Chaque année, je lis ou j’écoute avec plaisir le nouveau roman Agnès Martin-Lugand. En 2023, « L’homme des mille détours » avait su me charmer en m’emportant à Saint-Malo, une ville que j’affectionne tout particulièrement. J’attendais donc avec une certaine fébrilité son nouveau roman « Les renaissances », écouté cette fois encore en version audio lue par l’autrice elle-même. J’ai toujours pensé qu’elle savait manier les sentiments de façon à susciter des émotions chez ses lecteurs, mais ce nouvel opus s’enlise dans une narration alambiquée, des situations tirées par les cheveux et des effets stylistiques qui m’ont fait sortir de ma lecture de nombreuses fois. Malheureusement, l’écoute de cette histoire s’est révélée pesante et totalement artificielle, et les émotions ont brillé par leur absence.
Tout d’abord, « Les renaissances » repose sur un schéma assez classique : une femme perdue sur le chemin de sa vie tente de se reconstruire et surtout de retrouver l’inspiration qui lui permettra d’écrire son nouveau roman. Soit ! Si l’on occulte un nième récit sur une écrivaine en panne d’inspiration, le problème majeur, à son sens, réside dans la façon dont le récit est mis en scène. En effet, certains personnages prennent des décisions qui manquent cruellement de crédibilité et réagissent de manière totalement prévisible.
Prenons l’exemple de Rebecca, l’héroïne : elle oscille sans transition entre un état de profonde dépression et des éclats de lucidité factices qui semblent exister uniquement pour faire avancer l’intrigue. Son passé est dépeint avec des effets appuyés, alors qu’elle n’a clairement aucun problème majeur, si ce n’est une relation maritale qui s’étiole avec le temps. Rien n’est jamais creusé en profondeur, ce qui nuit à toute immersion dans son intimité.
Par ailleurs, les personnages secondaires (en excluant peut-être Lino) ne sont que de simples faire-valoir, dénués de toute profondeur. Ils ne servent qu’à faire ressortir l’héroïne dans sa progression personnelle, sans jamais être les acteurs de vraies relations nuancées. Esteban, son mari, rassemble tous les codes de l’homme cliché qui ne sait pas ce qu’il veut, distant, mais potentiellement encore amoureux. L’évolution de leur relation est prévisible dès les premiers chapitres.
Mais ce n’est pas tout. L’une des plus grosses faiblesses du roman est son absence totale de surprise. La structure narrative reprend tous les codes des récits « feel-good », mais sans y apporter aucune originalité. Rebecca, en perte de repères, trouve refuge dans un nouvel environnement qui l’aide à rallumer sa flamme intérieure, comme si un dépaysement était une sorte de magie qui règle tout. Une rencontre surgit comme par enchantement pour l’aider à se redécouvrir. Pire, cette « thérapie informelle » menée lors des échanges avec Lino et l’écriture de son prochain roman sert de pansement à tous ses problèmes.
Malheureusement, l’émotion qui aurait pu naître de cette rencontre/reconstruction est constamment asphyxiée par l’emploi excessif de ces lieux communs. Au lieu d’une exploration fine des souffrances intérieures de l’héroïne, le lecteur se retrouve face à des scènes fantaisistes, fabriquées de toutes pièces et tire-larmes. Je n’ai pas senti « Les renaissances » profondes des deux personnages principaux, et ceci jusqu’à la fin.
Enfin, une autre chose m’a énormément gênée : le choix de l’utilisation du passé simple. Je sais bien qu’il s’agit du temps de la narration, mais, dans la version audio notamment, ce choix stylistique m’a fait saigner les oreilles. « Les renaissances » se veut immersif et introspectif mais ce temps crée une distance artificielle (et inutile) avec les événements et les émotions des protagonistes. Et tout cela alourdit considérablement le récit tant l’emploi ne semble pas naturel et même forcé. Le choix du passé composé aurait suscité plus de spontanéité et de fluidité.
Il faut aussi souligner que, dans sa version audio, « Les renaissances » est lu par Agnès Martin-Lugand, et, là aussi, le choix ne m’apparaît pas judicieux. On pourrait penser qu’un auteur sera un très bon lecteur puisqu’il connaît son texte sur le bout des doigts, mais il n’est pas forcément un bon conteur. La diction manque de naturel, les dialogues sont surjoués, les émotions si exagérées que l’on n’y croit pas. Même les passages à Venise ne m’y ont pas transportée alors que je connais très bien cette ville. Quant à Thierry Blanc, il est toujours aussi formidable.
D’une manière générale, « Les renaissances » n’a pas su provoquer la moindre émotion. Je dirai même que l’agacement a pris plusieurs fois le dessus. Les personnages manquent de subtilités, de profondeur et d’éclat. La rencontre entre ce roman et moi n’a pas eu lieu et sûrement saura-t-il trouver son public. Depuis que je lis Agnès Martin-Lugand, c’est la première fois que l’histoire tissée m’apparaît cousue de fil blanc, et aussi artificielle. Faites-vous votre propre idée.
Editeur : Michel Lafon
Sortie : 20 février 2025
464 pages, 21,95 euros
12 h 14 d’écoute pour la version Lizzie

