Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Neuf parfaits étrangers se retrouvent dans un centre de remise en forme pour une cure de 10 jours, loin des vicissitudes de la vie quotidienne, des informations anxiogènes, et des portables à portée de main. Dix jours pour faire le point et remettre sa vie sur les rails. Chacun a un motif différent d’être là. Frances est un auteur de littérature rose qui a été victime d’une arnaque sentimentale sur internet, Tony un ancien sportif de haut niveau qui vit mal sa retraite, Lars un avocat réputé pour défendre la cause des femmes dans les divorces, mais aussi en couple avec un homme qui veut un bébé quand lui n’en souhaite pas, Carmel est obsédée par son poids, persuadée que c’est à cause de cela que son mari l’a quittée, Napoleon, Heather et Zoé sont là en famille suite à un deuil dont ils ne se remettent pas, Jessica et Ben ont gagné au loto et leur fortune soudaine a pulvérisé leur couple. Ces neuf parfaits étrangers vont devoir composer les uns avec les autres, accepter de se livrer et de se dévoiler sous la houlette de Masha, directrice charismatique de « Tranquillum House » et de ses deux bras droits Yao et Dalila.

Ce roman part d’une idée très simple dont nous rêvons tous en vérité : prendre le temps de respirer et faire le point sur nos vies en nous éloignant quelque temps de la frénésie du monde. Retraite spirituelle, vœu de silence, introspection, vivre au rythme de la nature et sans le confort moderne, mettre sa vie sur pause. Comme le disait très bien Sartre, « l’enfer c’est les autres ». Même au milieu de nulle part, les autres sont encore le problème, une difficulté avec laquelle il va falloir composer… encore. Chacun vient là avec son propre bagage émotionnel, son histoire personnelle, ses axes spirituels de progression et n’imaginait pas lors de l’inscription qu’il allait falloir composer avec « les autres ». Des autres dont on ne sait rien, qu’il faut apprendre à connaître, à consoler, à faire avancer. (Je suis fatiguée rien que de l’imaginer !)

Vous vous en doutez, cela donne lieu à des situations cocasses et Liane Moriarty s’en donne à cœur joie. Aucun cliché n’est épargné : de celle qui veut maigrir à tout prix alors qu’elle n’en a pas besoin, à l’espèce de gourou chamanique qui gère le centre. La vie en communauté avec des personnalités aussi différentes, des vécus différents, des attentes différentes est jubilatoire. Entre ce que chacun souhaite donner comme image et la réalité terrain de ce qu’il laisse entrevoir lors de situations rocambolesques, il y a un monde. Situations cocasses, dialogues savoureux, j’ai souvent souri,  ravie être témoin de certaines scènes. Ce type de centre représente tout ce en quoi je ne crois pas, encore moins quand il faut vivre au milieu d’illustres inconnus dont on n’a vraiment rien à fiche. La méditation me gonfle parce que je n’arrive pas à faire le vide dans mon cerveau et que respirer par le ventre est tout sauf naturel. Autant dire que je me suis régalée à observer ces personnages qui frôlent parfois le ridicule. Haro sur le grand manitou qu’est Masha ! Dans d’autres circonstances, je pourrai dire qu’elle a trop fumé la moquette. L’autopersuasion dont elle fait preuve pour justifier ses méthodes est du grand art, et quand le masque tombe, puisque le masque finit toujours par tomber, c’est extrêmement piquant.

Ce roman est une critique acerbe des centres de remise en forme qui développent des méthodes plus farfelues les unes que les autres pour attirer un public de plus en plus large, sans parler du fait qu’ils coûtent une petite fortune. Une forme de « calinothérapie » pour adulte, bien ancrée dans des besoins créés pour notre époque. Le roman repose principalement sur les personnages et, croyez moi les portraits sont très réussis, chaque personnalité en prend pour son grade. Les problèmes évoqués par chacun sont somme toute très ordinaires et vous avez certainement des connaissances dans votre entourage qui ont les mêmes : besoin de reconnaissance, problème de poids, carrière en fin de vie, deuil difficile à gérer, culpabilité, vie professionnelle qui prend toute la place.

Cette tranche de la société australienne ressemble à s’y méprendre à la haute société californienne que j’aie eu l’occasion de fréquenter. Ils n’ont pas les mêmes problèmes que tout le monde ! Sans doute, une bonne base pour la série qui va suivre, dont Nicole Kidman sera la grande prêtresse.

N’oubliez pas de faire vos petits exercices quotidiens pour trouver le « chemin du bien-être » : gardez le silence, ne lisez pas, ne regardez personne dans les yeux, « faites taire votre singe intérieur facétieux », jeûnez, détoxifiez, mangez en conscience par petites bouchées en mâchant 14 secondes, marchez en conscience par petits pas, méditez la nuit sous le clair de lune, et levez-vous tous les jours à 5 h du matin ! NAMASTE!

Je remercie les éditions Albin Michel pour leur confiance.

2 réflexions sur “NEUF PARFAITS ETRANGERS, Liane Moriarty – Albin Michel, sortie le 29 janvier 2020.

  1. couriretlire dit :

    tu m’as donné très envie de le lire !!!

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