Aude Bouquine

BLOG LITTÉRAIRE

Dernière soirée de Lisa Gardner

« Dernière soirée» entre dans le cadre des aventures d’une nouvelle héroïne créée par Lisa Gardner (le tome 1 étant « L’été d’avant »). Dans ce tome 2, Frankie Elkin, celle qui recherche les disparu(e)s, en est toujours l’héroïne principale. Elle a quitté Boston et se retrouve maintenant au fin fond du Wyoming pour participer à une expédition « de la dernière chance ». Timothy O’Day a disparu depuis 5 ans lors d’une randonnée en forêt avec ses meilleurs amis. C’était pourtant un guide chevronné qui avait l’habitude de ce genre d’exercice. 

Afin de retrouver « ses restes » (l’espoir de le retrouver vivant est de la science-fiction), une équipe se monte avec à sa tête le père du disparu, ses amis proches (ceux de la première épopée), et un chien spécialisé dans la découverte de restes humains. Frankie se greffe au groupe non sans réticences, car elle possède très peu d’expérience en expédition de survie en milieu hostile. 

Mais ce qui apparaissait comme une mission plutôt simple tourne très vite au cauchemar. Des tensions liées à des secrets bien gardés surgissent entre les différents membres du groupe, et la mission de « repérage » se transforme peu à peu en chasse à l’homme. Quelqu’un, planqué au fond des bois, ne leur veut pas du bien… En zone blanche, livrée à elle-même, la fine équipe est alors confrontée aux difficultés d’une nature inhospitalière  et d’un probable prédateur. 

J’ai choisi d’écouter « Dernière soirée» dans sa version audio, car, comme pour le tome 1, il est lu par Maia Baran qui incarne formidablement bien Frankie. Et comme pour le tome 1, il est très facile de suivre l’intrigue, puisqu’une fois les personnages présentés, nous sommes dans un huis clos. 

Ce que j’ai particulièrement aimé dans « Dernière soirée » réside dans la mise en place de cette ambiance suffocante et anxiogène à souhait. Je ne suis pas une grande baroudeuse, le moindre insecte me rend hystérique et tous les bruits de forêt ont tendance à provoquer une peur de tous les diables. Cet espace sauvage, et les clés qu’il faut posséder pour y survivre loin de tout confort moderne m’ont totalement dépaysée ! Le canyon du diable, lieu fictif imaginé par Lisa Gardner, porte bien son nom : jamais il ne me viendrait à l’esprit d’avoir envie de m’y rendre. Vous l’avez compris, ce roman est vraiment dépaysant, par son atmosphère oppressante, son décor à couper le souffle, ses nuits glaciales et ses chemins si escarpés qu’un seul faux pas est susceptible de vous ôter la vie.

Le lecteur se sent, comme Frankie, d’une vulnérabilité absolue, totalement dépendant de la météo capricieuse et susceptible de déverser des trombes d’eau pour rajouter encore un peu de distraction dans l’avancée. Les heures de marche des protagonistes vous provoquent des crampes aux mollets, les bruits de la nuit vous font sursauter alors que vous êtes tranquillement affalés sur votre canapé, sous un plaid chauffant. C’est un peu comme regarder Koh Lanta en dînant, quand les candidats meurent de faim et sont confrontés à des jeux toujours plus inventifs au niveau de la difficulté et que vous hurlez « mais bouge-toi les fesses enfin !! » 

Au delà de cette atmosphère, comme toujours dans ses romans, Lisa Gardner développe des thématiques fortes. Il y a bien sûr la survie en milieu hostile qui fait ressortir des fragilités personnelles, mais aussi collectives. Au fil de l’avancée, le groupe, a priori soudé, se fracture. Les tensions montent et les vraies personnalités percent au grand jour. 

Mais « Dernière soirée » met aussi en lumière la culpabilité, le deuil et les vieux démons. Pour Frankie d’abord, hantée par son passé. Dans ce tome, le lecteur en apprend un peu plus sur elle et notamment sur les raisons qui l’ont poussée à fuir et à consacrer son existence à rechercher les personnes disparues. Une question se pose progressivement à laquelle elle va tenter de répondre : pourquoi fais-tu cela ? Son besoin de faire la paix avec elle-même devient plus prégnant et ajoute une dimension très humaine à sa personnalité. Le deuil est abordé de son point de vue, mais aussi de celui du père de Tim, consumé par l’obsession de retrouver son fils. Il fait partie de ses êtres incapables de faire leur deuil et fait écho à tous ceux qui se retrouvent face au vide d’une absence pour raisons inexpliquées. Quant à la culpabilité incarnée par les amis, je ne peux évidemment rien vous révéler…

Vous vous êtes déjà demandé comment vous réagiriez si vous étiez livré à vous-même dans un environnement dont vous ne maîtrisez pas les codes ? « Dernière soirée » vous en donne un petit aperçu. Certains se découvrent des forces insoupçonnées, d’autres une lâcheté crasse. Nous sommes tous « double », sans en avoir forcément conscience, et cette dualité s’enflamme devant l’adversité. J’aime l’idée de cette absence de connaissance de soi, associée aux révélations de qui l’on peut vraiment être quand nous sommes confrontés au pire. 

La lecture audio de « Dernière soirée » est à mon sens parfaite pour vous faire ressentir tout cela. Maia Baran incarne formidablement bien le personnage de Frankie en lui donnant de l’épaisseur, du réalisme, et une belle sensibilité pour autrui. Sa voix s’adapte aux différentes situations, se fait tantôt douce, tantôt inquiétante,  et pousse le lecteur à avoir envie de connaître la suite. De plus,  l’écoute est très sensorielle, ce qui en fait une expérience immersive à souhait. 

Avec ce tome 2, Lisa Gardner confirme un attachement authentique pour son nouveau personnage de Frankie. Assez différent du premier en raison de son atmosphère et de sa finalité, « Dernière soirée » saura vous divertir, vous angoisser, mais aussi vous émouvoir. Un récit de survie qui peut se lire indépendamment, mais je vous conseille quand même de commencer par « L’été d’avant » pour mieux comprendre la psychologie de cette jeune femme. « Dernière soirée » est un peu le genre d’histoire que l’on raconte au coin du feu à des enfants qui cherchent à se faire peur et qui finissent par ne pas dormir de la nuit ! Une soupape divertissante pour vous emmener ailleurs ! Et sinon, un trek en forêt, ça vous tente ?

Traduction : Cécile Deniard  

Sortie en audio : 29 janvier 2025

Editeur : Audiolib

Lu par Maia Baran, 11 h 20 d’écoute

Chronique du tome 1 : L’été d’avant, Lisa Gardner.

Qui est Lisa Gardner ? Découvrez sa bibliographie

5 réflexions sur “Dernière soirée, Lisa Gardner.

  1. laplumedelulu dit :

    D’abord lire le tome 1. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘

  2. Je sens que celui-ci me plaira encore plus que le premier, car ça se passe dans un endroit qui m’attire. J’espère que je pourrais le lire en audio !

  3. Aude Bouquine dit :

    C’est vrai que l’endroit choisi donne vraiment lieu à une atmosphère particulière. Ça s’écoute tout seul !

  4. Je vais commencer par le tome 1 que je viens de m’acheter 🙃

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