Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

David Zukerman est l’auteur du remarquable et touchant roman « San Perdido » paru le 2 janvier 2019 chez Calmann-Lévy. Cela a été une formidable découverte, un monde fascinant qui s’est ouvert sous mes yeux, des personnages charismatiques, une histoire réellement exaltante. Longtemps, ce gamin au regard bleu-saphir a hanté mes souvenirs, héros muet, mais soucieux de l’essentiel : équilibrer la balance des disparités sociales en faisant ce qui est bon.

L’écriture de toute beauté, simple et poétique, innocente et lyrique, a fait rentrer le roman de manière fracassante dans mon cœur de lectrice pour y rester gravé.

Autant vous dire que lorsque j’ai su que « Iberio » allait paraître, je me suis jetée dessus à peine réceptionné. 

Cette chronique est donc un crève-cœur, et je suis à la fois triste et embarrassée de devoir l’écrire. Je vais donc tenter de vous expliquer clairement mon ressenti. « Iberio » est avant tout l’histoire d’une mère, Mercedes qui a fui son pays pour sauver son enfant. Toute sa vie est consacrée à Iberio, son fils. Elle fait absolument tout ce qui est humainement possible pour lui offrir une existence décente. On ne sait pas grand-chose des premières années de leur vie parisienne, mais alors qu’Iberio grandit, elle trouve un emploi de concierge dans un bel immeuble parisien. Au dernier étage vit un peintre, Ezra, qui lui propose de poser nue pour lui, chose qu’elle accepte pour arrondir ses fins de mois. Mercedes est une femme fabuleusement belle, au charme racé, qui ne laisse aucun homme indifférent. Elle est solaire, charismatique, mais possède aussi un caractère bien trempé. Très protectrice, à la limite de la jalousie malsaine, elle ne supporte aucune femme près de son fils et ne lui imposera aucun homme dans sa maison. « Faire de son fils le seul homme de sa vie n’était pas sain et toutes les pulsions qui bouillonnaient en elle auraient dû se focaliser sur d’autres. Elle le savait. (…) Mais elle sentait aussi le flot de tendresse qui la submergeait en regardant son fils. Aucun homme ne pourrait jamais susciter un tel amour chez elle. » Élevée avec le mantra « sans colère ni pitié », elle éduque son fils en lui inculquant un grand respect des femmes, elle la petite fille qui fut battue par la cravache de son père, et qui semble porter en elle de douloureuses blessures et un lourd secret.

Le lecteur suit tantôt Mercedes, tantôt Iberio, mais aussi toute une galerie de personnages qui vivent ou entrent dans l’immeuble : le peintre, Louise une autre modèle de celui-ci, Mme Chanterelle la commère de l’immeuble par exemple. Il y a de très beaux rapprochements entre l’œil de l’artiste, la façon dont il représente ce qu’il voit, la manière dont le modèle se voit et l’Art en général. «Il l’avait représentée telle qu’elle se sentait, son émotion était tout entière fixée sur le papier. Comme dans un miroir, elle lisait dans ses propres yeux le doute et l’incertitude, mais aussi la fugacité du moment. Ezra avait su capter son mouvement.» Les relations entre le peintre et son modèle ou les relations entre la mère et son fils restent le thème central du roman. Si tant est que l’on puisse se permettre de juger cela, l’écriture est belle, poétique, profonde et très visuelle et j’ai retrouvé le charme du phrasé de David Zukerman découvert dans « San Perdido ».

Cependant, et c’est là qu’arrive le « oui mais », malgré cette écriture, malgré la profondeur des personnages et le charisme singulier de l’un d’entre eux, il n’y a pas d’histoire. Tout le roman est une succession de portraits, dont certains sont d’ailleurs totalement anecdotiques. Par exemple, je n’ai absolument pas compris l’intérêt du personnage de Mme Chanterelle : elle n’apporte strictement rien de notable au déroulé de l’intrigue, si l’on peut appeler cela une intrigue. Hormis une révélation qui explique certains comportements en fin de roman, il n’y a véritablement rien d’autre à se mettre sous la dent. Ce que j’aime dans un roman consiste en une combinaison parfaite entre la densité des personnages ET le déroulé d’une histoire pour faire don au lecteur d’un but, d’une intrigue, d’un sens. L’auteur l’avait extrêmement bien fait dans « San Perdido », mais ici, c’est le vide astral au niveau de la fiction. J’ai frôlé l’abandon plusieurs fois, je me suis endormie, j’ai lutté pour le terminer parce qu’il ne fait que 269 pages… L’attachement que j’ai pu ressentir au début du roman grâce aux deux protagonistes principaux et une scène d’entrée assez marquante a vite totalement disparu et mon empathie s’est envolée pour me laisser vide, désertée par toute émotion, tant je n’en avais plus rien à faire de ce qui pouvait bien leur arriver. Je reconnais que la révélation finale offre un regain d’intérêt et permet d’appréhender les choses sous un angle différent, mais honnêtement, cela n’efface pas l’ennui global. 

Comme d’habitude, je vous encourage vivement à vous faire votre propre avis puisque j’ai déjà eu l’occasion d’adorer des romans que d’autres ont détestés et inversement. Comme j’aime à le répéter « Toi seul tu sais ».

Je remercie les éditions Calmann-Lévy de leur confiance. 

Chronique de SAN PERDIDO, David Zukerman – Calmann Lévy, sortie le 2 janvier 2019.

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