Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Lorsque j’ai découvert Claire Favan grâce à Gérard Collard, nous étions en 2010 (heu… 10 ans déjà) et elle entrait avec fracas dans le monde du noir avec « Le tueur intime » suivi du « tueur de l’ombre ». Cela avait été un choc, et pour plusieurs raisons. D’abord, parce que c’était une femme et qu’il y a 10 ans elles étaient peu nombreuses dans le domaine. Ensuite, à cause des atrocités qu’elle écrivait, oui il y a 10 ans, peu osaient décrire de vraies scènes de meurtre avec force descriptions et moult détails. Son terreau d’écriture était le territoire américain et les tueurs en série. « Les cicatrices » vont nous replonger dans cette atmosphère. L’année dernière, l’auteur avait choisi d’écrire un roman beaucoup plus personnel, « Inexorable », qui traitait des souffrances d’un enfant harcelé, broyé par le système scolaire. Elle y avait alors mis beaucoup d’elle-même, de sa souffrance de mère, de sa vie intime. Cela lui avait été reproché. Les lecteurs étaient déroutés…

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que j’ai perçu ce livre comme une volonté de reconquête de sa « fan base ». Je vous livre donc mon sentiment brut : ce roman est un classique du genre, avec une intrigue bien ficelée, des rebondissements fréquents et maîtrisés, des personnages attachants et très bien dépeints, mais il est pour moi le reflet d’une absence totale de prise de risques. Comprenez-moi bien : il se lit avec grand plaisir, il est bien écrit, mais le déroulé est classique pour un lecteur de thrillers assidu qui a déjà été confronté multiples fois à ce genre de thématiques. Nous sommes ici dans un thriller psychologique et quand on pense thriller psychologique, un sujet vient immédiatement à l’esprit. Non, je ne vous dirai pas lequel, ce serait du spoil pur. Aussi, à la moitié du roman, j’ai vu le dénouement arriver sans peine, espérant me tromper. Claire brosse si bien la psychologie de ses personnages, qu’il est aisé de déduire une hypothèque de fin. Le rythme est prenant, les chapitres concis, les retournements de situation bien orchestrés, il n’y a pas grand-chose à reprocher à ce livre qui fonctionne très bien.

Pourtant, et là encore cet avis n’engage que moi, j’ai eu la sensation que Claire Favan se mettait des freins en s’empêchant volontairement de sortir de sa zone de confort. Je respecte cela. Je dis seulement que j’aime l’auteur d’« Inexorable », qui a évolué, a choisi de développer des thématiques fortes de société, et a fait ce choix de prendre des risques en en dévoilant plus sur elle-même. C’est vrai qu’« Inexorable » a marqué un tournant dans l’œuvre de l’auteur. J’estime donc que je ne peux pas lui reprocher de retourner sur ses terres, terres sur lesquelles elle m’avait fait vibrer. Cependant, je reste persuadée qu’elle peut aller plus loin encore, quitte à perdre une partie de son lectorat, qu’elle peut tout à fait envisager de développer des thématiques de société dérangeantes et éprouvantes qui sortiraient de son domaine de prédilection.

Mon expérience de lecture est donc la suivante. J’ai eu énormément de mal à entrer dans le roman. Je l’avoue, j’ai failli abandonner plusieurs fois. Puis, j’ai été séduite par la double temporalité du récit (passages en italique), et les scènes constantes d’action dans chaque chapitre. Je n’ai pas été épargnée par certaines parties, difficilement soutenables, sans penser l’ombre d’un instant que cette violence était gratuite. Elle sert le récit, à n’en pas douter. Les personnages féminins sont charismatiques et les interactions entre les unes et les autres, à la fois touchantes, mais aussi déchirantes. Là encore, elles apportent un plus au roman, une âme, une dimension émotionnelle forte, pour ne pas dire cruciale. Autre point que j’ai trouvé vraiment intéressant : mettre un homme, Owen, dans la position d’un être condamné dans un mariage qu’il exècre et d’en faire un point d’ancrage à son intrigue. Claire Favan a un don pour lisser ses personnages jusqu’au moment où, les apparences se fissurent pour laisser place à des réalités beaucoup moins honorables. C’est un peu sa marque de fabrique, et c’est comme ça qu’elle tient son lecteur. C’est une façon de faire qui fonctionne très bien.

Si le précédent roman m’avait littéralement fendue l’âme, je suis plus pondérée sur celui-ci, car Claire Favan m’avait laissée entrevoir quelque chose d’elle de plus intime et de plus bouleversant . Il séduira un très grand nombre de lecteurs, peut-être principalement ceux qui ne lisent pas énormément de romans de ce genre. Cela n’enlève en rien l’attachement que j’ai pour cette auteur qui reste pour moi une pionnière des femmes entrées par la grande porte en littérature noire. Ce roman reste efficace. Lisez-le.

Je remercie les éditions Harper Collins de leur confiance.

2 réflexions sur “LES CICATRICES, Claire Favan – Harper Collins Noir, sortie le 4 mars 2020.

  1. Je l’ai lu et c’est un thriller efficace même si je regrette que l’histoire me paraisse un peu « too much ». 🙂

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