Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

Nick est prof de théâtre, marié, père de deux enfants. Ancien acteur, sa vie est sur les rails, chaque chose est à sa place : réputation, vie de couple, boulot. 
Angela est une ado de 13 ans à tendance sale gosse.  Mal dans sa peau, toujours en recherche de bagarre et n’hésitant pas à taper dans le tas, elle est pas mal détestable et détestée. À la suite d’une violente dispute avec une camarade de classe, elle est exclue de son école. Le soir même, elle fait une tentative de suicide en avalant de l’aspirine. Le lendemain, elle accuse son prof de viol. 
La vie bien rangée de Nick prend alors des allures de cauchemar. 
Nous sommes bien en présence d’un thriller psychologique avec une seule problématique : qui ment, qui dit la vérité ? Je me suis demandé quel avait été le but de l’auteur en écrivant ce roman dans cette aire très actuelle et parfois malsaine du #metoo ou #balancetonporc, où la réputation d’un homme s’écroule à la seconde où l’accusation est lancée fusse-t-elle vraie ou fausse, la vindicte populaire s’emparant alors de l’histoire en écrasant tout sur son passage, s’immisçant subrepticement dans une vie de couple bien rangée où Monsieur semble avoir quelques vices cachés que la fausse pudibonderie de la société bien pensante ne saurait tolérer. Lisa Ballantyne ne nous rend pas le personnage d’Angela sympathique. Loin de là… Une vraie tête à claques qu’on aurait bien envie d’envoyer en camp de redressement. Oui, je sais… Ce n’est pas politiquement correct de taper sur une victime potentielle, femme de surcroît, enfant dans ce cas précis… Et sur un coupable potentiel alors ? Avoir des envies sexuelles un peu moins « classiques » (et encore, on se détend, on n’est pas dans « hell.com ») est-ce s’accuser tout seul d’être un dégénéré ? Deux trois mots clés restés dans votre moteur de recherche et hop, c’est la taule assurée. Veillez bien à effacer régulièrement vos historiques de navigation, on ne sait jamais !
C’est exactement le genre de sujet qui me fait suer et contribue à prodigieusement m’agacer. Pourquoi ? Parce que notre société fait que la présomption d’innocence n’existe plus. Une accusation ? Une condamnation directe sans passer par la case départ. Nous ne sommes plus dans la parole de l’un contre celle de l’autre, nous sommes dans un jeu pervers de « Je suis une femme je dis la vérité », « tu es un homme, tu mens ». Alors, je vous entends déjà hurler au loup justement ! Allez, les féministes, sortez l’artillerie lourde ! (Pour info, je suis aussi du côté des femmes, mais pas à n’importe quel prix). Je savoure déjà la petite phrase mainte fois entendue « il n’y a pas de fumée sans feu… »
Dans ce cas précis, c’est exact : il n’y a pas de fumée sans feu. Il y a bien eu un problème grave survenu à Angela. L’agressivité permanente et la propension à la violence cachent des choses bien plus  profondes qu’il n’y paraît. 
Si le titre anglais « Little Liar » vous apporte pas mal d’indications sur le contenu, et même si je n’ai pas été transcendée par ce récit, il y a quand même quelques thématiques que j’ai beaucoup aimées. D’abord la façon dont l’auteur construit le tsunami de réactions en chaîne qui découle de l’accusation. Plus particulièrement son effet totalement dévastateur sur la sphère familiale. Ensuite, la place du sexe dans un couple marié depuis un certain temps, lorsque l’un a mis deux enfants au monde et que l’autre reste si frustré qu’il se tourne vers l’exécution au final assez soft de ses fantasmes. « À présent, il connaissait si bien son corps qu’il aurait pu identifier, isolé du reste, l’un de ses doigts, de ses orteils et presque même l’un de ses cheveux. Intimité. Ils étaient devenus si intimes qu’il ne pouvait plus la chosifier, quels que soient les efforts qu’il déployait. (…) Quand il la voyait dans la vraie vie, il avait envie d’elle et aimait chaque centimètre carré de son corps, mais l’idée qu’il avait d’elle, cette idée avait été ternie par la familiarité… » Enfin, la construction du roman grâce à une alternance des voix donne le dynamisme nécessaire qui manque un peu à l’intrigue. 
En résumé, même si je n’ai pas été happée par cette lecture que j’ai finalement trouvée assez banale, je n’ai pas détesté non plus. L’écriture reste très classique, le scénario attendu. Il reste la fin. Vous me direz si vous l’avez vue venir ou non. Elle méritait un peu plus d’éléments pour que le lecteur soit un tant soit peu surpris…  Je classerai donc cette lecture dans un oui mais…

#AuLoup #NetGalleyFrance

 

5 réflexions sur “AU LOUP, Lisa Ballantyne – Belfond, sortie le 13 juin 2019

  1. Yvan dit :

    Globalement de ton avis, même si j’ai aimé l’écriture

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    1. Aude Bouquine dit :

      Eu un peu de mal à le finir …

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  2. Je te rejoins sur la condamnation des effets pervers du mouvement « balancetonporc ». En tant qu’homme, ce lynchage des médias sur tel ou tel joueurs de foot, acteurs, etc.. qui auraient sois disant fait ceci ou cela m’agace. Et la présomption d’innocence.. elle n’existe plus 😉

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    1. Aude Bouquine dit :

      Tout cela peut nuire à la parole des femmes et ne sert pas forcément leur cause. Le dire c’est mal. Parce que dans le lot, oui il y a des menteuses ….

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