Aude Bouquine

Encore, toujours, tout le temps et partout …

« Le consentement sexuel » est l’accord volontaire qu’une personne donne à son ou sa partenaire au moment de participer à une activité sexuelle. Une personne doit clairement exprimer son accord au moment de participer à cette activité sexuelle. Elle peut le faire par ses paroles, son comportement ou les deux.

James Whitehouse est un homme brillant dont la carrière a connu une évolution fulgurante. Sous-secrétaire d’état, membre clé du gouvernement, proche du Premier ministre depuis leurs études à Oxford, il est marié à Sophie, également ex-étudiante d’Oxford. Douze années d’un mariage quasi sans nuages avant une phrase, prononcée dans l’urgence « J’ai merdé dans les grandes largeurs » : James entretient une relation extra-conjugale avec l’une de ses assistantes, Olivia. Leur dernière rencontre, dans un ascenseur, amorcera un procès médiatiquement très suivi : il évoque une ultime relation sexuelle s’apparentant à un « au-revoir », elle l’accuse de viol. L’affaire est confiée à Kate, avocate militante pour le droit des femmes, déterminée à démêler le vrai du faux et à faire condamner James. C’est sans compter sur la détermination de Sophie, qui tentera de préserver son équilibre familial, ses enfants, et son mariage.

La justice est évidemment au coeur de ce roman. De justice idéalisée incarnée par le personnage de Kate, le roman bascule vers une justice fonctionnant à coups de « petits arrangements entre amis » dont les enjeux sont tout sauf la vérité. L’important est de s’en sortir. Pour s’en sortir, rien de plus essentiel que les amitiés construites lors d’études supérieures dans les congrégations d’étudiants dont les personnalités se regroupent plus tard au sein d’alumni. Quand les arcanes du pouvoir sont étroitement liés à des cadavres dans des placards d’étudiants, rien de devient plus primordial que l’entraide « corporate ». Il y a une vraie dimension politique dans ce roman, mais ne vous effrayez pas, c’est léger et sans matraquage intempestif.

C’est paradoxal, mais qui dit justice, dit mensonge. Une autre façon de présenter les choses, une adaptation de sa propre vérité, une façon déformée et plus arrangeante d’aborder les choses. Le début du roman semble très clair, les faits énoncés limpides : voici un homme accusé de viol par une ex-amante frustrée d’avoir été larguée comme une vieille chaussette. Mis au pied du mur, il est dans l’obligation d’en parler à sa femme et de raconter… les rencontres, le sexe, les paroles, les gestes. Pour se défendre, Olivia se tourne vers Kate, une femme qui a fait de la cause des femmes son premier combat, une passionnaria militante lassée de « cette violence sexuelle quotidienne », qui ne supporte pas que les victimes soient bafouées et les coupables en liberté, mais qui sait aussi, combien la vérité se manipule.

Voici un roman traitant de viol dans lequel je n’ai pas été spontanément du côté des femmes : un comble ! Mon intime conviction n’a vacillé qu’à 1/3 du récit.  La force de l’auteur est de nous montrer que l’histoire personnelle de chacun, les blessures du passé, et l’extrême connaissance de son conjoint dans l’intimité peuvent faire naître un doute nécessaire et salvateur. Savourez le portrait de Sophie : son intime conviction d’épouse la pousse à prendre la défense de son mari, mais sa connaissance de l’homme dans la sphère privée et intime, fait vaciller ses certitudes, et du coup les vôtres.

Sarah Vaughan embarque son lecteur dans un camp puis dans l’autre, avec un certain brio. Le doute est magistralement distillé dans ce thriller politico-judicaire. Il prend tout son sens quand preuve est faite que les protagonistes ne sont pas qui ils paraissent être. Ainsi, un homme politique, physiquement attractif, charismatique, intelligent peut-il cacher un être abject qui n’a aucun respect pour les femmes et assoit son pouvoir bien au-delà de la sphère privée ?  Une avocate brillante qui a fait du droit des femmes une de ses priorités absolues, peut-elle avoir des raisons plus profondes pour faire condamner un homme qui détient le pouvoir ? Une épouse, amoureuse, admirative de la carrière de son mari, dévouée, peut-elle ressentir un doute en face de l’homme qu’elle croit si bien connaître, justement parce qu’elle le connaît si bien ? Sarah Vaughan nous propose un véritable jeu de faux semblants où derrière les masques, se cachent des visages très éloignés des premières impressions. Grâce à des personnages hauts en couleur, elle développe le caractère éminemment psychologique de trois protagonistes clés à travers les années. Il y a le temps de la mise en accusation et du procès, mais aussi de passionnants retours en arrière sur les années étudiantes des personnages. La construction du roman  avec ces apartés permet l’évolution de l’état d’esprit du lecteur et la compréhension du passé apporte des éléments indispensables pour appréhender les objectifs de chacun.

Dans ce microcosme d’ambition et de pouvoir, il est essentiel de sauver la face, même si cela engendre quelques compromis avec la vérité.

J’ai été littéralement happée par ce roman, très actuel, qui met en lumière les failles d’un système judiciaire et montre combien il est facile de s’arranger avec la vérité. Tout est une question de mots, de façon de présenter les choses et du charisme de la personne qui les prononce. « Vous pouvez gagner, même si la plupart des preuves jouent contre vous, du moment que votre argumentation est meilleure. »

 

#AnatomieDunScandale #NetGalleyFrance

 

 

 

 

 

5 réflexions sur “ANATOMIE D’UN SCANDALE, Sarah Vaughan – Préludes, sortie le 9 janvier 2019

  1. Yvan dit :

    Je sature un peu avec les thrillers psychologiques, je crois que j’en ai trop lu… Mais pourquoi pas celui-ci, après avoir lu ta chronique !

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    1. Aude Bouquine dit :

      Franchement très bonne surprise. C’est bien construit et j’ai beaucoup aimé le côté politico-judiciaire

      Aimé par 1 personne

      1. Yvan dit :

        pourquoi pas alors 😉

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  2. Les Lectures de maud dit :

    Je ne connais pas, merci!!

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