont ceux qui ont des existences cabossées, des douleurs tues, des traumatismes vécus. Les personnages secondaires ont tous un joli rôle dans cette reconstruction en marche, aucun ne sert de faire-valoir, et c’est justement à travers ces interactions qu’une guérison devient possible. Les liens, même naissants, même fragiles, ou parfois éphémères, peuvent être salvateurs. 

Enfin, « Nos étoiles filantes » séduit par son décor. Le Canada, ses lacs, ses forêts, ses saisons franches et affirmées sont au cœur du roman. J’ai aimé suivre les saisons, les bois qui s’enflamment, la neige qui impose le silence et je me suis souvenue des années heureuses passées dans le Michigan. J’ai laissé remonter ces émotions que la nature déclenchait alors en moi, et la sérénité que je pouvais ressentir. Laure Manel a bien su capturer et retranscrire la beauté de cette nature fluctuante, un espace vivant qui vibre avec ses habitants, et qui représente aussi une métaphore de l’évolution personnelle de Fanny. Au cœur de cette beauté luxuriante, le silence devient un compagnon de route qui autorise l’introspection. 

Un vrai travail a également été fait sur la langue québécoise, si chantante qui prête à sourire. Nous sommes si riches de nos différences dans nos manières de nous exprimer. L’hommage à ce peuple, accueillant et porté vers l’autre, est très réussi. Nous sommes loin des attitudes et du manque de civisme des citadins, et quel bien cela fait !

« Nos étoiles filantes » est une invitation à la douceur qui réconcilie avec la vie. Même s’il aborde des thématiques universelles parfois difficiles, comme la maternité, le deuil, la culpabilité, le rapport au corps, la perte, il reste un vrai cocon, car il garde cette lumière malgré les zones sombres. Il suggère également l’importance de ralentir, de prendre le temps de se reconnecter avec soi, de faire le point sur ce qui compte vraiment. 

L’écriture de Laure Manel épouse l’humanité qui émane de ses personnages : chacun fait en fonction de ses possibilités, de son passé et de son histoire, mais aussi de ses failles. Parfois, une phrase vous cueille par sa simplicité désarmante, une vérité à laquelle vous n’aviez pas pensé, un ressenti que vous n’avez pas su nommer. Quant au titre, « Nos étoiles filantes », si bien trouvé, si émouvant lorsque le récit s’achève, je vous laisse découvrir sa signification. 

« Nos étoiles filantes » est une parenthèse. Une respiration. Quand tout va bien, vous pouvez vous en nourrir. Quand tout va mal, vous pouvez vous y réfugier. Peut-être qu’il est même possible de convoquer la couverture comme image mentale quand vous avez besoin de reprendre votre souffle ou de faire cesser une crise de panique. Ce texte m’a enveloppée à un moment où j’en avais grand besoin. Merci pour cela. 

Découvrez aussi : LES DOMINOS DE LA VIE, Laure Manel

D’autres avis sur le roman – Babelio –

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