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Le Français avec (encore plus de) style, Karine Dijoud.

Le Français avec (encore plus de) style de Karine Dijoud

Karine Dijoud entretient avec la langue française une relation singulière.

Sur son compte Instagram « lesparentheseselementaires », elle partage des leçons de langue accessibles, des mots élégants pour remplacer ceux qu’on use jusqu’à la corde, des questionnaires à choix multiples qui piquent l’orgueil, et des explications grammaticales débarrassées de toute austérité. Son nouveau livre, « Le Français avec (encore plus de) style», s’inscrit dans la continuité d’une œuvre déjà bien fournie : « Miscellanées, l’élégance de la langue française », « Quatre saisons — Une année de langue française », et « Le français avec style ». Autant de portes d’entrée vers un Français plus riche, plus juste, et plus savoureux. Car Karine cumule les casquettes : professeure de lettres classiques, elle tient également une chronique sur Radio Classique où elle explore le bon usage, les subtilités et les mutations de la langue au fil du temps.

« Le Français avec (encore plus de) style» s’organise en trois grandes parties. D’abord, éviter les pièges les plus courants : pléonasmes, anglicismes mal digérés, genre des mots qui résiste à l’intuition, prononciations malmenées, faux amis et tics de langage qui s’incrustent. Ensuite, un vaste chantier d’enrichissement : vocabulaire oublié, mots à ressusciter, trésors dissimulés dans le latin et le grec et expressions françaises dont l’origine réserve de vraies surprises. Enfin, des bonus pratiques, échanges écrits, dictées accessibles via QR code, pour ne pas s’arrêter à la théorie. Son ambition n’est pas de corriger pour humilier, mais comprendre pour s’améliorer. S’améliorer, c’est mieux s’exprimer.

Ce que j’aime dans sa démarche, c’est qu’elle ne joue pas les redresseurs de torts et ne pointe pas les fautes du doigt. Elle transforme la langue en terrain d’aventure. Ses quizz, je les tente régulièrement, et, régulièrement, je me plante. La bonne réponse m’échappe souvent, parfois complètement. Mais jamais je ne ressors de l’exercice avec le sentiment d’être nulle. C’est là son vrai talent : relier le « bon usage » au plaisir du style, montrer que la précision est une forme de liberté. En choisissant mieux ses mots, on exprime mieux sa pensée.

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. » En théorie, du moins…

Dans « Le Français avec (encore plus de) style», Karine défend une langue vivante, qui respire, qui évolue. Elle met côte à côte des termes tombés en désuétude et des usages très contemporains, y compris ceux qui viennent de la pop culture. Ça pourrait surprendre et pourtant, c’est cohérent. La langue ne se conserve pas dans du formol, elle se renouvelle au contact du monde. Ce qui m’apparaît  très appréciable relève de la manière de faire. Elle vulgarise sans condescendance, explique sans surcharger d’informations laborieuses. Et, elle le fait avec le sourire. Nous avons tous des souvenirs de leçons de grammaire fastidieuses où les explications données alourdissaient encore un peu plus  la compréhension. Avec elle, tout paraît plus simple et surtout « mémorisable ». 

Je suis de ceux qui pensent que la maîtrise de la langue est importante, que corriger ses fautes et écrire correctement n’est pas pédant. Même si je ne fais pas partie de la police de l’orthographe, parfois je saigne des yeux. Je sais que je fais des fautes aussi et je ne le vis pas comme une catastrophe quand on me les signale. Certaines choses me font tout de même grimacer…

Au fond, ce qui me dérange le plus, c’est qu’on se fiche de faire des fautes et que l’on n’entreprenne rien pour se corriger. Écouter les conseils d’autrui n’a jamais tué personne. Il ne faut pas confondre mépris et exigence. On peut très bien être perfectionniste et bienveillant. Pour progresser, il suffit de peu. Un peu de méthode, une pratique régulière, et surtout, y prendre plaisir.

Arrêtons-nous un instant sur un constat assez étonnant. Avez-vous remarqué à quel point communiquer devient difficile ? On croit s’être exprimé clairement, et l’autre a compris quelque chose d’entièrement différent. Cette citation, souvent attribuée à Bernard Werber,  résume les difficultés :

« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez comprendre, ce que vous voulez comprendre et ce que vous comprenez réellement… il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. »

Neuf occasions de rater l’autre. Neuf chemins vers le malentendu. Ce constat vaut aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, et il dit une seule chose : les mots comptent. Cela vaut la peine de les choisir avec soin.

Je me souviens de quelques phrases de professeurs de français qui étaient totalement proscrites : « de tout temps, tous les hommes » pour commencer une rédaction, « Moi, personnellement, je ». Dans « Le Français avec (encore plus de) style», j’ajoute à cette liste : le tri sélectif, le danger potentiel, des projets d’avenir, la marche à pied, le taux d’alcoolémie ! On savourera : la secousse sismique, l’assassinat prémédité, inhumer en terre, claquer la porte bruyamment, s’autoflageller (ça fait deux fois plus mal ?), geler de froid (le truc que je dis dix fois par jour), solidaire les uns des autres, et le fameux pondre un œuf !

Dans la section homonymes/homophones, je peux vous affirmer que j’ai appris des choses ! Les paronymes ont ouvert des portes restées fermées depuis (trop) longtemps. Entre le fameux quadragénaire et le quarantenaire (je me trompe tout le temps), et la différence entre un sigle et un acronyme, mon coeur balance. 

Les tics de langage sont tordants parce qu’on les utilise tous les jours. « Du coup, en fait, de base, je voulais vous partager mes impressions » (pas taper, tout dans cette phrase est faux. Mais, je vous laisse découvrir comment vous améliorer.)Par exemple, je n’ai appris que très récemment que « après que » invitait l’indicatif et non le subjonctif (erreur fatale), et j’ai toujours du mal à m’y faire ! 

Pour terminer, je vous propose un petit classement de mes mots préférés proposés dans « Le Français avec (encore plus de) style», écrits sur des Post-its au-dessus de mon bureau. 

Les noms : acribologie, ataraxie, esperluette, miscellanées, munificence, paréidolie

Les adjectifs : callipyge, diapré(e), hypocoristique, liminaire

Les verbes : tintinnabuler, ratiociner

Pour connaître le sens de ces mots et le moyen de les retenir en les plaçant dans une phrase, vous savez ce qu’il vous reste à faire : ne pas repousser cet achat aux calendes (et non calanques) grecques. Ainsi, vous n’aurez plus une épée de Damoclès au-dessus de la tête, vous toucherez le pactole (en orthographe).

Ah ma bonne dame, je réclame à cor et à cri, « Le Français avec (encore plus de) style» d’utilité publique. Sinon, la langue ira à vau-l’eau alors que l’intelligence artificielle sera au taquet. Elle nous a dans le coaltar celle-là ! Je m’arrête là, je crains de yoyoter de la touffe… Merci, Karine, pour tous ces éclaircissements. Un livre à avoir sous la main pour éviter d’être le ravi de la crèche (je ne peux pas m’en empêcher). 

PS : S’il y a des fautes dans cette chronique, mon correcteur n’aura pas fonctionné correctement. Il prendra ses cliques et ses claques !

Livre reçu en service de presse — Chronique non rémunérée

Editeur : First

Sortie : 12 février 2026

252 pages, 16,95 euros

 

Le compte Instagram de Karine : lesparentheseselementaires

Découvrez l’ouvrage Miscellanées : L’élégance de la langue française sur Babelio

Un roman que nous avons aimé toutes les deux : Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan.

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