Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Roman parfait à lire en cette saison où la nuit tombe plus tôt, et où les plaids sont de sortie. Imaginez une maison entièrement conçue en verre, une maison où tout le monde vous voit et où vous voyez tout le monde. Aucune intimité, aucun jardin secret… Marguerita B est embauchée pour s’occuper de jumelles entre juillet et août 2018. Adorables, elles possèdent chacune un don particulier : Lavinia pour l’équitation, Lucretia pour le piano. Quelques personnes gravitent autour de ce trio. Gaetano le jardinier qui aime travailler la nuit, Giulia la secrétaire particulière, Alessandra la mère au comportement très fluctuant et Umberto le père rarement présent. Rapidement, le temps semble s’arrêter, le rythme des journées est très répétitif. « Ainsi fonctionne notre temps, le temps qui s’écoule pendant que nous vivons : ce qui est là juste avant, n’est plus là juste après. Mais l’avant et l’après ne sont rien, à ces instants précis. Ils n’existent pas. » Certains mystères s’épaississent quand d’étranges silhouettes surgissent dans le jardin près de la statue d’Hécate, déesse des carrefours et de la nouvelle lune qui symbolise la mort ou la renaissance. Elle est d’ailleurs également connue sous le nom de déesse des enfers, protégée d’Hadès. 

Récit troublant, où l’angoisse monte crescendo, « La maison de verre » est un roman d’ambiance avant tout, à condition de laisser l’auteur vous emmener dans son univers, un monde où l’étrangeté, l’inexplicable, et l’angoisse latente peuvent surgir à tout moment. D’ailleurs, lorsque Marguerita est engagée, elle doit promettre de ne jamais révéler ce dont elle pourrait être témoin. Un seul mot m’est alors venu à l’esprit : fuis ! En se promenant dans le parc, Marguerita découvre le temple romain et la statue grecque. À partir de là, tout change pour elle. Certaines frontières entre le réel et le monde des esprits s’amenuisent. Les jolies jumelles deviennent très inquiétantes, les parents sombres, les employés oppressants…

« La maison de verre » flirte entre le monde du visible et de l’invisible, touche du doigt et la folie, et le surnaturel tout en faisant monter le suspense crescendo par une terreur intrinsèque. Roberto Cotroneo parvient à faire d’un été tout à fait calme, écrasé de chaleur, qui provoque un état un peu léthargique parfois, un moment de tension fiévreux où le lecteur s’attend à voir surgir des évènements paranormaux à chaque page. Résolument psychologique et raconté sous la forme d’un témoignage, « La maison de verre » touche à nos peurs inexplicables très enfantines, mais aussi à nos terreurs d’adultes, celles qui vous font inconsidérément regarder sous le lit avant de nous coucher. J’ai beaucoup aimé le regard qui change et évolue de Marguerita sur la famille qui l’emploie, pour des raisons que je ne peux évidemment pas révéler. La maison, personnage à part entière, est à la fois le témoin de ce qui se passe derrière ses murs en verre, mais aussi l’actrice d’une certaine psychose qui naît petit à petit entre les êtres. Méfiance, soupçons, paranoïa, chaque parole et chaque geste prend des proportions disproportionnées. Un dernier petit mot sur la fin que j’ai vraiment trouvée très réussie et franchement flippante. 

Si vous aimez ce genre de roman un peu singulier, générateur d’une vraie atmosphère qui progresse d’un simple pressentiment vers une dimension plus psychologique et empreinte de terreur, allez-y. 

4 réflexions sur “LA MAISON DE VERRE, Roberto Cotroneo – Buchet Chastel, sortie le 6 octobre 2022.

  1. Yvan dit :

    voilà bien un livre qui a de quoi me plaire !

  2. laplumedelulu dit :

    Tu me files les chocottes Aude. Le surnaturel et la peur intrinsèque, c’est le coktail pour des nuits blanches. Merci à toi. 🙏😘

  3. Céline dit :

    Deuxième avis de la journée que je lis au sujet de ce livre et très envie de le lire du coup 🙂

    1. Aude Bouquine dit :

      Il a une vraie ambiance bien flippante 😉

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