En 2025, j’ai lu 163 livres sur un objectif fixé à 140 (ce qui correspond à peu près à ma moyenne annuelle depuis plusieurs années.) Soixante livres ont été écoutés en version audio, soit partiellement, soit totalement. Ce chiffre dit quelque chose d’important dans l’évolution de mes pratiques de lecture. Je vous renvoie à l’article sur mes meilleurs livres audio. L’intérêt de cet article « Bilan lecture 2025 » est de faire le point sur mon année de lectrice, sans chercher à enjoliver ni à masquer ce qui s’y joue réellement.
À l’heure où les lecteurs sont assez frileux à l’idée de découvrir de nouveaux auteurs, ou de sortir de leur zone de confort, j’ai découvert 76 nouvelles plumes jamais lues auparavant, dont 20 premiers romans. Ce constat est le reflet d’une curiosité intacte et d’un goût toujours affirmé pour la découverte. Ma curiosité est toujours plus grande. En effet, je suis de plus en plus attirée par ce que je ne connais pas, et de moins en moins encline à lire des auteurs très installés.
Sur ces 163 romans, 97 d’entre eux sont écrits par des femmes, et 66 par des hommes. Il s’agit ici d’un hasard de la programmation, et non d’une volonté de ma part.
Dans ce « Bilan lecture 2025 », il me faut parler du nombre d’articles publiés. Depuis le début de mon blog, ils sont au nombre de 1056, mais en 2025, je vous ai proposé 172 articles qui mélangent chroniques, annonces des sorties littéraires et sujets de fond.
Une grande majorité des lecteurs de mon blog arrive des moteurs de recherche. Ce n’est pas une surprise, puisque, depuis deux ans, j’ai fait le choix de travailler le référencement. Le blog est aujourd’hui solidement indexé, et les chiffres en témoignent. Viennent ensuite les abonnés fidèles d’Aude Bouquine, rejoints par de nouveaux abonnés au fil de l’année. En revanche, les réseaux sociaux restent marginaux, puisqu’ils ne représentent que 3 % de mon trafic annuel. Autant dire pas grand-chose.
Un phénomène nouveau attire toutefois mon attention : l’augmentation significative des clics provenant des différentes intelligences artificielles présentes sur le marché. Ces outils viennent régulièrement puiser des informations dans mon contenu. Constatant parallèlement la multiplication de chroniques standardisées générées ou nourries par l’IA, ces pratiques soulèvent chez moi de réelles interrogations, et une inquiétude que je ne peux plus ignorer.
Autre enseignement marquant cette année, les chroniques les plus lues n’ont pas été écrites en 2025. Ainsi « La femme de ménage », chronique très mitigée, arrive en tête (écrite en juillet 2024), la saga des « Sept sœurs » (écrite en octobre 2023) se positionne juste après. Entre les deux, l’article « Comparatif des meilleures applications de livres audio » (écrit en novembre 2024) fait régulièrement beaucoup de vues. Ce constat confirme l’importance du temps long et l’intérêt durable pour des contenus fouillés. Si l’on écarte délibérément ces articles, les chroniques venant en tête sont : « Un avenir radieux » de Pierre Lemaitre, « Vous parler de mon fils » de Philippe Besson, « La guerre par d’autres moyens » de Karine Tuil. Les articles consacrés aux romans à paraître génèrent un fort lectorat.
Vous le savez, je joue la transparence. Dans ce « Bilan lecture 2025 », je parle aussi chiffres. En 2025, Aude Bouquine a enregistré 323 000 vues environ, contre 149 600 en 2024. En un an, le trafic a été multiplié par 2,16, avec une progression de +116 %. Le nombre de visiteurs est passé à 198 000 en 2025, il a plus que doublé en un an, avec une hausse d’environ 125 %. Ces chiffres indiquent sans ambiguïté que le blog fonctionne, qu’il progresse, et qu’il touche un public de plus en plus large, indépendamment des réseaux sociaux.
Ce qui me rend fière est l’idée qu’Aude Bouquine s’inscrit de plus en plus dans un temps long, assez loin des logiques de visibilité immédiate. Les livres chroniqués ne disparaissent pas au bout de quelques jours, les articles continuent d’être lus, cherchés, partagés, longtemps après leur publication. C’est précisément ce que j’ai voulu mettre en lumière dans ce « Bilan lecture 2025 » : ce qui se construit lentement perdure durablement. En 2025, j’avais une orientation assumée : privilégier le fond, la durée, la sincérité du regard, plutôt que la course aux algorithmes. Challenge réussi.
Quand continuer n’est plus une évidence…
Quid de 2026 ? Je pourrais continuer dans cette voie, d’autant que les chiffres montrent sans ambiguïté que le travail accompli fonctionne, et même très bien. Le trafic progresse fortement, les articles sont lus sur le long terme, le référencement est solide. Rien, objectivement, n’indique un essoufflement du blog. Bien au contraire.
En décembre, j’ai publié trois articles clés, « La vérité sur les partenariats éditeurs », « Les dérives des partenariats littéraires », « Gonfler son compte Instagram ». Ils traduisent assez fidèlement l’évolution d’un milieu littéraire qui valorise désormais la visibilité rapide, la conformité et la promotion déguisée, au détriment de la critique indépendante et nuancée. J’avais envisagé d’écrire un article sur l’arrivée de l’IA dans les domaines de l’écrit, mais je mesure aujourd’hui que l’énergie nécessaire pour le faire dépasserait largement l’impact réel que ce type de réflexion pourrait avoir.
Quelque chose s’est donc fissuré en cette fin d’année. Et ce, paradoxalement, alors même que les indicateurs sont au vert. Derrière les statistiques de ce « Bilan lecture 2025 », je ressens une profonde lassitude, et une forme de désillusion. Les partenariats éditeurs, les logiques d’influence, la mise en avant de comptes artificiellement valorisés, la confusion entre critique et promotion ont profondément modifié le paysage littéraire. La nuance dérange, la critique honnête devient inconfortable, et la prise de risque littéraire est peu « rentable ». Continuer à écrire dans ce contexte suppose une énergie de résistance permanente que je ne suis pas certaine de vouloir ou de pouvoir fournir.
À cela s’ajoute un phénomène plus insidieux encore : l’appropriation de mon travail par les IA, mais aussi par des pairs qui les interrogent sans distance critique. Mon contenu est consulté, absorbé, reformulé, standardisé. Voir des heures de travail nourrir des discours interchangeables heurte profondément ma conception de l’écriture et du sens même de la critique. Ce qui me dérange ici n’est pas l’existence de ces outils en tant que tels, mais la manière dont ils participent à une uniformisation du discours critique, en gommant toutes aspérités, toutes nuances, le style et la subjectivité.
La critique littéraire, telle que je la conçois, repose sur un regard incarné et assumé. Elle suppose du temps, de la lenteur, une lecture attentive et une écriture engagée. Or, l’usage massif et non questionné de l’IA tend à transformer ce travail en une matière première exploitable, vidée de sa singularité. Constater que des chroniques longuement travaillées peuvent être reformulées et restituées sous forme de contenus lisses et standardisés crée une véritable fracture entre l’énergie investie et le sens que je donne à l’acte de chroniquer. Cette réalité participe pleinement à la fatigue que je ressens aujourd’hui et interroge, en profondeur, la place que je souhaite encore occuper dans cet écosystème.
Enfin, et c’est sans doute le point le plus déterminant, je ne ressens plus l’envie d’écrire et de partager. Je ne peux pas envisager de continuer par obligation, sans plaisir ni désir, au service d’un milieu dont je ne partage plus les valeurs. Accepter des règles du jeu fondées sur le nombre de followers plutôt que sur la qualité du regard reviendrait à me renier. L’énergie investie est devenue disproportionnée par rapport à ce que j’en retire humainement.
Je ressens aussi un décalage croissant entre l’investissement consenti et la reconnaissance réelle de ce travail, souvent réduits à des chiffres de fréquentation. Les chroniques sont lues, mais donnent rarement lieu à de véritables échanges, à des discussions de fond, à des désaccords argumentés. Or, la critique n’a de sens que si elle circule et se confronte, se discute. Écrire et chroniquer devient ainsi une activité de plus en plus solitaire.
Continuer Aude Bouquine pose enfin une autre question : celle de ce que cela m’empêche peut-être de faire. Lire sans penser à l’article qui suivra. Écrire autrement, ailleurs, ou pas du tout. Explorer d’autres rythmes, d’autres formes, d’autres désirs. Ce qui fut longtemps un espace de liberté est devenu, peu à peu, un cadre contraignant, voire aliénant, qui modifie mon rapport aux livres plus que je ne le souhaiterais.
Ce « Bilan lecture 2025 » ne signe ni une rupture brutale ni une promesse de continuité. Il marque des réflexions à un instant T.Il pose simplement une question essentielle. Je ne sais pas de quoi 2026 sera fait. Je ne sais pas si l’envie reviendra ni sous quelle forme. Pour l’instant, je choisis de ne pas forcer, de ne pas « produire » par réflexe, de ne pas confondre fidélité et acharnement. Peut-être que l’envie reviendra ailleurs, ou autrement. Peut-être pas. Peut-être qu’un coup de coeur me donnera à nouveau l’envie ou l’élan de partager. Dans tous les cas, je veux rester fidèle aux valeurs qui m’ont toujours guidée. Merci à tous pour votre fidélité.
La vérité sur les partenariats éditeurs.
Les dérives des partenariats littéraires.
Les réflexions de mon ami Yvan, blog EmOtionS en Juillet 2025

