Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

1789, la révolte gronde à Paris. Le peuple a faim, écrasé par les impôts. Louis XVI alors au pouvoir, ne prend pas la mesure de cette révolte et continue à profiter des fastes de la cour. Gabriel Joli, provincial arrive à Paris contre l’avis de son père. Son ambition ? Devenir journaliste. Esprit éclairé, il est aussi avide de transmettre la vérité sur les évènements qui se déroulent sous ses yeux et cherche à démasquer le loup des cordeliers. En effet, ce justicier qui défend les femmes agressées dans les rues de Paris en égorgeant leurs agresseurs, accompagné d’un loup en laisse, suscite bien des interrogations… Qui est-il ? Quelles sont ses motivations ? Gabriel mène l’enquête en rencontrant les grands esprits de son temps : Danton, Desmoulins, Mirabeau et Robespierre. Les évènements le conduiront jusqu’à la prise de la Bastille et les clameurs d’un peuple qui demande plus de justice.

Incroyable fresque historique que ce roman remarquable où Henri Loevenbruck nous plonge en 1789, période clé de notre histoire, que nous lecteurs avons certainement un peu oubliée…. Dès les premières pages, grâce aux descriptions de la ville et notamment du quartier des cordeliers, des odeurs, de l’atmosphère régnante, le lecteur se retrouve propulsé des années en arrière, au temps où, les parisiens, révoltés ont mené la plus grande révolution de notre histoire. Passionnant ? Le mot est faible ! Autour de personnages historiques emblématiques, le lecteur s’attache immédiatement à Gabriel, avide de vérité, ambitieux, conscient que ce qui va se dérouler sous ses yeux est un tournant majeur pour le peuple de France.

Ainsi, son arrivée dans un journal « Le journal de Paris » plutôt politiquement correct où les sujets polémiques n’ont guère leur place, Gabriel va évoluer, d’abord grâce à son oncle, puis en rencontrant Desmoulins, dans une sphère où les grands esprits analysent, décident et sont acteurs de leur propre destin. Vous serez surpris de constater que certaines pensées et réflexions peuvent s’appliquer à notre temps. Au fond, les choses ne sont pas si différentes d’aujourd’hui et le parallèle est souvent troublant « Quand le peuple est dans la misère, il ne se révolte pas : il n’en a pas les moyens. Aujourd’hui, si la France se soulève, contrairement à ce que tout le monde dit, ce n’est pas parce que le peuple est miséreux, c’est parce que le peuple a été éclairé sur sa condition par les Lumières, et que l’État, lui, est plus pauvre que jamais. » Par bien des aspects, ce roman parvient à décrire très justement ce qui se passe en France en 2019, un rassemblement citoyen d’êtres révoltés par les difficultés du quotidien, qui sous un projet commun tente de faire entendre, d’une seule voix, les problèmes auxquels ils sont confrontés, face à un gouvernement qui reste sourd, totalement déconnecté des difficultés auxquelles ils doivent faire face. Ainsi, revivre le serment du jeu de paume, la création de la cocarde, signe de ralliement de ce peuple qui avance comme un seul homme m’a donnée des frissons. Cette unité, se battre pour une cause juste et commune, en provoquant des évènements qui changeront à jamais le cours de l’Histoire a éminemment contribué à cet immense plaisir de lecture, agrémenté par ce mystérieux personnage du loup des cordeliers et l’enquête qui en découle. Mais, ce roman contribue également à éveiller un peu nos consciences… Lisez plutôt « Si tout cela permet de bousculer un peu ce vieux régime, où l’Église et les seigneurs se sont taillé depuis cinquante générations la plus belle part, alors ce n’est que justice et je m’en réjouis. Simplement, ne me dis pas que c’est la misère qui aura conduit à la révolte. C’est l’envie ! L’envie bourgeoise. » Intéressant non ? Transposez, méditez !

Ce roman est aussi résolument féministe, mouvement quasi inexistant à cette époque. Pourtant, certaines « actrices » du récit le suggèrent et sont prêtes à sacrifier leur propre vie pour cette quête d’égalité. Ainsi, en la personne de Anne-Josèphe Terwagne, dont le chemin a certes été romancé, Henri Loevenbruck donne à ce roman une bataille connexe à celle plus générale qui se livre par exemple à la Bastille. « Songez que l’article qui nous est consacré dans l’Encyclopédie nous décrit comme dénuées de raison, tout justes bonnes à être belles et sentimentales. Rousseau lui-même, que M. Mercier, ici présent, vénère tant, a toujours affiché un dédaigneux mépris pour la cause féminine. Or, à ce jour, je n’ai point vu l’Assemblée nationale se soucier du sort des femmes, qui constituent pourtant plus de la moitié de la nation ! »

Vous trouverez également de très belles réflexions sur la presse et le sens profond du métier de journaliste incarné par Gabriel. Un besoin criant de vérité totalement déconnecté du politiquement correct qui était alors d’usage. Cette évolution intéressante, pertinente et opposée au régime en place dévoile le besoin intime de dire la vérité au peuple. Oui, en 1789, le concept de « fake news » existait déjà !

Si la partie historique est très présente, n’ayez pas peur pour autant, car elle est réellement passionnante. Si comme moi, vous avez tout oublié ou presque de vos cours d’histoire, voilà une excellente manière de vous y replonger et de découvrir aussi un langage propre à cette époque. Car oui, l’auteur nous délecte avec des expressions d’alors et livre un champ lexical impressionnant. Pour que le plaisir de lecture soit complet, plongez-y lorsque vous avez du temps devant vous afin de ne pas perdre le fil historique, pour vous souvenir facilement des évènements. Les noms illustres qui y sont mentionnés, que nous connaissons tous, contribuent à raviver notre mémoire.

Force est de constater que Henri Loevenbruck sait tout écrire et chacun de ses livres, même s’ils nous propulsent dans un univers différent, nous happe, sans qu’on puisse le lâcher. Bohem, Andreas, Marc et maintenant Gabriel deviennent des personnages emblématiques, charismatiques impossibles à oublier. On reproche parfois à certains auteurs d’utiliser toujours la même mécanique qui fait leur succès, à chaque nouveau roman. En voilà un qui prend des risques et qui, à chaque fois, se met en danger. Rien que pour cette raison-là, je vous recommande vraiment de découvrir son univers. Je vous l’ai dit : il sait tout écrire !!

Merci aux éditions XO pour leur confiance.

 

NOUS RÊVIONS JUSTE DE LIBERTÉ, Henri Loevenbruck – Le livre de poche, sortie le 29 mars 2017

4 réflexions sur “LE LOUP DES CORDELIERS, Henri Loevenbruck – XO éditions, sortie le 24 octobre 2019.

  1. GABRIELLE dit :

    J’aime beaucoup cet auteur j’ai très envie de lire ce roman

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  2. Très belle chronique qui me donne envie de très vite m’y plonger !! 😉❤️

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