Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Souvenez-vous du 8 janvier 2020… Date de sortie d’un premier roman qui aura raflé mon cœur et la première place dans mon classement des meilleures lectures de l’année. « Il est juste que les forts soient frappés » avait été LA lecture la plus intense émotionnellement parlant de l’année. Aujourd’hui, 7 avril 2021, Thibault Bérard publie « Les enfants véritables », une suite, mais aussi un nouvel opus qui peut se lire de manière indépendante, centré sur le personnage de Cléo en reprenant quelques protagonistes rencontrés lors du premier récit. Roman choral, « Les enfants véritables » est raconté par 3 voix : celle de Diane mère de Cléo, celle de Paul père de Cléo et celle de Cléo elle-même. Cléo est la « Maman par accident » de Camille, la « Maman d’adoption » de Simon, la « Maman dans le désordre » de Louise. Chacun de ces « rôles » va lui apprendre quelque chose d’essentiel sur elle-même, mais également sur ce rôle de mère, une position sacralisée, jaugée, jugée.

Dans « Les enfants véritables », c’est bien le parcours de vie de Cléo qui nous est raconté, cette femme qui par son énergie débordante et sa personnalité solaire illumine tout sur son passage. Celle qui a redonné le goût de vivre à Théo et doit trouver sa place dans le foyer de celui-ci où une femme est décédée en laissant deux enfants de 7 et 4 ans. Pour comprendre comment elle va parvenir à devenir mère, il faut analyser ses relations avec sa propre mère : c’est la première partie. Cléo était déjà issue d’une famille singulière où l’homme a pris la place de la mère puisque celle-ci ne pouvait vivre avec un fil attaché à sa patte. Tout en respectant ce besoin de liberté de sa femme, Paul, son mari a rempli les deux fonctions parentales pour Cléo, mais aussi pour César un gamin adopté et Solène fruit d’une relation adultère entre sa femme et un autre homme. On n’attache pas quelqu’un qu’on aime, c’est la première leçon. C’est l’amour, le respect de l’autre et le choix des mots qui fait grandir Cléo. «Du haut de ses sept ans, elle a très bien compris qu’elle avait un papa-chêne, sur lequel elle peut s’appuyer pour grandir, et une mère-herbe-folle, dont elle ne peut suivre du regard les gracieux envols et les atterrissages en catastrophe, sans espérer beaucoup plus qu’une conversation sur le dernier roman qu’elle a lu ou des conseils sur la façon de se tenir à un dîner.» Il y a plusieurs façons d’être mère. Diane fait partie de celles qui ont refusé de se renier parce qu’elle pouvait se reposer sur cet homme qui l’aimait plus que personne. 

Cléo va devoir gagner son ticket pour apprivoiser les enfants de son compagnon. Cela ne lui fait pas peur puisque d’une certaine manière, elle reproduit son propre schéma familial singulier. «Je crois, quant à moi, que c’est justement l’aptitude de Cléo à profiter pleinement de chaque moment, à la vivre jusque dans ses détails les plus anodins, qui a été sa meilleure arme pour se faire sa place dans cette famille.»

Entre souvenirs d’enfance et photographies du présent qui posent les fondations d’une famille en devenir, Thibault Bérard interroge le lien maternel et démontre que ce lien n’est pas forcément celui du sang, qu’il peut « exister » de différentes manières, qu’il n’y a pas qu’une seule « bonne » recette, que seuls l’amour et la patience permettent de tisser des liens forts.

« (…) être une maman, c’est certainement être là, avant tout; mais parfois, c’est aussi ne pas y être, pour laisser à l’autre le temps de trouver sa place. C’est aussi s’employer à ne pas être uniquement une maman.»

Je connais la difficulté de construire une nouvelle famille, de se faire accepter, de tenter de se faire une place, d’accorder les violons de chacun sur un mode d’éducation, de se taire lorsqu’on n’est pas d’accord, de faire bloc devant les enfants qui devinent chaque faille. Thibault Bérard évoque très justement toutes ces problématiques. Chacun arrive dans l’histoire avec son bagage émotionnel, son vécu, ses blessures, ses espérances et à la fin, l’orchestre doit jouer ensemble et juste. « Les enfants véritables » sont ceux que l’on aime, peu importe les liens du sang. J’ai retrouvé toute la sensibilité de l’écrivain, sa plume faite de dentelle de mots, ses émotions nues, son phrasé si juste, sa propension à aimer « fort », et à voir « en grand ». Comme dans « Il est juste que les forts soient frappés », ce récit est profondément ancré dans la vie, résolument positif, authentique, et sensible. L’amour déplace des montagnes et permet de guérir toutes les blessures. Il est l’heure de nous rejoindre dans cette grande fête, on n’attend plus que vous !

Lien vers ma chronique « IL EST JUSTE QUE LES FORTS SOIENT FRAPPÉS », Thibault Bérard – Editions l’Observatoire, sortie le 8 janvier 2020,

4 réflexions sur “LES ENFANTS VÉRITABLES, Thibault Bérard – Éditions de l’Observatoire, sortie le 7 avril 2021.

  1. Il me fait très envie !

  2. Yvan dit :

    Je suis presque soulagé que ce deuxième roman ne soit pas une déception pour toi, le premier ayant été une telle révélation ! La confirmation d’un talent, donc.

  3. Gaurat dit :

    Je termine à l’instant « Il est juste que les forts soient frappés » et sans vouloir découvrir de quoi parle le second roman de l’auteur je viens de le commander. Je suis toute retournée et chamboulée après cette lecture très très éprouvante mais je veux lire la suite . Merci, merci Aude pour cette fabuleuse découverte l’année dernière. Et je comprends à présent qu’il fut ton premier choix.
    Bises
    Patrizia G

    1. Aude Bouquine dit :

      Que je suis heureuse de lire un si beau commentaire pour un si beau roman. J’y pense encore très souvent… que d’émotions !! Bonne lecture de la suite 😉

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