Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Et si la fin du monde était programmée pour le 21 décembre 2012, 4h44 du matin ? Léo est un homme ordinaire, il délaisse souvent sa famille pour son boulot. Il ne voit plus ce qu’il a sous ses yeux, ne mesure plus sa chance, il avance avec le troupeau humain qui a le nez dans son quotidien, sans trouver le temps de le lever pour analyser sa façon de vivre et revenir aux fondamentaux. Au matin du 19 décembre, Léo est en retard. Il a un rendez-vous important. Il neige. Il est stressé. L’accident de voiture est aussi inévitable que mystérieux. Lorsqu’il se réveillera à l’hôpital, tout aura changé. Accusé de meurtre, sa quête pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé va le plonger dans une réalité stupéfiante.

Le plus difficile dans un récit aussi dense c’est de le résumer. Le reste devrait aller tout seul… (enfin, j’espère !) Encore une fois, cette année, je me retrouve en présence d’un premier roman, donc d’un auteur émergeant qui tente de se faire une place dans la jungle des déjà existants, des pas encore édités, ou des auto-édités. Damien Eleonori est à l’origine du recueil de nouvelles « Phobia », 14 auteurs engagés pour l’association ELA. C’est juste pour situer le coeur du monsieur. Mais aussi, parce que je n’ai pas tant de matière que ça pour parler de l’écrivain. Auteur émergeant donc qui nous propose quoi au juste ? Thriller ? Roman fantastique ? Roman ésotérique ? Et bien, tout cela à la fois ! Il faut que je vous avoue que ce genre de lecture n’est pas franchement ma came, que j’ai parfois dû m’accrocher aux idées et faire table rase de tout enseignement judéo-chrétien (ou de ce qu’il en reste) pour parvenir à totalement me libérer l’esprit, et accepter qu’il m’emporte dans un récit original aux idées plutôt osées . Cette histoire là, Damien Eleonori ne la raconte pas n’importe comment : il la raconte avec intelligence, avec pertinence, avec des arguments crédibles, en y mettant un sens profond, pour une humanité qui a dévié du plan initial conçu pour elle et qui ne mérite pas de survivre. Le raisonnement est habile, la démonstration vraisemblable, et je dois dire que cette humanité là en prend plein la tête en fin de roman pour l’ensemble de son oeuvre. A juste titre, parce que c’est largement justifié ! Interrogeons-nous sur ce que nous avons fait du monde dans lequel nous vivons…

« Le sort de l’humanité a toujours été entre vos mains. Ce sont vos péchés qui vous ont menés jusqu’à cette fin, à présent inévitable. (…) L’homme, exterminé par les péchés capitaux qu’il avait lui-même édictés, anéanti par ses propres défauts. Aucun autre coupable que lui-même. »

Belles diatribes également sur la religion en général. Postulats intéressants sur ce que sont au final le paradis et l’enfer dans les appellations que nous en connaissons. A l’instar de sa construction, tout part à rebours dans ce livre : on commence par la fin comme on commence par l’origine du monde et la motivation première de sa création dans sa version biblique. Plusieurs espaces temps se mélangent, et c’est parfois déconcertant. Au début, il n’est pas aisé de savoir dans quel espace le lecteur est plongé, mais si vous êtes attentifs, concentrés, vous le saurez rapidement et cela ne vous dérangera plus. J’ai beaucoup aimé le fait d’être totalement baladée dans ces réalités et surtout d’avoir la possibilité d’ouvrir mon esprit à une approche des choses différente et novatrice. Le propos d’un écrivain est aussi de présenter des faits sous un prisme différent, de faire s’interroger le lecteur sur un thème global, d’ouvrir de nouvelles portes dans l’imaginaire.

J’ai aimé clore le livre en me posant mille questions : la mort existe-t-elle, quelle est la place de Dieu, la fin du monde serait-elle une forme de délivrance et le commencement d’autre chose, quelle est l’essence de l’âme? C’est un thriller qui soulèves des médiations intimes et personnelles, sur des thématiques précises, mais aussi sur notre façon de nous comporter en tant qu’humains. En ce moment, on ne peut pas dire que cela soit joli-joli et qu’il serait peut-être temps de nous prendre une belle baffe en pleine tête, histoire de nous remettre les idées en place. C’est un peu avec ce sentiment là que je referme ce livre et avec cette citation que je trouve pugnace :

« Qu’ont engendré vos religions ? Les humains ont-ils décidé d’aimer leur prochain? Ont-ils eu des guides irréprochables afin de rendre leur monde meilleur? Non. De l’amour tout puissant n’a découlé que de la haine envers ceux qui n’ont pas les mêmes convictions.Gouvernés par vos émotions et leurs contraires : le peur de vos semblables, la jalousie envers ceux qui ont ce que vous ne possédez pas, le mépris envers vos inférieurs. En seulement quelques milliers d’années, l’homme a montré son vrai visage. Le seul être capable de s’annihiler soi-même, sans aucune aide. »

Je remercie Damien Eleonori d’avoir eu l’intelligence et le talent de proposer autre chose à un lectorat de plus en plus avide de sortir des sentiers battus, et les éditions De Saxus d’avoir bravé la frilosité d’autres maisons d’édition qui n’envoient ni livre, ni document numérique à l’étranger.

Je me répète : attention talent, auteur à suivre. A l’avenir, je vais essayer d’alterner les auteurs connus et ceux dont on parle moins, ou peu, ou pas. Certaines pépites sont sans doute planquées tout en bas de nos piles à lire, et il est grand temps de les en sortir !

 

 

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