Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

« Un jour comme les autres » est l’histoire d’une disparition. De ces disparitions semblables à une virée dans un bureau de tabac pour acheter des cigarettes en oubliant de revenir…. Une journée presque ordinaire, identique à toutes les autres qui se termine par l’absence. Eric Deguide est professeur de droit, mais c’est aussi un homme engagé. Fervent défenseur des droits de l’Homme, contre l’extrémisme de toute sorte, soucieux du respect de la Loi, il publie également des articles électro-choc dans le journal belge    « Le soir ». De quoi se faire quelques ennemis…  de quoi expliquer peut-être sa disparition. Emily, sa compagne l’attend. Passionnée par la numérologie et les nombres, elle parvient à se persuader que son mari rentrera dans 423 jours, car, comme Jean-Paul Kauffmann qui a été fait prisonnier à Beyrouth durant 1037 jours, Éric a déjà effectué 614 jours en pseudo-captivité.

Le roman est construit comme un opéra, en 4 actes précédés d’un prologue, se terminant par un épilogue. Je n’ai pas réussi à comprendre pourquoi. Quelque chose de certainement fondamental m’a échappée dans la construction du roman. Certes, Emily, chanteuse soprano vit au rythme de ses cours de chants et de musique classique qu’elle écoute en boucle, dans l’attente du retour de son époux, mais cela n’explique probablement pas tout. Elle a un côté très Pénélope attendant Ulysse.

Le premier acte est très lent et se compose de 21 tableaux/chapitres oscillants entre espoir et désespoir, bouteilles lancées à la mer, suffocation, reprise d’une bouffée d’air. Ce premier acte est léthargique, comme l’attente. Rien ne se passe vraiment, si ce n’est l’évocation d’une relation qui semble idéalisée, déformée par l’obsession de l’absence et l’expectative du retour. Cent trente pages où j’ai eu la sensation de me noyer avec Emily, partagée entre la compassion de la plaindre et la rage de la secouer. La langueur de l’héroïne plongée dans cet éternel espoir, secouée de temps en temps par une conversation avec Michel Lambert, webmaster, enquêtant lui aussi sur la disparition d’Éric, a engendré de longs bâillements agrémentés de quelques piquages de nez. Des évènements importants pour la suite de l’intrigue sont dévoilés dans cet acte 1, distillés au compte-gouttes, mais générateurs d’une mélancolie encore plus vertigineuse. Je n’ai pas vraiment eu de doute sur l’issue de cette disparition, mais ma curiosité titillée m’a incitée à terminer le roman.

Acte 2 : le lecteur retrouve Frédéric, le journaliste de « Zanzara ». Celui qui avait su conquérir le cœur de Camille. Mon attachement pour ce personnage fait repartir mon intérêt. Nous sommes bien un roman noir. C’est l’intérêt de Paul Colize pour le monde journalistique qui reprend le dessus et le début d’une véritable enquête sur la disparition d’Éric. Les actes suivants sont consacrés à démêler le vrai du faux, le lecteur accompagne le journaliste dans ses découvertes.

Vous avez sans doute l’impression que je galère avec cette chronique. C’est tout à fait vrai. J’avais découvert la plume de Paul Colize dans « Zanzara » et le roman en lui-même m’avait passionnée. Cela a été moins le cas dans celui-ci et pour plusieurs raisons.
D’abord le rythme. Trop lent, trop pesant, trop déprimant. Puis, l’impossibilité de comprendre le fil logique de l’histoire, de raccrocher les wagonnets, de métaboliser le sens de certains chapitres pour en tirer les informations importantes. J’ai eu l’impression de me noyer dans des détails sans percuter sur les choses importantes. Les mots et les idées ont fini par m’engloutir, me plongeant dans un état semi-dépressif proche de la catatonie. Je n’ai pas compris le sens profond de ce roman, je m’en rends bien compte, pas compris où l’auteur voulait en venir, ni ce qu’il cherchait à me dire. Je suis restée sur une impression de flou artistique, une lecture abstraite dont je ne ressors ni plus riche, ni plus pauvre.

La sensation qui demeure, 3 semaines après l’avoir achevé est la circonspection et la sensation d’être totalement passée à côté. J’irai même plus loin : j’aurai besoin qu’on le lise avec moi, qu’on m’en fasse explication de texte et qu’on me montre du doigt où, précisément, j’aurai dû être plus attentive ou me sentir plus concernée. Je suis d’ailleurs avide de découvrir les chroniques d’autres lecteurs ! Le style de l’auteur reste fidèle à ce que j’avais découvert de lui, certaines phrases sont magnifiquement écrites sorties de leur contexte, mais cela ne m’a pas permis d’en tirer l’émotion que j’espérai trouver, ni le sens général, essentiel. Je suis restée perplexe devant le traitement d’une certaine distanciation de l’auteur par rapport à ses personnages, comme s’il ne prenait pas vraiment part à l’histoire qu’il racontait.

Je vous engage à découvrir ce texte pour me permettre, égoïstement, de le comprendre. De sortir les petits papiers des bouteilles à la mer lancées par Paul Colize pour me montrer ce que j’ai raté.

Je remercie les éditions Hervé Chopin pour leur confiance en faisant voyager ce livre Outre-Atlantique, mais je suis au regret d’avouer mon incompréhension….

3 réflexions sur “UN JOUR COMME LES AUTRES, Paul Colize – Editions Hervé Chopin, sortie le 7 mars 2019

  1. Yvan dit :

    Je dis toujours qu’une lecture est une histoire de rencontre. Elle se fait ou pas, et tout ne s’explique pas.
    Oui, c’est passionnant d’échanger les ressentis avec d’autres lecteurs. Mais surement pas pour une explication de texte ! C’est ton ressenti et il est respectable comme n’importe lequel

    Aimé par 2 personnes

  2. Dommage. J’aime bien ce que dit Yvan. La rencontre entre un(e) lecteur/lectrice et un auteur, un texte ne se fait pas toujours pour de multiples raisons. 🙂

    Aimé par 1 personne

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