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Le cercle des jours, Ken Follett.

Le cercle des jours de Ken Follett

Ken Follett a toujours su attirer ses lecteurs avec ses belles fresques monumentales. Je l’avais découvert avec le très célèbre « Les piliers de la terre » ou encore la trilogie « Le siècle ». Je me suis donc lancée dans « Le cercle des jours » sans aucune appréhension, avec la promesse d’un moment de lecture passionnant et romanesque. Dans ce roman, nous sommes à l’aube de l’humanité, alors que différentes communautés, les éleveurs, les cueilleurs et les cultivateurs s’unissent ou s’affrontent autour de la création de ce qui deviendra le Stonehenge. L’idée était de bon augure, certes ambitieuse et de grande ampleur (616 pages quand même). Malheureusement, son exécution m’a semblé vacillante à de trop nombreuses reprises pour que j’y trouve le moindre plaisir. 

Nous sommes autour de 2500 ans avant notre ère. Différentes communautés se partagent les lieux autour de ce qui deviendra le Stonehenge, un monument tourné vers le Ciel autour duquel de nombreux rites sont orchestrés. « Le cercle des jours » s’ouvre avec plusieurs personnages phares, comme Seft, le jeune tailleur de pierres, Ani, la prêtresse vieillissante, et Joia qui a une idée très précise de son avenir. Les saisons s’égrènent au rythme des rituels jusqu’au moment où il est envisagé de transformer un monument en bois existant en pierre. L’aspect communautaire et les bienfaits de la spiritualité sont les fils rouges du récit. 

On entre dans « Le cercle des jours » avec une conscience aiguë du mode de vie et de différentes problématiques de l’époque : rivalités, vols, pénuries de nourriture, valeur du travail, par exemple. L’amour sous toutes ses formes y est explicité, de même que tous les rites spirituels, dont l’un notamment qui explique le système de « comptage » des jours en année. Évidemment, l’histoire tourne autour de ce projet de construction de monument, toujours visible dans le sud de l’Angleterre. Il s’agit de montrer comment, avec des moyens franchement rudimentaires, les « ingénieux » ont pu mettre sur pied des techniques singulières afin de déplacer des pierres pesant plusieurs tonnes.

Ce qui m’a assez vite agacée dans ce roman concerne les personnages. Pour la plupart, ils sont caricaturaux, sans profondeur ou épaisseur. Je ne vais pas entrer dans les détails par protagonistes, mais ils sont tous dépeints selon un système manichéen grossier. Les « gentils » sont bons et lisses, travaillent sans arrêt, respectent les rites et se sacrifient pour la communauté. Les « méchants » sont d’une brutalité caricaturale, frappent, volent et violent sans la moindre émotion. Nous sommes face à un système binaire sans vraies nuances psychologiques et cela finit par lasser. 

Dans « Le cercle des jours », il y a les personnages, mais aussi ce qu’ils disent. À défaut de protagonistes construits, j’aurais pu espérer trouver des dialogues à la hauteur. Que nenni… Que les échanges sont plats, répétitifs et longs !! Les paroles attribuées aux négociations politiques ou religieuses sont totalement dépourvues de subtilité. Je n’y ai pas cru un seul instant. 

Le rythme de ce roman est lent, sachez-le. Cela aurait moins gênant si les deux points précédents avaient été concluants. Les chapitres s’étirent sans la moindre tension narrative. J’ai parfois lu des pages et des pages sans qu’il se passe la moindre action, à part peut-être manger, boire et dormir (et faire corps pour dire les choses élégamment). Le roman manque cruellement de scènes clés, d’atmosphère, et, dans l’ensemble, les scènes s’enlisent dans un marasme d’ennui. Cela peut vous sembler blessant, mais je me dois de dire que nous sommes très loin des « Piliers de la Terre » ou encore de la trilogie « Le siècle » (« La chute des géants », « L’hiver du monde » et « Aux portes de l’Éternité »). J’ai peiné à reconnaitre le fabuleux conteur d’histoires… 

Malheureusement, ce n’est pas tout : il me faut également parler de l’écriture (et/ou de la traduction). Il n’y a ici aucune recherche stylistique, aucune image forte. Le ton reste celui du reportage, un compte-rendu de faits narrant la construction d’un monument et de la vie de ceux qui l’ont bâti. « Le cercle des jours » a été traduit par 4 traducteurs et j’ai eu, à de très nombreuses reprises, eu la sensation qu’ils ne s’étaient pas relus mutuellement tant il y a de répétitions. J’ajoute que le roman manque cruellement d’unité. Il y a des différences notables de qualité et de ton entre les chapitres. Et cela se sent. Dans la forme, ce patchwork contrarie un peu plus encore le fond. Je livre ici mon sentiment, je ne sais ce qu’il en est réellement dans la réalité.

« Le cercle des jours» aurait pu être un roman historique puissant. La 4e de couverture était plus qu’alléchante, mêlant fresque humaine et naissance d’un bâtiment qui traverse les siècles. Il m’aura manqué le souffle épique, la finesse des mots, des personnages attachants et une intrigue qui ne soit pas « mécanique ». En ce qui me concerne, « Le cercle des jours» est un produit marketing, trop calibré, qui ne rend pas justice au talent connu et reconnu de Ken Follett. Et, autant le dire clairement, ce que cherche à travers mes lectures, à savoir les émotions, ont été totalement absentes pour laisser place à une épaisse monotonie et à une cruelle indifférence.

Traducteur : Odile Demange, Christel Gaillard-Paris, Renaud Morin, Pierre Reignier

Titre original : Circle of Days

Editeur : Robert Laffont

Sortie : 25 septembre 2025.

616 pages, 25,90 euros.

Existe au format audio pour Audiolib, lu par Thierry Janssen, 19h31 d’écoute. 

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