Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Queenie est une jeune femme d’origine jamaïcaine qui habite à Londres. Rien n’est simple dans sa vie parce qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche… et malgré la couleur de sa peau, elle considère que certaines paroles ne peuvent être dites sans provoquer de réactions. Queenie est amoureuse de Tom et vit avec lui. Seulement, Tom est blanc et sa famille a quelquefois quelques « dérapages de vocabulaire » qui loin de choquer Tom, estomaquent Queenie. Lors d’une partie de Cluedo, l’oncle de Tom annonce sans honte que son hypothèse est «le nègre dans le cellier». Tom ne la défend pas, Queenie s’en va en fonçant droit sur la mère de Tom qui tient un gâteau d’anniversaire gigantesque dans les mains. Cette fin de soirée désastreuse sera le commencement d’un « break » entre les tourtereaux….

Queenie est le symbole d’une jeune femme de notre époque, celle du Black Lives Matter. Elle travaille dans un journal et ne cesse de proposer des sujets sur cette thématique, comme la marche des femmes, sujets qui sont systématiquement refusés. Choquée par sa rupture avec Tom, sa vie entière bascule. Elle enchaîne mauvaise décision sur mauvaise décision, a de gros moments d’égarement, emprunte des chemins de traverse qui ne sont clairement pas ceux de son intérêt, cède facilement aux avances des hommes qui la complimentent sur ses fesses, se retrouve dans des situations où les lignes entre les rapports sexuels consentis et le viol sont très floues. Queenie est une Bridget Jones, à la fois tendre et pathétique tant elle ne voit pas les erreurs qu’elle s’apprête à commettre avant de se retrouver dans la panade jusqu’au cou. Et pourtant, cette héroïne des temps modernes est terriblement attachante, elle nous fait rire autant que sa vie nous attriste parfois. Candice Carty-Williams en a fait un personnage comique, touchant, et charismatique. 

Si la construction du roman laisse parfois circonspect dans la gestion de l’espace temps (nombreux retours en arrière pas forcément annoncés), le lecteur pourtant ne se perd jamais. Il suit la vie de Queenie, en même temps que l’évocation de son passé avec Tom. De petites bulles de SMS sont posées là, au milieu du récit, témoins des conversations avec ses meilleures amies. Le tout rend la lecture très agréable et le lecteur se délecte de ses aventures et de ses mésaventures, de son « parler vrai », parfois cru, mais qui a le mérite d’être direct. Néanmoins, ne vous y trompez pas, ce roman n’est pas seulement un moment de divertissement, il est aussi le témoignage du racisme ordinaire, ces petites paroles lancées sans y penser, qui blessent l’ego et touchent l’intime. Chaque moment de la vie quotidienne est susceptible de devenir une attaque raciste. Ainsi, plusieurs scènes surréalistes dans un cabinet de gynécologie où le docteur lui dit : «Je dois faire mon boulot, Queenie, a gloussé Elspeth. D’autant que votre groupe ethnique accroît le risque de maltraitance domestique.» Ou encore l’assistante Ressources Humaines de son entreprise qui affirme «Vous avez beaucoup de chance de travailler ici! Vous ne serez pas seule, encore que les autres sont pas de la même couleur.» Mais aussi ces rapports avec les hommes qui visent clairement ses formes avantageuses et croient faire des compliments quand il s’agit en vérité plutôt d’insultes : «Il me traitait de Bounty (…). Comme la barre au chocolat. Blanche à l’intérieur. Et noire au-dehors.»

Alors, évidemment, à force de prendre de mauvaises décisions, d’accumuler les reproches de sa patronne, et de faire l’objet d’une plainte pour harcèlement, Queenie se retrouve au bord du gouffre, au cœur d’un maelström qui lui donnera bien du fil à retordre et l’amènera jusqu’à la dépression. Comment se sortir de cet engrenage ? Pourquoi prend-elle toujours les mauvaises décisions ? Comment repousser les avances des hommes intéressés uniquement par des aventures sans lendemain ? Queenie va devoir faire le point avec elle-même, comprendre ses erreurs, prendre le taureau par les cornes et assumer ses forces et ses faiblesses pour enfin devenir la reine symbolisée par son prénom. Elle va devoir œuvrer pour elle-même avant de penser à défendre toute une communauté. «Quennie, je pense que vous endossez un fardeau qui n’est pas le vôtre. Vous ne pouvez pas prendre sur vous la souffrance de toutes les femmes noires. — Je n’endosse rien du tout, le fardeau est là, c’est tout.»

Entre situations cocasses, éclats de rire, tristesse et tendresse, le lecteur suit l’existence de cette jeune femme issue de la diversité qui vit à 200 à l’heure, tombe, se relève et repart. C’est un roman percutant, truculent, savoureux, haut en couleur, très visuel qui ferait un excellent film. Il a obtenu le prix du meilleur roman en 2019 et le prix du livre de l’année en 2020 aux British Book Awards. 

Queenie risque fort de devenir votre nouvelle meilleure amie et une référence, comme Bridget Jones dans les désillusions amoureuses et les situations rocambolesques.

2 réflexions sur “QUEENIE, Candice Carty-Williams – Calmann-Lévy, sortie le 10 février 2021.

  1. Yvan dit :

    ça pourrait me changer un peu de lire un tel livre

  2. Il me tente, joli ressenti

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