Pour les intrépides et ceux qui cherchent à comprendre les phénomènes littéraires en vogue dans les librairies, soyez les bienvenus dans « Le Boyfriend », le nouveau thriller domestique de Freida McFadden. Je vais essayer d’être synthétique. Le roman se passe à New York, où Sydney, une jeune femme d’une trentaine d’années, passe son temps sur Cynch, une application de rencontre. Elle va de rendez-vous foireux en rencontres calamiteuses jusqu’au fameux « date » avec Kevin qui s’avère pire que tous ceux d’avant réunis.
Alors qu’elle se fait attraper par le bras, un bel inconnu la sauve des griffes de son admirateur éconduit. Si ce n’est pas merveilleux… Parallèlement, dans le passé, le lecteur est transporté au lycée où Tom est amoureux transit de Daisy. (enfin, factuellement, il hésite entre l’aimer et l’étrangler…) Ce garçon a une passion assez nauséabonde pour le sang et le découpage fantasmé de corps humains.
Pour être franche, il m’est impossible de lire les romans de Freida McFadden en papier. L’écriture est simpliste, pour ne pas dire primaire, les dialogues sont réducteurs, et l’intrigue caricaturale. Dans la version audio, le talent des comédiens fait souvent la différence, et je dois avouer qu’à l’image des séries ou films que je regarde en repassant, certains livres audio qui demandent peu de concentration, mais qui sont distrayants, m’accompagnent dans mes tâches quotidiennes. Cela a encore été le cas pour « Le Boyfriend », même si mon engouement a été plus mesuré vis-à-vis des interprètes.
Il faut dire qu’il est très difficile de s’attacher aux personnages tant ils sont énervants. La première protagoniste, Sydney, est une jeune femme que l’on a envie de baffer. La première scène où elle est en « dating » avec Kevin donne le ton de sa personnalité. Elle s’accroche à son coca zéro comme si c’était l’enjeu du siècle et focalise sur le commentaire très classe du dit-Kevin au sujet de « ses bras flasques ».
Cette scène est un sketch, tant l’autrice y ajoute des détails insignifiants. Lorsque Sydney accepte que « Le Boyfriend » la raccompagne chez elle, j’ai levé les yeux au ciel en me demandant qui, dans la vraie vie, valide cette demande malgré tous les « drapeaux rouges » qu’elle a sous le nez. Cela fait penser aux scénarios des films d’horreur où les personnages décident de faire des groupes pour mieux se faire trucider…
Le récit prend alors des allures oppressantes (tu m’étonnes !) qui frôlent la parodie. Durant tout le récit, Sydney n’a aucune identité propre. Elle n’est qu’un pantin narratif dont le seul but est de relancer l’action. Lorsqu’arrive Tom, le sauveur de la demoiselle en détresse coincée avec son gros lourdaud de rencard, il envoie tous les signaux de l’homme parfait. Comment ne pas se laisser séduire, je vous le demande !
Sauf que… Tom a des fantasmes étranges : des envies d’étranglements. Ses aspirations toutes personnelles nous sont rabâchées tout au long du récit, tant et si bien qu’il devient évident que « Le Boyfriend » psychopathe c’est bien lui. Sauf que… le lecteur averti ira chercher ailleurs !
Les « habitués » de Freida McFadden savent qu’un twist (ou plusieurs) les attend. Ce qui a fonctionné dans « La femme de ménage » relevait de la surprise, et de l’ingéniosité des différents retournements de situation. C’était déjà moins le cas dans « La psy », puisque le lecteur s’était familiarisé avec la mécanique. Autant dire que, dans « Le Boyfriend », la fin est totalement téléphonée, presque annoncée au mégaphone. L’alternance passé-présent, la disparition d’une copine de Sydney, les divers indices posés là sans beaucoup de nuances sont autant de fausses pistes éclairées au néon. Impossible de ne pas les voir, surtout si vous êtes un gros lecteur de littérature noire.
Freida McFadden écrit ici un roman de service après vente du twist où la mécanique se construit à l’aide de gros sabots. L’intrigue est bien huilée, mais elle est semblable à ses précédents romans. Elle utilise le même schéma, change simplement les lieux, les personnages, les situations et décline ce plan à l’infini. Ce qui a pu susciter l’enthousiasme de ses lecteurs et de tous ceux qui sont revenus à la lecture grâce à ses romans, risquent fort d’être déçus. Le manque de crédibilité et la trop grande prévisibilité sont les deux gros reproches que je fais à cet opus.
Dans ces conditions, vous vous doutez bien que « Le Boyfriend » n’a pas déclenché la moindre émotion. Là aussi, c’est un « red flag » pour moi. Là où il faudrait tenir l’empathie du lecteur pour s’assurer de son implication, l’écrivaine échoue. Le lecteur a envie de secouer tout le monde, Sydney la première pour sa bêtise intersidérale, Tom ensuite, tant il ressemble aux brouteurs du Net, soufflant le chaud et le froid et empêchant de savoir sur quel pied danser. Tout ce petit monde sonne incroyablement faux.
Si vous aimez les puzzles vraiment retors, passez votre tour. Si vous avez besoin de vous remettre à lire, sans vous prendre la tête, allez-y. Si, comme moi, vous avez besoin d’une lecture audio dans les oreilles qui ne demande pas une grande attention, « Le Boyfriend » peut répondre à cette attente. Cet avis n’implique que moi. Je lis des polars/thrillers depuis une trentaine d’années, et je sais que certains textes mieux écrits, plus affinés sans être décourageants existent. Peut-être faudrait-il se tourner vers ceux-là…
Traduction : Karine Xaragai
Editeur : City
Sortie : 8 octobre 2025
400 pages, 22 euros
Je pense que je vais sortir mon fer à repasser…
Cette réponse me fait rire 😉
On peut tout à fait faire les deux en parallèle 😊
Je n’ai pas lu ce denier livre mais j’ai été très déçue par les précédents. Votre critique me réconforte. Je me sentais bien seule sur mon île.
Ah ça y est ! C’est reparti pour un tour et ça va marcher, nul doute !
Moi, j’en suis toujours au premier…
Alors, ça c’est fait. Chronique assez jouissive à lire. 😂. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
😬, je vais me faire des amis 😉
Pourquoi accorder autant de visibilité à une auteure qui n’est pas extraordinaire et qui n’en a pas besoin ? En plus si c’est traduit par l’IA… moi, je passe mon tour
C’est tjs utile de comprendre ce qui se passe en librairie mais ne vous acharnez pas ! Sauf si le tome 1 fait passer le repassage plus vite 😉
Non vous n’êtes pas seule 😉
Ah mais cette chronique qui pique juste ce qu’il faut… 😄 j’adore ! Je ne vais pas cracher dans la soupe, j’ai tenté aussi de comprendre le phénomène McFadden ! Mais je ne pousserai pas plus avant mon analyse sociologique 😅
Je ne comptais pas le lire, même si j’avais apprécié « La psy ». D’ailleurs, c’est fou, j’ai écrit des chroniques un petit peu plus impliquées, sur des livres beaucoup plus intéressants, mais c’est « La psy » qui est l’article le plus consulté de mon blog. Bon, de toute façon, je n’avais pas envie de le lire, et quand je lis ton avis, je fais bien. Est-ce que tu as regardé la vidéo de Jeannot se livre sur Freida McFadden ? C’est intéressant ce qu’elle met en lumière.
Non pas vue mais je vais regarder. Celui m’étonne vraiment c’est tous les avis dithyrambiques de ceux qui ne lisent que du polar et crient au génie. C’est vrillant très très mal écrit et cette fois-ci la version audio n’a pas sauvé la mise.
Ma chronique de la femme de ménage, qui n’est même pas positive, bat tous les records de vues et ça ne s’arrête pas !
Merci pour ce bon fou rire du mati, merci de te dévouer pour continuer à décortiquer ce phénomène assez incompréhensible .
Je n’aurais pas mieux résumé !!! C’est exactement mon avis, impeccable en audio pour faire son ménage ou cuisiner quand on n’a pas envie… L’héroïne est tellement à baffer que ça donne l’énergie nécessaire aux tâches rébarbatives.
Je me marre ! C’est tout à fait ça !!