Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

A Lyon, un homme sauvagement assassiné est retrouvé dans une église : ses poumons ont été percés et sa langue coupée. La capitaine Laura Esposito est nommée sur l’affaire. Très vite, on lui met entre les pattes le lieutenant Milan Dacourt de la PJ de Dijon : le cadavre supplicié est en fait celui de son ami d’enfance, Sébastien. Très vite, la compagne de ce dernier est retrouvée morte elle aussi, pendue à un arbre. Trop de coïncidences pour penser que ces décès sont le fruit du hasard… Parallèlement, en Belgique, deux hommes en quête de sensations fortes, découvrent le cadavre mutilé d’une jeune femme dans un vieil asile psychiatrique abandonné. Son visage a été entièrement arraché et ses entrailles tailladées. Le commissaire Hugo Adami voit dans ce crime des réminiscences d’une vieille affaire et la traque impitoyable d’un tueur que l’on surnommait alors « Le Borgne ». Ces deux affaires sont-elle liées ? Comment ? Dans quel but ? Rapidement, d’autres meurtres sauvages seront perpétrés, tous viendront à la conclusion que ce n’est pas un tueur en série qui sévit, mais plusieurs. « Nous ne sommes pas face à un tueur en série, mais à une série de tueurs.  » (phrase d’accroche du livre).

Vous avez là, mon résumé personnel de ce polar. On peut même dire thriller. Vous avez aussi le titre, l’auteur, la date de parution. Vous êtes donc good to go comme on dit chez moi. Je peux éventuellement vous rajouter un « c’était bien »… Ou « c’était un page turner« … Ou « c’était addictif« … Ou « c’était un coup de coeur« , « un slip » (droit d’auteur Séverine Lenté), un string, un coup de génie et tout un tas de superlatifs fort inutiles qui ne vous diront absolument rien de mon ressenti de lecture, ni de pourquoi cette lecture était captivante, en quoi elle était différente et pourquoi il est intéressant d’en parler, puis d’en rédiger une chronique. Vous me direz, peut-être que vous vous en fichez. Dans ce cas, vous pouvez vous arrêter là : pas la peine de lire la suite, la phrase d’accroche devrait vous combler. Pourquoi je m’énerve ? Je ne m’énerve pas, j’explique. Je lis beaucoup de commentaires en ce moment, suite à diverses chroniques, disant « vous en avez trop dit », « ce détail là, j’aurai préféré ne pas le connaître mais vous l’avez dévoilé » (alors qu’il est souvent dans la 4ème de couverture), « vous parlez des thèmes du bouquin mais zut alors, il ne me reste rien à découvrir » (cf : le livre Enfermé.e de Jacques Saussey – celui qui ne savait pas de quoi parlait ce livre devait vivre dans une grotte). Bref les amis lecteurs de chroniques : d’abord, nous sommes toujours sensibles à ne pas révéler trop de choses, à ne pas spoiler pour ne pas parler un français correct. Le but d’une chronique c’est de donner envie aux lecteurs de lire le bouquin : donc, de rentrer un peu dans les détails pour susciter le désir. Enfin, rédiger une chronique ça prend du temps, ça suppose une prise de notes, une vraie réflexion, un engagement personnel sur ce qui convient de dire ou de ne pas dire, et c’est un peu plus que de dire « oh j’ai adoré », ou « beurk j’ai détesté ». Je m’excuse donc auprès de Mickaël Koudero de m’être servie de son livre pour cette petite logorrhée verbale qui me tenait à coeur.

Revenons à nos moutons. Alors ? Il est comment ce livre ? Il est bien ! Allez salut. Ok, j’arrête 😉

J’ai d’abord envie de vous parler des personnages, parce qu’ils ont une vraie profondeur et que c’était sans doute quelque chose qui tenait Mickaël Koudero à coeur. Pour une fois, en la personne de Milan, nous ne sommes pas en face d’un flic écorché vif ayant eu une enfance pourrie, avec des parents toxiques, bouffé par un passif obsédant, et ça fait du bien ! Non, nous sommes face à un flic, j’ai presque envie de dire normal, d’un homme simple qui fait son boulot. C’est d’autant plus perceptible que face lui,  on découvre le commissaire Adami qui lui, a un passif lourd, des années d’horreurs derrière lui et une affaire, celle du borgne, qui l’obsède. Au milieu de ce duo assez testostéroné, on découvre une capitaine qui aime son boulot mais qui a aussi des problèmes de femme, de mariage, de mère. L’ensemble fonctionne à merveille grâce aux contrastes entre ces protagonistes. L’auteur a même réussi à nous mettre une savante dose d’érotisme dans une intrigue plutôt glauque.

L’intrigue est vraiment bien menée. Les deux unités de lieux, la France et la Belgique, permettent, surtout au début, de créer cette envie primordiale dans un polar : à savoir l’envie de tourner les pages. Le scénario global est intéressant car peu de clés sont données : le lecteur avance réellement au rythme de l’enquête, quasi en même temps que les forces de police. Les rebondissements sont nombreux grâce aux deux enquêtes parallèles que le lecteur suit avec une certaine avidité : celle de l’instant T, et celle plus ancienne qui fait référence au Borgne. Les éléments sont donnés au compte goutte, à l’instar des révélations, souvent plusieurs pages après l’énonciation des faits. Le fil conducteur qui permet de relier les deux affaires regorge d’imagination. C’est un thriller dense, qui ne laisse pas beaucoup de temps morts, dont l’intrigue complexe est parfaitement menée et qui s’achève par de très belles pages finales. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur parvient à relier les deux temporalité, subtilement, sans matraquage, avec un certain doigté et beaucoup de psychologie. J’ajoute qu’il a effectué un véritable travail sur les atmosphères, dans les descriptions de lieux où se rendent les protagonistes qui permet d’asseoir la noirceur déjà existante liée aux crimes.

Le 13 novembre 2018, les éditions Hugo thriller ont annoncé l’arrivé de Mickaël dans leurs rangs et la parution en février 2019 d’un nouveau livre « La faim et la soif ». Ils ont été bien inspirés parce que Mickaël Koudero va bientôt faire partie des grands du polar français. On n’aime jamais être comparé à d’autres, sauf peut-être lorsqu’il s’agit d’un Franck Thilliez, ou d’un Grangé comme j’ai pu le lire, ou d’autres écrivains de cette trempe. Il faut savoir happer son lectorat dès les premières pages, surtout en matière de thriller et Mickaël le fait parfaitement bien. L’intrigue proposée doit être construite, recherchée, ingénieuse : c’est le cas pour « Des visages et des morts ». Quant aux thèmes, que je ne peux révéler sous peine de me faire clouer au pilori, il en propose d’intéressants qui méritent réflexion surtout en toute fin de roman: réflexions sur notre monde, critiques de notre société sous bien des aspects. Adeptes des seconds niveaux de lecture : vous ne serez pas en reste.

Je résume : auteur à suivre, attention talent !

 

 

2 réflexions sur “DES VISAGES ET DES MORTS, Mickaël Koudero -Mortagne, sortie 12 mars 2018

  1. Yvan dit :

    C’est pour ça que je ne parle jamais des histoires dans mes chroniques 😉
    Concernant Koudero, il est noté dans ma liste des livres à lire l’an prochain, merci d’avoir enfoncé le clou !

    J'aime

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