Aude Bouquine

ÇA N’ARRIVERA PAS, Nicolas Beuglet – XO éditions- Nouvelle

Je reprends la plume pour mettre la lumière sur ce texte que je juge essentiel en ces temps troublés où la peur de l’autre n’a jamais été aussi forte. J’ai lu « Ça n’arrivera pas » de Nicolas Beuglet hier soir et j’ai cogité toute la nuit sur l’avenir de notre monde. J’ai fait des recherches aussi ce matin. Lors du dernier apéro des Caro, Nicolas me disait en riant que j’étais trop méfiante, que je vérifiais tout, j’ai pris ça pour un compliment. Le « crédit social chinois » dont il parle dans cette nouvelle existe, je vous mets le lien à la fin de cette chronique. Vous trouverez aussi à la fin de la nouvelle, les sources utilisées par l’auteur. 
Si la littérature est un plaisir, elle a aussi pour vocation de nous faire réfléchir, d’éveiller les consciences et de mettre en lumière des problématiques de notre société actuelle ou future. 


Nous sommes aujourd’hui très divisés sur la question du Covid. D’un côté ceux qui pensent que les mesures prises par le gouvernement sont nécessaires, de l’autre ceux qui crient au scandale pour la privation des libertés, grignotées lentement, dans un silence assourdissant. Ceux-là sont estampillés « complotistes », montrés du doigt, accusés de manquer de civisme, suspectés de ne penser qu’à eux. 
« Ça n’arrivera pas » démontre si besoin est que ce qui nous oppose aujourd’hui n’est rien en comparaison de ce qui nous divisera demain, car force est de constater que le pire reste à venir. Qu’est-ce dont que « ce pire » ? : La vaccination. 
Emmanuel Macron annonçait mardi soir qu’elle ne serait pas obligatoire et pourtant… dans le même journal d’infos, la société Qantas Airways affirmait déjà que les personnes non vaccinées ne pourraient plus monter à bord de leurs avions. C’est bien là que le bât blesse, que l’hypocrisie sourde prend tout son sens : nous faire croire que nous aurons le choix du vaccin ou pas. C’est ce que Nicolas Beuglet démontre admirablement bien dans cette nouvelle : en réalité, ce choix n’en est pas un. Celui qui ne sera pas vacciné sera mis au ban de la société, se verra refuser certaines activités, ne pourra plus partir en voyage, ou encore envoyer ses enfants à l’école. En prenant le modèle chinois, l’auteur axe sa réflexion sur le contrôle à venir des citoyens. N’est-ce pas déjà ce qui se passe avec l’application TousAntiCovid où nos géolocalisations permettent de savoir où nous sommes allés et surtout qui nous avons rencontré, personnes infectées ou pas. Le questionnement concernant les personnes « contact » est déjà dans tous les esprits : que faire de « ces gens là » ? Comment les obliger à rester chez eux ? L’auteur a imaginé une solution qui ne peut finalement être que LA solution envisagée pour faire face. 
C’est bien là que cette nouvelle prend tout son sens : ce que Nicolas Beuglet écrit, c’est le chemin que nous prenons. Le texte met mal à l’aise, il oblige à se remettre en question et éventuellement à se positionner sur de futures décisions difficiles à prendre, notamment sur un vaccin sur lequel nous n’avons aucun recul. Ce qui nous divisera sera la peur de l’autre, sans aucune commune mesure avec nos peurs d’aujourd’hui, la peur de celui qui n’est pas vacciné et qui devient donc un ennemi potentiel susceptible de nous transmettre la maladie, ou de la transmettre à nos enfants. « Le prétexte d’urgence sanitaire », terminologie utilisée par l’auteur pour évoquer le vaccin, devient un moyen pour « imposer une société de contrôle. »

L’auteur ne prétend pas détenir la vérité, il propose des axes de réflexion en encourageant ses lecteurs à «se réveiller avant »… avant que les choses ne dérapent tout à fait, avant de se faire imposer des mesures dont on ne veut finalement pas, avant d’infliger au pays des droits de l’homme une annihilation totale de toutes nos libertés. Le fantôme qui rôde est «s’habituer au monde d’aujourd’hui et d’oublier le monde d’avant.» Ce n’est pas une illusion, c’est une réalité, c’est ce que le monde vit depuis le mois de mars, c’est ce que nos politiques nous assènent à longueur de discours en nous préparant au fait que cela va durer, que les moments à vivre demain ne seront plus ceux que nous avons connus.

Je ne suis personne pour affirmer que j’ai un avis très arrêté sur la question. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai peur du virus. Comme beaucoup, j’ai respecté un confinement strict, comme beaucoup je n’ai pas renvoyé mes enfants à l’école en juin, comme beaucoup la seconde vague m’a terrorisée… Mais, au fond de moi, il y a cette petite voix qui ne me laisse pas tranquille, une sorte de mauvais génie qui ne cesse de répéter « C’est pas ça la vie… ça sert à quoi cette vie ? Ça sert à quoi de ne plus pouvoir serrer les gens qu’on aime contre soi ? Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? »

Dans ce texte bouleversant, qui sonne dramatiquement juste, Nicolas Beuglet tente d’éveiller les consciences, donne des clés, pose des questions. Il met mal à l’aise, certes, mais pas autant que la situation que nous vivons. « Ce “par précaution” nous a paralysés. » Je vous encourage tous à lire cette nouvelle, à vous interroger, à prendre la mesure des challenges qui nous attendent et de la division inéluctable qui prend racine. 

Lien pour télécharger la nouvelle

Le crédit social en Chine, article du Monde

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