C’est le premier roman de Marie-Haude Mériguet que je découvre et, pour ce faire, j’ai choisi la version audio lue par Marcha Van Boven. « Les pas de côté » suit l’histoire de Zola, une jeune femme d’une trentaine d’années qui a bien du mal à trouver sa place dans le monde. Son père Antoine vit dans un Ehpad et souffre de la maladie d’Alzheimer. Elle entretient des relations difficiles avec ses deux sœurs aînées, Victoire et Marthe. Elle est quittée sans cris ni scènes par son petit ami Grégoire. Elle travaille dans une agence de communication sous le joug d’un patron tyrannique à l’humour très particulier, surnommé le « sac à merde ».
Après chaque visite à son père, elle se réfugie dans l’appartement familial situé tout près de l’Ehpad pour reprendre son souffle et s’éloigner de sa vie. C’est à cette occasion qu’elle rencontre Yvonne, une voisine aussi philosophe qu’excentrique, qui n’a pas la langue dans sa poche. Ancienne professeure de français, Yvonne vit seule. À quatre-vingts ans passés, elle ne souffre plus aucune contrainte et revendique une liberté surprenante. Elle possède la lucidité et la capacité à prendre des décisions qui font défaut à Zola et dont elle a grand besoin. Yvonne a un plan pour tout, quitte à choquer son entourage.
Par un concours de circonstances, elles partent ensemble à Saint-Jean-de-Lussac, petit village situé dans la Creuse, loin de Paris, loin de la vie si anxiogène de Zola. C’est là, au cœur de la nature, qu’elles vont vraiment faire connaissance. L’une va raconter son passé, l’autre faire le point sur son présent et envisager un autre futur. Leurs échanges nourrissent le quotidien et reposent autant sur les paroles que sur les non-dits. Chacune laisse à l’autre l’espace indispensable pour procéder à son introspection et s’autoriser « Les pas de côté » nécessaires pour voir l’existence d’en haut.
J’ai toujours beaucoup de plaisir à lire des romans qui mettent en lumière une relation entre deux personnages que l’âge sépare. Cela me rappelle sans doute ma grand-mère qui faisait partie de ces femmes fortes, vaccinées par la vie et, de fait, positives et philosophes. Il y a toujours quelque chose de précieux à apprendre de nos aînés. Dans « Les pas de côté », l’une pourrait être la grand-mère de l’autre, mais le fait qu’elles n’aient aucun lien de parenté rend l’évolution de leur relation encore plus belle.
Zola se débat avec ses névroses, son sentiment d’échec dans tous les domaines et ses doutes. Yvonne l’emmène doucement à voir les choses sous un angle différent : pas comme une succession d’échecs, mais comme des choix qui ressemblent à des rendez-vous. La vie est faite de surprises à saisir ou pas, et l’autoroute que l’on emprunte est façonnée par nos propres décisions.
« La vie, c’est une affaire de rendez-vous. Elle place sur notre chemin des personnes, des opportunités, des aventures et des désordres. Nous bâtissons notre existence en choisissant d’honorer ces rendez-vous… ou pas. Une histoire s’écrit ainsi, Zola : un rendez-vous après l’autre. »
Et si l’on se trompe d’autoroute, on fait demi-tour ! Rien n’est jamais totalement figé ou irréparable. Zola, tétanisée à l’idée de faire les mauvais choix, ne prend pas de décisions du tout. Grâce à Yvonne et à son pragmatisme, Zola apprend à considérer ses « échecs » comme de petites sorties de route qui symbolisent des éléments indispensables à son parcours de vie.
« Faire des erreurs, c’est ce qui se passe quand on vit. Ça n’est pas la chose la plus grave au monde, vous savez. Regardez-moi. Je n’effacerai pas mes bêtises. Mais elles ont fait ma vie, avec tout le reste. »
Yvonne apprend à Zola à cultiver sa propre singularité, elle qui ne cesse de vouloir être « comme tout le monde ». Se conformer c’est refuser de s’écouter.
« Comme tout le monde, comme tout le monde ! Ma parole, quelle drôle d’idée ! Pour quoi faire ? Vous n’arrivez pas à être comme tout le monde ? Quelle chance ! Il ne vous reste plus qu’à être une adulte comme personne. »
« Les pas de côté » raconte cette nouvelle manière d’aborder l’existence, sans culpabilité, avec plus de recul, et une grande liberté.
D’autres sujets que la quête de soi sont abordés dans ce roman, mais je vous laisse les découvrir. L’un d’eux concerne directement notre actualité et met en lumière un sujet de société qui fait tant débat.
« Les pas de côté » est lu par Marcha Van Boven, dont la voix est habitée par l’émotion et la justesse. (pour les amateurs, c’est aussi la lectrice de « Et que ne durent que les moments doux » de Virginie Grimaldi, ou de « L’heure bleue » de Paula Hawkins.) Elle est dotée d’un timbre chaleureux pour évoquer la vulnérabilité de Zola, mais aussi d’une belle énergie pour le personnage d’Yvonne. Elle sait interpréter les nuances subtiles des errances de Zola, en marquant des hésitations ou des silences. Pour Yvonne, elle utilise une pointe d’humour associée à la force tranquille d’une femme qui a vécu.
Son interprétation est instinctive et naturelle, profondément incarnée, sans jamais exagérer les émotions. Au contraire, elle les fait naître au gré du récit : mélancolie, tendresse, etc. J’aime écouter ce type de roman en audio, car l’histoire m’embarque immédiatement quand la voix est enveloppante. L’expérience devient alors très immersive. Capter la musicalité du texte, ce qui s’y joue n’est pas donné à tout le monde. L’erreur reste souvent l’emphase, mais, rassurez-vous, ce n’est pas le cas ici. Marcha Van Boven réussit même à réveiller votre petite musique intérieure, celle qui vous demande où vous allez, vous… Quelle autoroute avez-vous prise ? Devez-vous faire demi-tour ?
Avec « Les pas de côté », Marie-Haude Mériguet livre un roman introspectif, tendre et drôle sur des périodes de transition. L’écrivaine brosse les conséquences d’une rencontre entre deux femmes qui n’étaient pas destinées à se côtoyer, et les rend très attachantes. Il nous est autorisé à faire des « pas de côté » pour prendre un peu de hauteur et trouver un sens à nos vies lorsque trop d’évènements viennent la bousculer et qu’il est difficile d’y voir clair. Un récit à découvrir pour son humanité et pour cette version audio très réussie.
D’autres avis sur le roman – Babelio –
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Tu donnes très envie de le lire. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Comme je te le disais, j’ai beaucoup aimé Vivantes, qui je pense devrait te plaire. J’ai l’intention de lire celui-ci, au pic printanier, parce que c’est comme ça, j’aime lire ce genre de roman au printemps !😁
Oui, je comprends. C’était ma façon de lancer le printemps… raté puisqu’on a des températures négatives depuis 2 jours ! Je suis sûre que ça va te plaire, la narratrice est géniale 🤩
beaucoup aimé vivantes