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Volare, Serena Giuliano.

Volare de Serena Giuliano

J’adore écouter les livres de Serena Giuliano en version audio lus par l’autrice. L’année dernière, j’avais beaucoup ri avec « Villa Gloria » et cette parenthèse m’avait fait un bien fou. Cette année, avec « Volare », le sujet est un peu plus grave, mais il est abordé avec la patte de Serena : avec humour et tendresse. 

On connaît l’univers de Serena Giuliano, le franc-parler de ses personnages, l’Italie qui déborde de saveurs, la lumière du Sud, cette manière qu’elle a de nous donner envie de tout plaquer pour aller manger des pâtes face à la mer. Cette fois-ci, Ambre, son héroïne, n’arrive plus à se lever. Elle a perdu l’envie, n’a plus la force d’affronter le monde qui, lui, continue de tourner sans qu’elle parvienne à y trouver sa place. En apparence, rien dans la vie d’Ambre ne justifie un tel effondrement. Pourquoi ne parvient-elle plus à déployer ses ailes pour « voler » ? Que sait-on réellement des douleurs cachées ? 

Dans « Volare », Serena Giuliano a décidé d’aborder la dépression et la santé mentale. Car oui, la souffrance psychique se moque de raisons objectives et clairement identifiées. Cette maladie arrive sans crier gare, indifférente au genre, à l’âge ou au milieu social. N’oublions pas que le burn-out touche les personnes les plus fortes, celles capables d’encaisser… 

Ambre est le genre de femme qu’on ne voit pas craquer. CPE dans un collège à Metz, celle qui travaille auprès d’adolescents souvent en crise (pléonasme), qui absorbe les tempêtes émotionnelles des autres avec une patience presque surnaturelle, qui veille sur ses sœurs jumelles depuis leur naissance, est à bout de souffle. Elle fait partie de ces femmes qui portent sans dire qu’elles portent, et qui soutiennent, vaille que vaille, sans jamais admettre qu’elles s’épuisent. « Volare » raconte l’histoire d’une femme solide qui s’effondre intérieurement dans le plus grand des silences. 

Silencieuse, car invisible, la dépression d’Ambre n’a rien à voir avec les émotions volcaniques de ses élèves. Chaque jour, une usure de plus en plus grande la contamine. La fatigue déborde du corps, vient se nicher dans son esprit et empêche tout mouvement. Mais Ambre se tait. Elle encaisse. Elle fait comme si. Peut-être ne s’accorde-t-elle pas le droit d’aller mal… peut-être a-t-elle honte. 

Mais Manuela, sa meilleure amie, veille au grain. Elle a bien senti l’écroulement intérieur progressif d’Ambre. Elle voit et elle a tout compris. Elle a repéré les signes bien avant qu’Ambre soit en mesure de les nommer, et n’a pas l’intention de faire semblant de ne pas les avoir vus. Dans « Volare », Manuela est l’arc-en-ciel après la pluie. Solaire, tactile, envahissante, expansive, elle occupe l’espace avec une générosité un peu désordonnée qui donne immédiatement une bouffée d’air au roman. Elle ne parle pas, elle commente, s’emballe, gesticule, dramatise, colore tout ce qu’elle touche. Sa drôlerie repose sur des répliques bien construites, ses expressions approximatives, ses enthousiasmes décalés et irrésistibles. Et son accent qui les fait dire « OU » à la place de « U » produit des éclats de rire bienvenus. 

Grâce à elle, Serena Giuliano crée une respiration réelle et bienvenue. La force de l’amitié est une valeur chère à l’autrice, et on la comprend. Et puis, c’est Manuela qui envoie Ambre à Cefalù en retraite spirituelle. La Sicile ou l’Italie, c’est toujours une bonne idée ! 

Sous des airs de voyage thérapeutique, cette parenthèse ensoleillée donne à « Volare » des couleurs. Ambre change et agit. La Sicile lui donne la possibilité de respirer autrement. On pourrait même dire qu’elle lui redonne vie. Parfois, un livre vous console, mais une destination et les gens qu’on rencontre durant ce voyage peuvent aussi vous réparer. 

« Il n’y a pas de hasard, il y a ce que la vie met sur notre route et ce que l’on décide d’en faire »

À l’image du papillon à l’aile brisée qu’Ambre recueille, Serena Giuliano dit la fragilité, mais aussi que l’on peut avancer, même fêlée, même cabossée et retrouver malgré tout quelque chose qui ressemble à un élan. Dans « Volare », Ambre n’efface pas ses cicatrices : elle apprend à vivre avec. 

« On ne répare pas une aile brisée avec du ruban adhésif. Il faut du temps, de la patience et, parfois, un courant d’air chaud pour oser de nouveau s’envoler. » 

Serena Giuliano maintient un bel équilibre d’un bout à l’autre du roman. Le sujet est sérieux, la douleur d’Ambre est réelle, mais le texte ne s’installe jamais dans la noirceur. Il y a de l’air, de la saveur, des éclats de rire, une présence italienne chaleureuse et communicative. Chez l’autrice, la joie finit toujours par triompher. On sourit souvent dans « Volare », sans que le propos soit trahi pour autant. 

Une dernière chose, pour ceux qui hésiteraient entre la version papier et la version audio. La version audio est lue par l’autrice elle-même, et c’est un vrai cadeau. Sa voix porte le texte avec une présence et une chaleur qui prolongent naturellement ce qu’on ressent à la lecture. On entend quelqu’un qui a mis quelque chose de vrai dans ce livre, et qui en connaît chaque recoin. 

« Volare » invite au fond à se choisir, sans culpabilité, quand la vie devient trop difficile. Parfois, il est nécessaire de refuser le fait de seulement tenir debout. On a tous le droit d’apprendre à voler. 

Ceci n’est pas un service de presse. 

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 18 mars 2026

198 pages, 18,90 euros

Disponible en version audio pour Audiolib, lu par l’autrice, 3h31 d’écoute

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