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LES AFFLUENTS, Julien Bertrand – Plon, sortie le 14 octobre 2021.

Et au milieu, coule une rivière… 

Lassés par leur état de confinés parisiens, Lisa et Damien fuient à la campagne chez des amis ravis de les accueillir. Malgré la trentaine d’années qui les séparent, Murielle et Jean-Loup sont heureux d’avoir de la compagnie et de jouer le rôle de grands-parents pour le fils du couple. Après les courses rangées, les valises déposées, les traditionnelles conversations de retrouvailles terminées, il est temps de se poser pour profiter, souffler et se détendre. César, l’enfant du couple, qui bénéficie en ces lieux d’un peu plus de libertés, en profite pour se rafraîchir dans la rivière qui coule au bout du jardin. Mais, quelque chose semble vivre au fond de cette rivière, quelque chose qui empoigne, agrippe, et capture les corps. Lentement, un changement s’opère chez les adultes les amenant à douter de la santé mentale des uns et des autres et à faire des choses totalement incongrues. Dans cet espace-temps figé, quelque chose de sombre se joue et cannibalise peu à peu les esprits.

« Les affluents » est un roman étrange et sombre qui navigue dans les abysses de la folie, du surnaturel et du fantastique. Dans ce paysage paisible et serein bercé par le clapotis de l’eau, les angoisses remontent peu à peu à la surface, les personnalités se craquellent pour révéler leur part d’ombre, les caractères se réveillent et se révèlent au gré des nuits anxiogènes, et des jours troublés. L’écriture de Julien Bertrand, très orale, qui raconte par associations d’idées, de sensations, de phrases parfois sans verbe contribue à asseoir ce climat angoissant qui semble prendre possession des esprits. Curieusement, les personnages me sont apparus très antipathiques dès le début et pourtant, j’ai été immédiatement happée par leurs destinées. Cette « aversion » s’est lentement transformée en empathie, au rythme des fêlures révélées, des psychoses intrinsèques, et des réactions totalement décalées. Car en sus de l’atmosphère, ce sont bien les personnages et leurs tranches de vie qui donnent au roman une vraie dimension occulte. Dès l’arrivée de Lisa et Damien, d’étranges phénomènes viennent perturber leurs désirs de paix et de sérénité. Remontent alors à la surface des blessures du passé, des faits non digérés, des événements traumatiques ayant laissé de douloureuses traces. 

Bascule d’un monde figé, confiné, vers un monde où toutes les psychoses se ravivent… Quand le corps est enfermé, l’esprit se réveille. Les démons qui s’y nichent prennent vie et transforment la réalité en une « autre réalité » bien plus effrayante encore. Ne cherchez pas à comprendre comment les morts reviennent hanter les vivants, ils sont là, c’est tout, pour réveiller la folie des hommes, exacerber les émotions, décupler les réactions, et peut-être remettre en place ce qui ne l’était plus… Allez savoir… L’enfermement a rendu l’humanité un peu folle, capable de s’engueuler pour des points de détail, apte à voir des choses qui existent… ou pas. « Les affluents » retranscrit parfaitement cette ambiance d’une période un peu folle où l’homme mis à rude épreuve, débarrassé de sa course folle, retrouve ses cinq sens, pour le meilleur ou pour le pire. 

Premier roman.

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