Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Antoine, 63 ans est un veuf inconsolable. Voilà 3 ans déjà que sa femme Victoire 56 ans est décédée. Il l’aimait éperdument et sans elle, il ne vit pas, il survit. « Il ne faut pas mourir de son vivant, disaient-ils. Rectification : je ne me meurs pas de mon vivant, je vis comme un mourant. Trois ans que Victoire est morte. Je n’arrive pas à surmonter cette épreuve. » En se rendant fréquemment à la bibliothèque, il fait la connaissance de Madame Duparc. Solaire, lumineuse, pétillante, dégageant une incroyable joie de vivre, Madame Duparc fait tomber les réticences d’Antoine à retomber amoureux. Elle porte le même prénom que l’héroïne du roman de l’abbé Prévost sur lequel Antoine travaille : « Manon Lescaut »

Manon est une femme mystérieuse qui cache bien des secrets, elle refuse de vivre dans « la norme », la tristesse ou le passé. « Je n’ai rien rompu du tout, Antoine. On ne rompt pas avec le passé, c’est le passé qui rompt avec vous. » Elle est le soleil qui permet à Antoine de sortir de sa nuit. Antoine est bouleversé dans ses certitudes, déstabilisé par cette femme qui n’est pas sans lui rappeler Victoire, troublé par la liberté de son corps, ébranlé par son naturel, son appétit, ses avis tranchés. Une histoire va naître entre eux. Une histoire d’amour ? Chacun jugera. Une histoire où ensemble, ils se guérissent l’un l’autre, partagent, réveillent à la vie des corps endormis. Antoine se voit offrir « Cette merveilleuse chance qu’un autre vous aime quand vous ne vous aimez plus. »

Pourtant, Manon Duparc a un sens inné pour le faire passer de l’allégresse à l’inquiétude, elle apparaît puis disparaît à sa guise, provoquant chez Antoine des émotions semblables à des montagnes russes. Lui, le rat de bibliothèque qui se réfugie dans des lieux sombres et poussiéreux, est bien obligé d’admettre que « La vie dans les livres n’est pas la vraie vie. » et que la vraie vie est beaucoup plus bouillonnante, exigeante, et peuplée de bonnes et de mauvaises nouvelles. Lors de leurs pérégrinations communes, un voyage en Italie, des rencontres avec des amis, le doute s’installe dans l’esprit d’Antoine quant à sa relation avec sa femme décédée. Était-elle aussi amoureuse qu’il le pensait ? N’avait-elle pas des secrets qu’elle cachait avec acharnement ? Leur relation était-elle aussi parfaite ? La prise de conscience d’une autre réalité vient lentement écorcher le souvenir d’une relation fantasmée. Les morts ont l’avantage d’être intouchables… 

« À un détail près » est un roman doux, poétique sur le temps qui passe. L’évocation du passé vécu, regretté, est omniprésente, les promesses d’un futur commun également. La photographie lisse du couple en général se craquèle peu à peu pour laisser place à plus de vérité. J’ai trouvé judicieuse cette approche de laisser entendre que dans un couple, chacun a le droit de garder sa part secrète et qu’il est salvateur de ne pas tout dire, ou, de ne pas tout montrer. L’approche de l’auteur, délicate, tout en finesse propose de belles réflexions sur le deuil, sur la renaissance, et sur cette absence d’émotions qui se transforme progressivement en tourbillon lors de la découverte de l’autre. Les petits papillons dans le ventre m’ont rappelé mes seize ans, quand, dans une rencontre, tout reste encore possible… avant que la vie nous vole nos espérances et notre confiance. La vie qui fait voltiger nos émotions pour s’abattre plus violemment, parfois « À un détail près »….

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