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LES DEMOISELLES, Anne-Gaëlle Huon, Albin Michel, sortie le 17 juin 2020.

J’ai découvert Anne-Gaëlle Huon lors de l’apéro des Caro du 24 juin (replay disponible, lien en fin d’article) et grande était mon envie de découvrir cette auteur pétillante, positive, au sourire lumineux et aux yeux brillants. Albin Michel m’avait envoyé « Ce que les étoiles doivent à la nuit », mais j’ai décidé de suivre les conseils de Caroline Vallat, libraire, et de commencer avec le premier « Les demoiselles ». Il s’ouvre sur la mention de « Liz Clairemont, la chef préférée des Français», personnage que le lecteur découvrira dans le second tome. Pour l’heure, nous remontons le temps grâce au témoignage de Rosa, au soir de son existence lorsque «les doutes nous tiennent compagnie et les étoiles sont peu loquaces.»

Nous sommes en 1923, Rosa quitte Fago, petit village espagnol avec sa sœur pour aller travailler au Pays basque dans la petite ville de Mauléon. Ce groupe d’hirondelles se rend dans une usine qui fabrique des espadrilles. Elles sont saisonnières, corvéables à merci, travaillent 6 jours sur 7. C’est là que Rosa rencontre Colette, et c’est grâce à Colette qu’elle intègre la maison des demoiselles. « Il n’y a que trois règles ici, Paloma. La première : ne jamais tomber amoureuse. La deuxième : ne jamais voler l’homme d’une autre. La dernière : ne boire que du champagne millésimé. »

Dans la maison des demoiselles, la vie devient plus douce, plus gaie, plus tolérable. Rosa gagne en maturité. Les demoiselles symbolisent des femmes libres, exemptées des décisions masculines, autonomes dans leurs envies et leurs choix, et font pousser dans la tête de la jeune Rosa les graines de l’indépendance. 

Celle-ci raconte son histoire à un destinataire dont je vous laisse découvrir l’identité. Ce roman retrace des histoires d’amitié, des tranches de vie à travers des femmes aux opinions tranchées qui ne veulent pas se laisser couper leurs ailes, un féminisme latent y est omniprésent et ses racines sont profondément ancrées dans le vécu commun. «La vraie famille est celle que l’on se choisit pour soi-même.», et ces femmes se sont choisies. Soudées, leurs relations sont basées sur la confiance et c’est ensemble qu’elles parviennent à construire un rêve commun. 

« Les demoiselles » explore les amitiés indéfectibles, la force d’un groupe, la puissance et la naissance d’un projet lorsque l’on décide d’aller ensemble dans une même direction. Au fil des années, les liens se resserrent, les destins fusionnent. 

Entre moments de joie et moments de découragement teintés de nostalgie, Anne-Gaëlle Huon propose un roman sensible et tendre de destinées laissées sous la forme de témoignage dans cette lettre que Rosa écrit. Maintenant que l’on a conscience de la force de l’héritage émotionnel et de sa transmission involontaire, il me semble primordial de raconter à nos descendants qui nous avons été afin que ceux-ci puissent comprendre qui ils sont. Sous bien des aspects, Rosa m’a fait penser à ma grand-mère. Nous avons tous besoin de vérités qui nous guident, de paroles qui nous réconfortent. «C’est drôle comme les plus grands moments d’une vie tiennent souvent dans un seul instant.»

Voici un roman qui fait du bien aux âmes un peu torturées puisqu’il est profondément bienveillant, positif, à la fois émouvant, nostalgique, mais aussi cocasse. Les dialogues sont truculents puisque ces demoiselles ont toutes des caractères très différents, mais à la fin c’est toujours le cœur qui gagne. En ce temps de vacances, plonger au cœur du Pays basque et de ses traditions a comblé mon intense besoin de voyage. 

Je vous donne rendez-vous dans un prochain épisode pour vous parler de « Ce que les étoiles doivent à la nuit » qui, après la thématique de la mode, nous emmène dans les cuisines de grands restaurants, de quoi enflammer nos palais. 

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