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Gonfler son compte Instagram.

Gonfler son compte Instagram, pratiques et manipulations, Aude Bouquine

Comment « gonfler son compte Instagram », titre volontairement provocateur qui fait suite à deux articles déjà publiés : « La vérité sur les partenariats éditeurs » et « les dérives des partenariats littéraires ». Pourquoi Instagram ? Parce que, hormis TikTok, c’est sur cette plateforme que beaucoup de choses se jouent. Voilà plusieurs mois que j’observe ce qui s’y passe et que je fais des constats assez dérangeants. Cet article a pour but de décortiquer toutes les pratiques désormais utilisées pour gonfler son compte Instagram, donc se rendre attractif pour l’algorithme. Et, lorsque son compte grimpe en nombre de followers, on intéresse les marques et les maisons d’édition. Gonfler son compte ne dit rien de la qualité du contenu, uniquement de sa visibilité.

Dans le milieu littéraire, on s’imagine encore que les chiffres reflètent l’influence et que les communautés se construisent de façon sincère. Il suffit de soulever un peu le rideau pour que ce joli décor se fissure. Instagram est un théâtre où les courbes de croissance sont parfois très artificielles. Les stratagèmes sont nombreux et donner l’illusion de popularité devient un projet en soi. Ces pratiques, assumées ou clandestines, sont utilisées à dessein pour faire gonfler son compte Instagram. Si vous êtes encore dupes de la manœuvre, je vais vous aider à y voir clair. 

Pour être certaine de me faire bien comprendre, il me faut aborder quelques mots clés pour expliquer comment Instagram trie, sélectionne et propulse certains contenus. 

Le premier c’est le taux d’engagement. En gros, il mesure comment une communauté réagit à un contenu par le nombre de likes, de partages, de commentaires et d’enregistrements. Plus ce taux est élevé, plus Instagram met le contenu en avant. Ce pourcentage ouvre les portes à une visibilité accrue, à des partenariats éditoriaux et à des collaborations rémunérées. C’est ce chiffre que les maisons d’édition regardent en premier.

Le second concerne la portée, c’est-à-dire le nombre de personnes réelles qui voient la publication. Je vous donne un exemple : un compte peut avoir 50 000 followers, mais une publication ne peut être vue que de 2000 personnes. 

Le troisième s’intéresse au « reach ». Il correspond au nombre total de personnes ayant vu un post, qu’elles aient interagi ou non avec ce post.

Le dernier est l’algorithme, cette petite boîte noire qui observe les fréquences de publication, le temps passé sur un post, les interactions et la vitesse de réaction. Pour comprendre comment « gonfler son compte Instagram », il faut comprendre la terminologie. Pour satisfaire cette mécanique, beaucoup de stratégies ont été inventées. L’algorithme ne valorise pas le fond, mais la réaction.

Dans un écosystème où tout se monnaie, visibilité, services de presse, collaborations, et donc reconnaissance, gonfler son compte Instagram devient un moyen d’attester de son influence, même lorsqu’elle n’existe pas vraiment. La plateforme s’intéresse peu à ce que vous lisez, mais elle se passionne pour ce qui vous fait réagir. Cette distorsion a ouvert les portes à de très nombreuses dérives que je vais vous lister. Voici donc l’inventaire des grandes illusions d’Instagram. 

Quand les chiffres gonflent 

Le premier moyen de gonfler son compte Instagram et son nombre d’abonnés est de sortir sa carte bancaire. Vous avez certainement déjà reçu des offres pour acheter vos abonnés (j’en reçois au moins une par semaine). Ces propositions créent des comptes automatisés, achètent en masse des comptes réels, mais dormants (souvent à l’étranger d’ailleurs, mais certaines plateformes vendent désormais des followers ciblés « France » pour paraître encore plus crédibles). Ces followers sont évidemment totalement fictifs. Ainsi, un compte peut passer de 800 à 2500 abonnés en quelques minutes, voire de 2500 à 10 000 en une nuit. Ils se repèrent assez facilement par cette hausse brutale, mais aussi pas une absence d’interaction. À terme, on constate une chute de portée et un taux d’engagement bas. Les comptes qui cachent leurs followers, ceux dont on ne peut voir que quelques noms, veulent, en réalité, dissimuler ces pratiques et entretenir l’illusion d’une croissance « naturelle ».

L’achat de likes

De la même manière, il est possible d’acheter des likes. Quelques euros et hop, un post devient curieusement très apprécié, et revient sans arrêt dans votre feed. Cela permet aussi d’éviter que les « marques » voient un taux d’engagement trop faible.

La ruse du follow/unfollow

Autre technique, celle du boomerang, dite du « follow/unfollow ». Si vous me suivez sur Instagram, vous savez que j’en dégage au moins 50 par semaine. La façon de faire est simple : X s’abonne à un compte, Y s’abonne aussi par politesse, et, dès que la réciprocité a eu lieu, X se désabonne. Ainsi, le nombre de followers de X augmente comme par magie. Les gros comptes qui utilisent cette méthode ont souvent un ratio abonnés/abonnements très déséquilibré ou très instable, genre 4000 contre 500. Allez explorer, vous verrez…

 À mon grand désespoir, cette technique est de plus en plus utilisée par de petits comptes qui arrivent sur la plateforme et cherchent à se faire connaître. Utiliser cette méthode pour gonfler son compte Instagram dès le départ, en dit long sur celui qui l’a créé.

Les concours

Il existe aussi les concours qui généralement attirent énormément de monde. Pour participer, vous devez suivre toute une liste de consignes : s’abonner aux différents comptes qui organisent le concours, partager avec tout votre carnet d’adresses, mentionner plusieurs personnes en commentaires, repartager en story. L’afflux est alors spectaculaire, mais l’engagement retombe en flèche dès la fin du concours. Mauvaise pioche, car Instagram n’enregistre pas cette vague… Et, il faut le signaler, certains organisateurs ne tirent même pas de gagnants au sort. C’est une pratique très répandue.

D’autres comptes créent des interactions forcées par des quiz, des sondages, des questions (vous savez, la petite boîte à question qui fait semblant de s’intéresser à ce que vous dites). Encore un outil qui permet de simuler une interaction qui n’en est pas une, et de faire monter les chiffres.

Les alliances secrètes 

N’oublions pas les alliances secrètes par messages privés. Certains comptes s’organisent en confrérie pour liker, commenter, enregistrer les publications. C’est beau la chaleur humaine ! Sauf que… pas ce biais, ils essaient de tromper l’algorithme. Certains « pods » sont même payants, avec des abonnements mensuels. Comment les détecter ? Vous trouverez toujours les mêmes commentaires mécaniques et des mots redondants. Amazing!

Le DM Magnet 

Mon préféré, qui nous vient tout droit des États-Unis, très utilisé sur les comptes littéraires : le DM, « direct message », soit message privé. Je vous préviens, il arrive en force ! La technique est simple : X présente 3 livres sur le thème du thriller et te dit clairement que, si tu veux la liste complète, écris en commentaire « DM ». Alors, X t’enverra en message privé la fameuse liste. Une technique qui relève du génie, parce qu’elle fait monter en flèche le taux d’engagement, déclenche une conversation, crée une illusion de proximité, nourrit l’algorithme. En réalité, c’est une escroquerie qui ne dit pas son nom. Cette technique crée une illusion de communauté soudée alors qu’elle repose sur un mécanisme purement algorithmique… CQFD.

Les comptes satellites

Comme on n’est jamais mieux servis que par soi-même, certains comptes créent des comptes secondaires qui likent tous les posts du compte principal, le commente, l’enregistre, etc. L’art d’être son propre public est une idée ingénieuse, mais très très solitaire… et totalement fake. On reconnaît ces comptes, car ils n’interagissent qu’avec une seule personne… eux-mêmes ! N’est-ce pas un peu pathétique ?

Les partenariats inventés 

Une autre pratique fascinante consiste à taguer des partenaires qui n’existent pas. Je vous donne un exemple. X achète un livre, il en fait une photo qu’il poste et remercie l’éditeur qui, en réalité, ne lui a rien envoyé. Cela donne l’illusion que l’on est très très demandé, que la boîte aux lettres déborde, et qu’on est sollicité de partout. Là, encore, c’est de la visibilité et de la reconnaissance qui sont recherchées. Les maisons d’édition découvrent qu’elles sont « remerciées » pour des envois fictifs. Une autre forme de génie…

Le drama et le shadow ban

Si vous êtes utilisateur régulier d’Instagram, vous avez sans doute remarqué que le « drama » fait beaucoup de buzz (et fait parler). Nouvel exemple : soit, X se la joue de façon mystérieuse en postant un message cryptique « C’est horrible, il m’est arrivé un truc affreux, mais je vous en parle demain » pour laisser son auditoire suspendu. Soit X y va franco avec un sujet polémique à souhait qui va déclencher des dizaines de commentaires « Vous pensez quoi du livre de J.B ? Vous pensez qu’il a un agenda à 2 ans des élections ? » Et chacun y va de son commentaire… Plus le « drama » tape dans le registre émotionnel, plus il performe.

Il y a aussi ceux qui font des carrousels censés vous expliquer qu’Instagram a changé l’algorithme en douce et qui va vous expliquer comment faire pour le contourner. En commentaire, il y aura tous les « ouins ouins » de la planète qui se plaindront. Et hop, taux d’engagement en hausse. Dans le même genre, quand l’engagement baisse de manière générale, des posts fleurissent pour en faire mention. C’est devenu une narration très utilisée pour susciter de la pitié, donc de l’engagement. Le tour est joué. Cela s’appelle le « shadow ban ». Et si vous êtes à court d’idées, il vous reste le fameux « Je quitte Instagram » et hop, 300 beaux commentaires de soutien. 

Les commentaires automatisés

Ces commentaires sont générés par un « bot » (un programme informatique robotisé) qui publie des commentaires à votre place sous les posts d’autres comptes. L’objectif est de faire croire que vous êtes actifs, que vous êtes vus par de nouveaux comptes, d’inciter aux abonnements en retour et de faire grimper le taux d’engagement. Pour les repérer, chercher les mots : « amazing », « love this , « so inspiring », etc., et cela sous toute forme de contenu (imaginez l’annonce du décès de pépé Gérard avec le commentaire « amazing »… c’est du vécu, je l’ai vu !).

Poster, poster encore 

Enfin, pour « gonfler son compte Instagram », l’algorithme récompense celui qui ne s’arrête jamais. Il faut poster, encore et toujours, tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Alors, on publie pour exister. Avec un peu de chance, on récolte quelques commentaires au passage. Une exigence de la plateforme qui tourne rapidement à l’obsession… Vous avez peut-être remarqué que certains comptes republient une photo, une vidéo, ou un réel déjà utilisé 3 semaines plus tôt ? Du grand recyclage qui est, en réalité, une technique de gonflage. Cela permet de montrer à l’algorithme que l’on reste actif même quand on n’a rien de nouveau à montrer. Cerise sur le gâteau : rester dans les « feeds » !

L’arrivée de l’IA 

Je termine par l’arrivée de l’IA qui sera le sujet d’un autre article. Parce que oui, on voit fleurir de plus en plus de chroniques écrites par l’IA. Certains signes ou formulations ne trompent pas, simplement parce qu’elles ne sont pas naturelles (et qu’au fond, on connaît le style de quelqu’un que l’on suit). Si l’IA peut être d’une grande aide pour des recherches, ou dans la proposition d’un plan, quel est l’intérêt de la laisser écrire des chroniques à notre place ? 

Voici un petit tour d’horizon de toutes les pratiques en cours pour gonfler son compte Instagram. Et encore, je suis sûre d’en avoir oublié certaines, peut-être parce que je ne les ai pas encore constatées. Si, en quelques semaines, j’ai pu observer tout ce cirque, comment se fait-il que les attachés de presse, les éditeurs, les maisons d’édition et les lecteurs continuent à se laisser berner ? Nous sommes dans une stratégie de l’attention, tournée vers son propre ego. Où est le vrai partage ? Quel est le sens de tout ce cirque ? Et surtout, pourquoi continuer à le cautionner ? 

La vérité sur les partenariats éditeurs.

Les dérives des partenariats littéraires.

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