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Le pays des choses perdues, John Connolly.

Le pays des choses perdues de John Connolly

Je disais récemment à quel point le romanesque me manquait…  « Le pays des choses perdues » de John Connolly déploie une aventure onirique, où réel et fantastique se croisent, portée par l’amour d’une mère pour sa fille. Ce texte explore les frontières entre la vie et la mort, et les lignes ténues entre l’optimisme d’une guérison et le désespoir. Mais la réelle magie s’incarne dans le pouvoir transformateur des contes et dans la toute-puissance de l’imaginaire.

Phoebe, une fillette de huit ans, est plongée dans un coma profond. Chaque soir, sa mère, Cérès, s’assoit à son chevet et lui lit des contes dans l’espoir de la ramener à la vie. Mais ce rituel, aussi affectueux soit-il, ne suffit pas à apaiser les angoisses de Cérès, qui lutte pour maintenir l’espoir. Près de l’hôpital, une maison abandonnée attire irrésistiblement la jeune femme. Lorsqu’elle cède à cet appel, elle se retrouve propulsée dans un monde parallèle, « Le pays des choses perdues ». Dans cet univers fantastique, elle rencontre des personnages tour à tour effrayants et bienveillants qui l’aident ou tentent de la détourner de sa quête : rejoindre l’esprit de sa fille pour la sauver. Cette odyssée onirique devient une aventure de résilience et de réconciliation avec elle-même.

Le monde réel c’est l’hôpital, ses couloirs ternes et son ambiance clinique qui incarnent l’attente insupportable et l’impuissance. Cérès y est accablée, angoissée à l’idée de perdre son enfant. L’obscurité semble envahir son esprit, et, de fait, engendre un sentiment de claustration du lecteur. 

En dehors de l’hôpital, cette maison abandonnée, point de passage vers un monde parallèle, s’impose comme un lieu à la fois mystérieux et salvateur. Portail symbolique entre le réel et l’imaginaire, le rationnel et l’irrationnel, cette maison mène vers « Le pays des choses perdues».

Ce « pays des choses perdues» » est un univers riche et fascinant. L’auteur y tisse une ambiance à la fois enchanteresse et effrayante, oscillant entre la magie des contes de fées et l’étrangeté des cauchemars. L’ambiance fantastique est renforcée par les personnages que Cérès y rencontre : des créatures bizarres, comme un gardien de pont au visage d’oiseau ou une vieille femme qui prédit l’avenir dans des nuages de fumée. 

Ces figures, tantôt bienveillantes, tantôt hostiles, incarnent des épreuves symboliques que Cérès doit surmonter pour atteindre sa fille. Et n’est-ce pas là une magnifique idée ? Ce monde fantastique est aussi une métaphore de l’état psychologique de Cérès. Les lieux et épreuves qu’elle traverse symbolisent ses peurs, ses doutes, mais aussi son amour immense pour sa fille. Chaque étape de son voyage est synonyme du combat intérieur qu’elle mène pour ramener sa fille à la surface. 

 « Le pays des choses perdues» agit également comme un espace d’évasion. Dans ce monde, elle peut s’éloigner des contraintes du réel, des murs stériles de l’hôpital, et de l’impuissance qui la ronge. Il lui offre un espace de liberté, où elle peut exprimer ses émotions les plus profondes et explorer les limites de son amour maternel.

Mais dans « Le pays des choses perdues», Cérès doit affronter ses peurs et ses doutes. Le monde parallèle symbolise son inconscient, un lieu où ses blessures et ses espoirs cohabitent. 

Il faut aimer les contes, car ils jouent un rôle essentiel dans le récit. D’abord, ils structurent les soirées de Cérès au chevet de Phoebe dans la vie réelle, mais ils composent aussi le fil rouge de son voyage dans le monde parallèle. Le roman met en lumière la puissance des contes à transcender la réalité et à offrir un refuge à ceux qui souffrent. Ces histoires deviennent une boussole, une manière de surmonter le désespoir en se raccrochant à l’idée qu’il existe toujours une issue, même dans les moments les plus sombres. 

Dans « Le pays des choses perdues», la littérature (et les contes), sauve parce qu’elle agit comme un refuge, un miroir et un guide. Elle permet de fuir temporairement les épreuves, tout en offrant des outils symboliques pour y faire face. Le conte pour enfants, dans sa structure simple, mais puissante, son langage imagé et ses leçons universelles, agit comme un baume pour l’âme. Pour des adultes comme Cérès dans « Le pays des choses perdues», les contes deviennent même une boussole émotionnelle et un pont vers l’espoir, prouvant leur rôle essentiel dans l’expérience humaine.

Ainsi, « Le pays des choses perdues» fait partie de ces livres qui aident à fuir le quotidien. La partie onirique et fantastique fait en sorte que le monde réel est suspendu. Ces mondes offrent un véritable refuge mental, permettant de s’éloigner des préoccupations quotidiennes. Cette « suspension » de la réalité procure une forme de soulagement temporaire en stimulant l’imaginaire, mais en proposant tout de même une réflexion symbolique sur la vie. Les thèmes abordés restent profondément humains : l’amour, la perte, la peur, et l’espoir.

Enfin, les émotions suscitées par le récit libèrent des tensions internes et peuvent offrir une catharsis émotionnelle. « Le pays des choses perdues» enrichit la perception du réel en proposant plusieurs axes de réflexions. Le lecteur revient alors à son quotidien avec une sensibilité accrue, une plus grande capacité à affronter ses propres défis et peut-être une nouvelle façon d’aborder les choses. La boucle est bouclée. 

« Le pays des choses perdues» est non seulement romanesque, mais il provoque de vraies émotions de lecture, chose cruciale pour moi. La palette est large ici : l’empathie, le réconfort, la mélancolie, l’espoir, etc. Dans la version audio, lue par Cecilia Debergh, le lecteur s’identifie à Cérès et à sa quête, mais vit aussi pleinement l’immersion dans ce monde onirique. Entre poésie et tragédie, ce roman très romanesque, parfois introspectif, est une ode à l’amour et à l’imagination, un récit qui, sous ses aspects fantastiques, explore les recoins les plus profonds de l’âme humaine. Le tout dans un écrin tout à fait envoûtant. 

Traduction : Pierre Brévignon

Sortie : 3 octobre 2024

Éditeur : l’Archipel

360 pages, 23 euros.

Existe en version audio, publié aux éditions Thélème le 26 décembre 2024, lu par Cecilia Debergh, 12 h 2 d’écoute. 

Chronique d’Yvan, Blog EmOtionS

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