Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

Paul 43 ans et Anna 38 ans n’ont rien en commun. Et pourtant, quelque chose de sourd, d’instinctif, de logique les pousse irrémédiablement l’un vers l’autre.
C’est d’abord la voix d’Anna qui séduit Paul. Parce que physiquement elle n’est pas son genre de femme. Elle est même tout le contraire de son genre de femme. C’est le côté inaccessible de Paul qui attire Anna, celui qu’on frôle sans qu’il s’en souvienne…

« Ils n’ont rien en commun et c’est ça qui est merveilleux. Ils règnent sur une terre en jachère où tout est à construire, le paradis les attend. »

Ils ont une manière totalement différente d’appréhender le sexe opposé. Anna aime les hommes qui se refusent, ceux qu’il faut débusquer, ceux à qui il faut laisser toute la place au début pour briller. Elle est toujours attirée par des hommes qui la fuient. Paul est tendre et présent quand il aime, indifférent et détaché quand il n’aime plus. Les femmes qui ont traversé sa vie le détestent pour avoir été rayées de son existence aussi facilement. Il pose des limites, détecte les « chieuses » à des kilomètres, ne s’embarrasse pas de relations qui ne lui conviennent plus.

Anna est éditrice. Elle aime mes livres, elle aime les mots. Anna a vécu dans une famille où elle n’a pas reçu l’amour qu’elle attendait, où la peur omniprésente de l’abandon a rythmé toute sa vie, serrant de près la peur d’échouer, la peur de décevoir, la peur de ne pas être aimée. Anna est un être torturé. Sans cesse, elle se pose des questions existentielles, sans arrêt, elle décortique tout. Elle ne sait pas se laisser aller, elle ignore tout de l’abandon cérébral. Paul est paysagiste. Il aime la nature, est profondément écolo, il est lui aussi un amoureux des mots. Il prend la vie comme elle vient : quand il aime, il ne lâche rien, est présent sur tous les fronts, devient l’homme de tous les possibles.

Ce roman décrypte avec justesse le passage du temps dans une vie de couple. Plus encore que le temps qui passe, la vie quotidienne qui prend toute la place et le vécu de chacun qui fait renaître des peurs ancestrales, volontairement enterrées au plus profond de soi. Comment faire fi de tout passé pour construire une relation sur des bases saines, sans appréhension de reproduire des schémas déjà vécus ? Comment faire confiance lorsqu’on a été blessé, comment se laisser apprivoiser à nouveau ?

Un très joli premier roman sur un sujet qui m’interpelle, me touche, me questionne. Comment accepter, lorsque l’on est une pasionaria de l’amour, des gestes moins tendres, des mots plus neutres,  des « je t’aime » qui ont la saveur des « passe-moi le pain », d’incalculables répétitions du quotidien qui détruisent tout ?

J’ai aimé la façon subtile que Cécile Pivot utilise pour amener Anna à s’interroger sur ses propres défaillances, ses propres peurs, ces signes qu’elle croit déceler dans chaque attitude, dans chaque mot, dans chaque respiration de l’autre. Ce besoin intrinsèque de tout gâcher par peur, par réminiscence du passé qui vient polluer une relation presque parfaite. Quand l’un des deux déraille, c’est tout le couple qui vacille. La cruauté du constat est alors à la mesure de ce combat intérieur, ravageur et imbécile.

Il y a des livres qui nous parlent parce qu’ils arrivent au bon moment dans nos vies, et que, d’une certaine façon, ils remettent les choses à leur place. Ce fut le cas pour celui-ci quand mon mari, en vacances, me dit « j’aime t’entendre rire, tu ne ris plus jamais ».

C’est l’histoire d’un amour, c’est l’histoire d’un chemin de croix, le développement d’un processus de construction, de déconstruction, de reconstruction. C’est l’histoire d’un couple, mais aussi des deux entités qui le composent. C’est un roman d’apprentissage : être soi, apprendre à renouer avec soi-même sans vivre à travers l’autre. C’est réaliser à quel point on peut devenir son propre ennemi et nager à contre-courant du résultat que l’on veut obtenir. Et surtout, c’est accepter l’idée que l’amour évolue et qu’il ne peut rester celui des papillons dans le ventre et de la tête dans les étoiles, des ébats sulfureux et clandestins qui vous laissent exsangues et avides de la peau de l’autre, mais aussi vides de son absence.

C’est très compliqué de vivre à deux, de s’aimer sans s’étouffer, d’être fidèle à soi-même tout en respectant l’autre, de vivre juste pour l’instant sans interpréter chaque geste ou chaque mot. Ce roman en parle très bien.

#BattementsDeCoeur #NetGalleyFrance

2 réflexions sur “BATTEMENTS DE COEUR, Cécile Pivot – Calmann-Lévy, sortie le 02 janvier 2019

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