Cela faisait des années que je n’avais pas lu un roman de Lisa Jewell. La sortie chez Hauteville de « Ne le laissez pas entrer » a été l’occasion de la redécouvrir dans sa version audio. Je me souvenais de sa manière bien à elle de disséquer le quotidien et d’y injecter une menace sourde qui fait voler en éclats l’équilibre familial. C’est encore le cas ici. Sauf que « Ne le laissez pas entrer » m’a laissé des sentiments ambivalents, voire une colère froide.
Après le décès de son mari, Nina tente de reconstruire sa vie. Lorsque Nick se présente comme un ami du disparu, et s’infiltre lentement dans son foyer, elle tombe sous le charme de cet homme charmant, délicat et attentionné. Ash, sa fille, sent immédiatement que quelque chose ne tourne pas rond. Non loin de là, Martha, mariée et mère, sent que son mari lui glisse entre les doigts. Ses nombreuses absences, ses comportements étranges se font de plus en plus inquiétants. À mesure de l’alternance des chapitres, les trajectoires de Nina et de Matha (et de Ash) se répondent. Quelques « coincidences » installent un malaise.
Le roman est incontestablement un thriller domestique, même si la 4e de couverture laisse penser qu’il recèle une forme de thriller psychologique. Nous sommes clairement dans la lignée de « La femme de ménage » où le danger vient de l’intérieur du foyer, derrière les portes closes. L’intrigue qui y est déroulée est attendue, mais ce n’est pas le pire… Les personnages sont d’une bêtise intersidérale, notamment les femmes.
« Ne le laissez pas entrer », met en scène plusieurs femmes, toutes « victimes » du même homme. Prises au piège, elles ne voient pas les signaux d’alerte (qui sont pourtant l’équivalent de néons rouges dans la nuit noire). Face au verbiage incessant de Nick Radcliffe, à ses excuses plus grotesques les unes que les autres, ces femmes apparaissent comme des cruches sans cervelle, naïves à souhait, crédules jusqu’à la nausée. Si l’intention était de travailler la psychologie féminine, c’est raté. Il n’y a ici aucune subtilité, et pas la moindre empathie pour elles. Au contraire, le lecteur a envie de les secouer (non, de les frapper en fait) ! On se croirait dans le monde de Candy…
Pourtant, toutes sont présentées avec un métier, une intelligence pragmatique, un vécu qui ne fait pas d’elles des oies blanches. Or, elles se comportent comme des canards à trois pattes. Nunuches à souhait, tellement touchées par le Nick qui passe son temps à avoir les larmes aux yeux, terrassées par son sourire désarmant et ses excuses qui passent « crème », comme dirait ma fille. Seule Ash sort un peu du lot, mais, comme elle a un passif compliqué, personne ne croit un mot de ce qu’elle raconte. Confiance, fascination pour le Mâle, et aveuglement total sont les maîtres mots de « Ne le laissez pas entrer ».
On pourrait tenter de croire que Lisa Jewell cherche à montrer de quelle façon un prédateur charismatique (comprenez « beau », parce qu’il n’a que ça, le pauvre) peut s’infiltrer de manière si aisée dans les foyers qu’il cible à dessein (comprenez, là où il y a du fric à se faire). Je n’ai pas envie de lui donner ce crédit, car les « héroïnes » sont dépeintes comme foncièrement incapables d’additionner deux plus deux. C’est bien connu, nous sommes toutes des poulettes frétillantes avec deux de QI dès qu’un mec nous regarde avec ses yeux de merlan frit.
La consigne était claire : « Ne le laissez pas entrer », “Don’t let him in” in English. Qu’est-ce qui n’était pas clair ? Le Monsieur, Nick/Simon/Damian, change de prénom comme de chemises. Je ne sais pas comment il fait pour s’en sortir avec ses chemises, tellement il raconte tout et son opposé à chacune. Comment fait-il au lit d’ailleurs pour se souvenir du prénom de Madame ? Mais je m’égare…
Donc, Nick, appelons-le comme ça, sinon on ne va pas s’en sortir, est The man of the Year. Mythomane compulsif, on savait, mais rajoutons narcissique autoproclamé et ouin ouin de première. Il ne fait que se plaindre, s’apitoyer sur son sort, la larme à l’oeil comme un pauvre vieux abandonné sur l’autoroute. Victime du monde entier ! Et quand il ouvre la bouche, accrochez-vous à votre froc… Il est con comme un manche ! Une caricature d’acteur raté ! Je défie quiconque de tomber sous le charme de ce fantoche.
Quid de l’intrigue de « Ne le laissez pas entrer » ? Si vous avez lu attentivement le mini résumé plus haut, vous devriez la voir venir comme une voiture volée. Absolument tout est télégraphié. Si vous êtes lecteur de thriller, vous n’aurez pas peur, vous n’aurez pas besoin de trouver le fin mot de l’histoire, vous ne serez pas surpris, mais qu’est-ce que vous allez vous marrer ! Alors oui, les codes du thriller sont présents, va-et-vient temporels, révélations progressives, mais ils ne font que renforcer l’impression d’une structure mécanique.
Si, comme moi, vous écoutez des livres audio dans votre salle de bain, que vous avez besoin d’une heure de brushing, « Ne le laissez pas entrer », va sacrément vous divertir ! (Et vous n’êtes pas à l’abri d’un fou rire matinal…)
Mais sérieusement, combien de temps encore va-t-on nous publier ce genre de roman ? Il existe quand même des thrillers où les personnages ne sont pas des caricatures, et où l’intrigue est un minimum travaillée. Ici, non seulement on essaie de susciter de l’empathie pour cet arnaqueur de première, mais, en sus, on s’emploie à dépeindre des femmes dotées de deux neurones.
C’est insupportable ! Avec « Ne le laissez pas entrer » en audio, vous êtes 9h24 plus proche de votre mort, mais brushée !
Traduction : Adèle Rolland-Le Dem
Editeur : Hauteville
Sortie : 5 novembre 2025
416 pages, 19,95 euros
Existe au format audio pour Audiolib, lu par Claire Tefnin et Nicolas Matthys, 9h24 d’écoute.
10 polars/thrillers efficaces pour (re)commencer à lire.
Si vous pensez que je suis sévère, allez lire les commentaires sur Goodreads !
Rien que pour ta phrase de fin, qui m’a fait hurler de rire, ce livre mérite d’exister 😁. Elle gravée à jamais dans ton panthéon du blog !
Plus sérieusement, cette littérature de bas étage qui se développe à ce point me dépasse, mais ce qui m’énerve c’est d’y voir les femmes décrites comme des gourdes, ça m’est insupportable (surtout venant d’une autrice, et pour un livre qui sera lu par 99% de lectrices…)
Rire matinal bonjour 😁
Voilà, donc je ne lui pardonne pas !! Faut évoluer 2 minutes !
Tu sais que ton brushing mérite mieux que ce genre d’écoute ? 😉
On n’a pas tjs la main heureuse …. Oups 🙊
Y a des moments, tu as envie d’écouter un truc pas prise de tête… bon ! Là quand même tu perds de l’espérance de vie.
Et en plus tu risques un accident grave de brushing ! 😁
Genre le cerveau grillé ??? 😬
Y a des chances qu’il le soit déjà 🤣
Bon… me voilà prévenue ! Je ne vais pas laisser rentrer ce livre chez moi 😆 !
Merci pour le fou rire. 😂 Je ne risque pas de brushing raté, je n’en fais jamais. C’est vrai que c’est agaçant quand on nous prend pour des cruches.
Merci à toi pour la chronique de haute coiffure 🙏😘
Une autrice que j’avais tenté avec « On se reverra demain » et « Ils sont chez nous », pas qui ne m’a jamais convaincue …
Je ne vais même pas tenter !
Je ne supporte plus !
Excellente idée ! Il y a tant d’autres livres qui en valent la peine !
Je t’assure que ça existe encore ce genre de nanas. Trois sms, une heure au téléphone et c’est l’amour de leur vie, sauf quand je préviens que ça risque d’être un brouteur, ce qui s’avère. Et c’est moi qui serais à côté de la plaque. 🙄😂
Ah ah, on sent bien que ce livre t’a mise en colère ! J’ai lu deux romans de cet autrice, que j’avais bien aimés d’ailleurs. Je ne lirais probablement pas celui-ci. 😁