Imaginez que « La chambre aux papillons » soit semblable à un jardin anglais où les papillons viendraient vous chuchoter des secrets en vous racontant une histoire.
Au texte, Lucinda Riley, connue pour sa saga des sept Sœurs, raconte ici un récit plus resserré en tissant une histoire où se croisent des secrets de famille, des regrets d’enfance, et des fulgurances amoureuses. « La chambre aux papillons » est encore une histoire de lignées, de silences, de lieux hantés par le passé, et de souvenirs, comme autant de battements d’ailes de papillons.
À la barre de la version audio, on retrouve Anne Le Coutour qui a déjà lu quelques livres de l’autrice et dont j’aime beaucoup le timbre de voix. Asseyez-vous dans un fauteuil moelleux, fermez les yeux et prenez la route vers Admiral House. Vous verrez, les histoires imagées par Lucinda Riley se faufilent alors différemment et vous offrent une parenthèse de respiration. Vous aimez que l’on vous raconte des histoires ? Moi aussi !
Direction une maison située dans le Suffolk, dépositaire des souvenirs de Posy Montague, l’héroïne lumineuse de « La chambre aux papillons ». La vie de Posy est le pilier du récit. Elle grandit ici auprès d’un père fantasque qui l’adorait et d’une mère un peu plus rigide. Plus tard, elle y élèvera ses enfants. Ce lieu rassemble à la fois tous ses souvenirs, mais aussi toutes ses émotions.
Et pourtant… à près de soixante-dix ans, elle envisage de vendre cette maison trop chère à entretenir. Que reste-t-il quand les lieux que nous avons habités nous échappent ? Ce patrimoine de l’intime et de la mémoire sont des thématiques que j’aime retrouver dans ce genre de roman.
Comme à son habitude, Lucinda Riley joue avec l’espace-temps en alternant les temporalités : on la retrouve petite auprès de son père lorsque la guerre éclate, puis mère de ses deux fils, et enfin grand-mère.
Ces échos entre passé et présent et entre les différents personnages font toujours le sel des romans de l’écrivaine, mais la version audio met joliment en valeur ces allers-retours temporels.
Chaque saut dans le passé est un petit ravissement pour les oreilles. Car ici, la lecture de la version audio nous offre la possibilité d’écouter les murs d’Admiral House. Grâce à une diction souple et expressive, on entend presque le bruissement des souvenirs derrière les pierres du manoir : le jardin où jouait Rosy enfant, la serre aux papillons, sa chambre d’adolescente, etc.
Ainsi, Posy est l’héroïne lumineuse de « La chambre aux papillons » face aux fractures du passé. Profondément humaine, désormais dans un âge de transmission et de sagesse, elle est la grand-mère que nous voudrions tous avoir. Elle est mère de deux fils, Sam et Nick, que tout oppose, et qui, malgré leurs âges, ont des existences bien troublées. Le propre passé de Posy ressurgit en la présence de Freddy, cet homme qu’elle a passionnément aimé et qui l’a repoussée sans ménagement. Pourquoi revient-il dans sa vie maintenant ?
Plus que l’histoire elle-même, je voudrais parler de la voix d’Anne Le Coutour, comme révélateur d’émotions, car le plaisir d’écoute est indéniable. Elle parvient à insuffler aux dialogues une humanité tangible et l’on se prend très vite d’affection pour cette femme dont le parcours de vie n’a pas été si simple.
Les personnages secondaires sont également très incarnés, notamment les femmes qui ont la part belle. Quand arrive le tour de Freddy, trouble et énigmatique, la voix sait alors se faire mystérieuse et tourmentée, et permet au lecteur de rester accroché à l’histoire.
« La chambre aux papillons » est un roman où les silences ont leur importance et Anne Le Coutour l’a très bien saisi. Elle fait des pauses fort à propos, respecte les soupirs et les hésitations.
En ce sens, j’aime les romans de Lucinda Riley à l’audio, car ils sont incroyablement vivants, surtout lorsqu’ils sont lus par une lectrice qui respecte le rythme du coeur.
J’en profite pour ajouter une petite remarque : cessez d’augmenter la vitesse de lecture de vos livres audio, c’est une hérésie. Comment voulez-vous apprécier le travail d’interprétation ? Certes, le roman fait presque 15 heures d’écoute, mais vous le savez au départ. Savourez !
Si vous connaissez l’œuvre de Lucinda Riley, vous êtes familier avec sa construction. Peut-être êtes-vous un peu plus surpris par les thématiques abordées… « La chambre aux papillons » raconte des destins de femmes et fait montre d’une belle sororité. Dans le temps au présent, le roman met en lumière des femmes fortes qui ont su traverser des épreuves, capables de prendre des décisions surprenantes. Il est également question de transmission, à la fois de patrimoine, mais surtout de biens intimes et très personnels.
La double temporalité traverse le roman et permet de comprendre différemment certains dénouements. Personnellement, j’adore ce type d’intrigue, de jeu d’échos entre les différentes générations. L’oreille permet de se laisser porter par le texte et c’est un moment un peu hors du temps qui vous est proposé.
« La chambre aux papillons » renvoie à un lieu réel et symbolique. Dans cette pièce d’Admiral House sont enfermés les silences et les regrets du temps passé. Comme il serait commode d’avoir ainsi une pièce où cadenasser tout ce qui nous empoisonne la vie, notre enfance, nos chagrins, nos ressentiments. En matière de charge mentale, on y gagnerait tellement !
Je suis toujours dans un cocon avec Lucinda Riley, je lâche prise, j’écoute une voix qui m’enveloppe, et une histoire délicate et réconfortante. Pourquoi s’en priver ?
Traduction : Elisabeth Luc
Titre original : The Butterfly Room
Editeur : Charleston
Sortie : 10 avril 2024
640 pages, 10,90 euros
Disponible chez Charleston audio, lu par Anne Le Coutour, 14h46 d’écoute.
ce que tu dis est si important : il faut savourer ! Stop à cette course frénétique de gain de temps et de boulimie, c’est l’indigestion pour tout le monde (c’était l’humeur du jour 😉 )
Un livre qui est dans ma bibliothèque depuis sa sortie en grand format, et que je n’ai toujours pas lu. Peut-être que la version audio m’aiderait à me lancer.
Sinon, on en a déjà discuté, accélérer la vitesse d’écoute n’a rien à voir avec le fait de gagner du temps, c’est simplement être à l’aise avec sa lecture. Quand on m’a parlé de cette possibilité il y a quatre ans, j’ai été soulagée, car je trouvais les narrations très lentes par rapport à mon rythme personnel. Le soir, d’ailleurs, j’écoute en vitesse normale, car mon cerveau est au ralenti, et je trouve que la lecture est impeccable, pourtant, il s’agit des mêmes narrateurs qu’en journée. Comme quoi ! J’accélère quasiment tous les Audiolib et les Lizzie, alors que quasiment jamais les VOolume et les Thélème.
Simplement, chacun est différent, a son rythme propre. C’est comme la lecture papier, chacun lit plus ou moins vite, en fonction de sa concentration, de son plaisir de lecture, des pensées qui l’accaparent.
Je me souviens très bien de cette discussion il y a 4 ans. Je n’y arrive toujours pas. Il y a le fait de gagner du temps pour certains, mais moi je pense qu’un 1.8 ou 2, ne se rend moins compte du travail de l’interprète. Mais tu as raison, c’est une vision propre. Je vais retravailler cette phrase 😉
Ben je trouve que tout va trop vite, et qu’on ne prend plus le temps de rien…
Une chronique qui ressemble à une caresse. Merci à toi pour le partage 🙏 🥰
Un petit confinement pour reprendre le temps ? OK je sors…….