Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Septième roman déjà d’Agnès Martin-Lugand et c’est toujours un plaisir pour moi de la retrouver. Chacun de ses livres vous embarque dans un univers très différent, mais l’héroïne en est toujours une femme à laquelle je parviens à m’identifier. Elles ont un morceau de quelque chose, un passé, des blessures, des problématiques qui trouvent écho en moi, comme si une petite parcelle de chacune créait un tout qui pourrait me ressembler. Cette sorte de communion avec ces héroïnes est une expérience assez magique puisque le processus se reproduit à chaque fois.

Il existe des films que j’appelle « choubidous ». Ce n’est absolument pas péjoratif. Ce sont des films qui transforment nos cœurs en guimauve et qu’on regarde sous une couette bien chaude en mangeant de la glace au chocolat. Les livres « choubidous », c’est exactement pareil. Ça vous émeut, ça vous touche, ça vous met les larmes aux yeux même lorsque les situations sont parfois un peu exagérées, les déclarations grandiloquentes, les héroïnes parfaites et les hommes qu’elles convoitent totalement inaccessibles, genre grand ténébreux au regard gris toujours porté vers l’horizon constamment dans ses pensées, en quête d’une chose qu’il ne peut pas avoir. Vous voyez ?

Ici, le beau ténébreux s’appelle Pacôme. À part Maria, je n’en connaissais aucun autre… Ça ne fait pas marin totalement inaccessible ce prénom-là ? Pacôme aime la mer, il aurait voulu être pirate, il ne supporte pas d’être enfermé ni attaché (ça, ce n’est pas bon pour nos cœurs tout mous) : il a besoin de respirer ! Pas de fil à la patte, pas de famille, rien qui pourrait l’empêcher de devoir consulter l’avis d’un autre être humain (oui, le beau ténébreux est souvent un fichu égoïste). Son livre préféré est « Ces messieurs de Saint-Malo » de Bernard Simiot. Alors, quand il rencontre Reine c’est le drame. Pensez-vous donc… Elle débarque dans son entreprise « Les Quatre Coins du monde » pour les aider, lui et son associé à travailler leur communication. Pour une communicante, Reine a bien des secrets. Et des secrets qu’elle garde précieusement… Par amour ? Par peur ? Par lâcheté ? Elle a des hommes aussi qui jalonnent sa vie : Noé, son fils de 17 ans, Paul son associé et ami de toujours, et un homme qui hante ses souvenirs et qu’elle s’efforce d’oublier, le père de Noé. Quand les hasards de la vie se mettent à tourbillonner en emportant le bel équilibre que Reine s’était construit, le puzzle se met en place en même temps qu’il défait ses certitudes.

J’aime bien ces atmosphères d’amours impossibles, ces héroïnes qui ne voient pas ce qu’elles ont sous le nez et portent toujours leurs choix vers des situations qui leur brisent le cœur. Avant le bonheur, c’est toujours le drame qui vous arrache quelques larmes et vous fait vous demander comment elles s’y prennent pour se coller dans des situations pareilles.

Ici, il y a l’ambiance de Saint-Malo et moi j’adore Saint-Malo. La promenade du Sillon et ses brise-lames, la ville fortifiée, le grand Bé où flotte l’esprit de Chateaubriand. C’est bien simple, j’y étais ! Ils s’en jouent des drames dans cette ville malouine où chevelure fouettée par le vent, Reine essaie de remettre de l’ordre dans sa vie. Alors bien sûr, comme souvent dans les romans d’Agnès Martin-Lugand, on retrouve des thématiques qui lui sont chères : les souvenirs, l’amitié sincère et sans failles, l’amour partagé, aveugle ou impossible, la mort inattendue ou espérée. Ici, elle aborde plus précisément les relations mère solo-fils ado. Si tout se passe relativement bien au début du roman, je dois dire que j’ai piqué de petites crises de nerfs en milieu de roman. La notion de jugement qu’elle introduit dans la relation, jugement du fils sur une décision prise par sa mère m’a passablement agacée. Plus encore, les conséquences m’ont mis les nerfs en pelote. Pas que je ne comprenne pas, bien au contraire, mais la propension des adolescents à juger les décisions prises par leurs parents me hérisse le poil. Il y a beaucoup de « moi, moi, moi » dans leurs réactions ce qui augmente considérablement la culpabilité de la mère qui n’est pas entièrement responsable de ce qui est découvert. Cette auteur doit vivre avec un ado ! Et c’est sans doute aussi parce que je suis mère d’ados que je réagis de cette manière.

Attention, les romans « choubidous » ne sont pas forcément des romans feel-good. Je suis passé par tout l’éventail des émotions et j’ai même versé ma petite larmounette. J’attendais le dénouement comme une huître accrochée à son rocher et évidemment ce n’était pas celui auquel je m’attendais.

C’est un beau roman, c’est une belle histoire… Parfait pour ces mois d’été !

 

 

6 réflexions sur “UNE EVIDENCE, Agnès Martin-Lugand – Michel Lafon, sortie le 21 mars 2019

  1. ambougret dit :

    Merci Aude pour cette chronique ! Je l’ajoute à ma Pal, bonne journée.

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Super ! Très bonne lecture alors 😉

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  2. Le Tour du Monde en 80 Livres dit :

    En attente dans ma PAL 🙈

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  3. ça fait du bien un livre ou un film « choubidous » de temps en temps 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Aude Bouquine dit :

      Ah oui !! Surtout en ce moment où mes émotions débordent un peu 😉

      Aimé par 1 personne

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