« Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été » a d’intenses résonances avec notre adolescence et les lieux récurrents où certains d’entre nous passaient leurs vacances. Chez une grand-mère, toujours au même endroit au bord de l’océan, avec la même bande d’amis. Le temps semble se figer jusqu’à ces retrouvailles, il s’accélère mystérieusement durant le temps estival tant le plaisir de retrouver les couleurs, les odeurs, les amis, les rires et une certaine liberté prend toute la place. Comme chaque été, Phœbe et Léna rejoignent la maison de leur grand-mère, mais cette année l’enthousiasme chez les deux sœurs n’est pas le même. La première est fragile et vulnérable, sa première année de fac a été éreintante… et il y a Isaac, son premier amour, quitté l’année dernière pour des raisons obscures. La seconde est une rebelle, en conflit permanent avec ses parents, bien décidée à faire entendre sa voix et à prendre son destin en main, contre l’avis familial si besoin. Elle aussi cache un secret au fond de son coeur. Cette année, les vacances sur la côte basque risquent d’être un peu plus mouvementées…
J’ai choisi d’écouter « Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été » en version audio, lue par Violette Erhart et Natalia Pujszo, besoin de me retrouver dans les émotions de mes 16 ans, quand tout est encore possible, et que les passions sont exacerbées. Un petit retour dans une tête d’adolescente quand les rêves sont plus grands que soi, les amours plus forts, et les réminiscences des instants vécus avec ma sœur, tantôt compliqués, tantôt complices. Phœbe et Léna ont toujours été très proches, sauf cette année-là. Elles n’ont pas été là l’une pour l’autre sans qu’elles sachent véritablement pourquoi. Pourtant, cette année scolaire a soulevé du remous et les laisse maintenant exsangues sur la plage, pleines de colère et de ressentiment. Il faudra bien un été pour se retrouver…
Dans ce roman, Clara Héraut décrypte formidablement bien l’état de l’adolescence où les ombres intérieures prennent parfois le pas sur la lumière. « Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été » explore les complexités de la santé mentale lors des études supérieures, les choix faits pour faire plaisir aux parents, l’épuisement étudiant, les crises d’angoisse et de panique, la prise de médicament sans suivi psychologique. Clara Héraut décrit avec une grande justesse la spirale infernale dans laquelle s’enferme Phœbe, certainement la plus forte des deux et la plus volontaire selon les parents. Pas le droit d’échouer, pas le droit de décevoir, elle fait la fierté de la famille alors qu’elle se détruit de l’intérieur. À travers le personnage de Léna, l’écrivaine décortique les thématiques de l’orientation sexuelle, l’homophobie crainte, le jugement des amis et la compréhension de soi lorsque l’on est attiré par une personne du même sexe que le sien.
J’ai été assez touchée par la dynamique entre les sœurs et leur mère et toutes ces phrases qui semblent anodines que l’on dit à ses enfants pour les secouer, leur faire prendre conscience des choses, mais jamais sans penser à mal. Ainsi, la relation volcanique entre Léna et sa mère, les « réveille-toi », « tu n’as fait que glander », « prends exemple sur ta sœur » a réveillé bien des souvenirs bien douloureux… Ces mots sont difficiles à entendre lorsque l’on est adolescent, et pourtant, il arrive qu’ils soient répétés à l’âge adulte avec nos propres enfants… Dans « Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été », c’est le cas pour les filles, mais aussi pour la mère qui, bien qu’elle ait fait du mieux qu’elle ait pu, doit se remettre en question. Nous exprimons notre amour de bien des façons et nous ne vivons pas le monde de la même façon.
Les deux comédiennes, Violette Erhart et Natalia Pujszo, sont parfaites pour exprimer le gouffre dans lequel s’enfonce Phœbe, et les émotions qui débordent de Léna. Elles montrent avec une grande justesse les luttes contre les démons, l’espoir qui se réanime grâce à un soutien mutuel et une communication rétablie. Si L’auteur souligne l’importance de la communication et de la compréhension dans la gestion des problèmes de santé mentale, les lectrices subliment le message en montrant à quel point l’amour filial, puis l’amour parental deviennent de vraies forces.
« Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été » est un roman qui touche par sa sincérité et sa justesse. Clara Héraut parvient à capturer les émotions complexes et souvent contradictoires des adolescents en proie à des crises existentielles. L’écriture est à la fois poétique et réaliste, offrant des descriptions vivaces et des dialogues authentiques qui rendent les personnages et leurs expériences profondément humains. Violette Erhart et Natalia Pujszo reconstruisent des ponts cassés par le seul prisme de leur voix. L’alternance des points de vue entre Phœbe et Léna offre aux lectrices un joli terrain de jeu pour opposer les points de vue et les ressentis. La perspective multi-facette des événements enrichit la structure narrative, mais permet aussi de se mettre à la place de chacun.
« Les coquillages ne s’ouvrent qu’en été » est un ouvrage charmant qui aborde avec sensibilité et intelligence des thèmes importants et parfois tabous. Clara Héraut réussit à créer un récit à la fois poignant et porteur d’espoir, où les luttes personnelles sont dépeintes avec une belle humanité. Violette Erhart et Natalia Pujszo prêtent leurs voix pour en faire un magnifique écrin et permettent ainsi aux émotions d’émerger. L’auditeur en ressort avec un double cadeau : la réminiscence de son adolescence et le rappel de ce qu’elle est, une période riche et compliquée, ce qui s’y joue et comment être plus vigilant. Derrière les ombres les plus épaisses, il peut toujours y avoir un morceau de ciel bleu….

