Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Dans ce livre, il y a la façon dont Mathieu Menegaux construit son intrigue et la pertinence des mots et des idées qu’il utilise pour y parvenir.
Ca pourrait être un livre écrit par une femme pour une femme…
Sauf que c’est un homme qui l’a écrit.
Je trouve toujours extrêmement troublant qu’un homme sache aussi bien se glisser dans la peau d’une femme et décrire ses émotions avec tant d’exactitude.
C’est une sacrée performance surtout quand le texte sonne aussi juste sans verser dans le pathos.

Claire a une vie parfaite, un job parfait, un mari parfait.
Enfin presque …
Il lui manque un truc, une toute petite choses pour être tout à fait heureuse.
Ce petit truc, elle va l’obtenir par un malencontreux hasard de la vie, dans la souffrance, la douleur, le rejet, la culpabilité, le silence, le mensonge.
Et quand elle l’aura enfin obtenu, la culpabilité de l’avoir eu va devenir plus grande que la bataille qu’elle aura livré pour l’obtenir.
Claire a fait du chemin dans sa tête, dans son corps, croit qu’elle sait qui elle est, puis ne sait plus, croit savoir ce qu’elle veut, puis ne sait plus, croit que c’est plus facile de ne pas tout dire et d’en supporter les conséquences plutôt que d’être regardée comme une victime le reste de sa vie.
Pas besoin de justice pour mettre une sanction sur ses actes, elle s’auto-juge avec lucidité.
« La douleur c’est la vie. »

« Je me suis tue » est l’histoire d’une femme qui danse au bord du précipice, mue par la volonté de faire sortir du positif d’un événement tragique, terrassée par des choix, obsédée par une décision prise bien des années plus tôt qu’elle regrettera toute sa vie de femme.
Quand il n’y a pas d’autre choix que celui de la survie, elle se tait pour ne pas crever, elle agit pour ne pas devenir folle.

Le livre est ponctué de belles références musicales qui donnent une ambiance très  cinématographique au récit : 63 chansons pour 63 moments de vie, et toujours une petite musique dans la tête qui permet un ancrage dans la réalité.
J’ai beaucoup aimé la sincérité des différents états par lesquels passe Claire :
Le déni,
L’acceptation,
La culpabilité passée et future,
L’idée folle qui germe,
La peur panique,
L’irrémédiable prise de décision,
Le geste fatal,
La résignation.

Mathieu Menegaux réussit avec brio cette belle prouesse de se mettre dans la peau d’une femme et de décrire avec authenticité le cheminement d’une prise de décision.
C’est un bouquin bouleversant, poignant qui amène à se demander si un miracle peut naitre d’une situation effroyable. Les quelques pages de fin sont juste indicibles tant la consternation est immense.

Un passionnant moment de lecture qui ne peut laisser insensible…

 

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :