Aude Bouquine

Blog littéraire, chroniques, sorties, bilans lecture : passionnée de polars, thrillers et romans noirs mais pas seulement !

 

Bienvenue dans ma chronique casse-gueule 😉
J’avais renoncé à l’écrire mais un ami m’a convaincue du contraire : il se reconnaitra !!
 
Premier livre lu pour cette rentrée littéraire, tout premier de Yasmina Khadra. 
Pourquoi casse-gueule ? 
Parce que le sujet n’est pas facile et il n’est pas traité non plus dans l’espérance d’une quelconque volonté de pardon. 
 
Khalil n’était rien, il faisait parti d’un grand rien au sein de sa Belgique natale. 
Reconnu par rien, sans ambition, sans avenir, sans plan, sans destin. Comment faire pour se créer une destinée et entrer dans l‘Histoire, faire partie d’une famille, d’un tout, presque devenir une légende, lorsque l’on n’est rien ?
Khalil se met à fréquenter la mosquée.

« J’étais sur leur chemin, objet perdu, ils m’ont ramassé et m’ont gardé puisque personne ne m’avait réclamé. »
« Et la mosquée, plus qu’un refuge, m’a recyclé comme on recycle un déchet. Elle a donné une visibilité et une contenance aux intouchables que nous étions, (…), nous a sortis du caniveau pour nous exposer en produits de luxe sur la devanture des plus beaux édifices.(…). La mosquée nous a restitué le respect qu’on nous devait, le respect qu’on nous avait confisqué, et elle nous éveillés à nos splendeurs cachées… »
Khalil devient ce que nous nommons un kamikaze et décide de participer au massacre du stade de France. Novembre 2015, rappelez-vous. 
Essayez d’ouvrir vos chakras, laissez toutes les émotions de haine et de révolte dans un placard, ouvrez votre esprit pour entrer dans celui de Khalil. 
 
Attention, pas de complaisance, pas de pardon, vous ne trouverez rien de tout cela dans ce livre. 
Juste essayer, pour quelques pages de se retrouver dans la tête d’un kamikaze dont le gilet n’explose pas et d’imaginer un différent mode de fonctionnement de la pensée. 
Car oui, Khalil était prêt au sacrifice suprême. Il avait décidé d’en finir et de devenir « un ange parmi les anges baignant dans la félicité. »
Persuadé de faire partie, ce soir, « des privilégiés du Seigneur », il n’a aucun doute sur le bien-fondé de sa mission, un mal presque nécessaire pour éveiller les consciences et trouver un sens différent à sa vie.
Nous suivons donc Khalil dans sa quête d’un idéal mais surtout le choc et la déception ressentis quand son gilet n’explose pas. 
Le questionnement qui suivra, les réactions de son entourage proche, les conséquences mais surtout le mode de pensée du kamikaze, endoctriné, lucide parfois, aveugle d’autres fois, est psychologiquement brillamment disséqué.
Pour moi Khalil est un jeune paumé à Moleenbeck, enlisée dans une vie monotone et sans intérêt.
Le Kamikaze, c’est Khalil magnifié par un idéal, radicalisé, dont le cerveau a été lavé, petit à petit, par des arguments solides et logiques pour un jeune en perdition.
 
Je trouve que ce qui est totalement abouti dans ce livre, c’est que l’on frôle la raison à presque chaque page. Khalil se pose des questions sur l’échec de sa mission, il suffirait d’une micro seconde de pleine prise de conscience pour qu’il puisse voir les choses avec une totale lucidité. 
Sauf que, la peur de redevenir le moins que rien dans son quartier pourri prend le dessus et il ressent une nécessité absolue de faire partie d’un groupe à tout prix, même si ce groupe est celui qui va créer la terreur, la peur, la carnage. Khalil est doté d’un esprit critique, à n’en pas douter mais ses peurs de la solitude et de la mise au ban du groupe prennent toujours le dessus.
Yasmina Khadra nous fait plonger dans un mode de pensée inconnu, et dans certains des préceptes de l’islam. 
« L’islamisme n’est pas l’islam, c’est une idéologie, pas une religion. »
 
Moi je retiens cette phrase, simple et sublime :
« Le devoir Khalil, est de vivre et de laisser vivre. Il n’y a pas plus précieux que la vie et nul n’a le droit d’y toucher »
 
J’ai été terriblement touchée par la fin. Parce qu’elle est réaliste, parce qu’il n’y en avait pas d’autre possible, parce qu’on se retrouve dans un schéma de pensée totalement différent et qu’elle fait tellement sens. 
Pour ma première lecture de cet auteur, j’ai été charmée par l’écriture de Yasmina Khadra, la poésie qu’il utilise à bon escient entre des passages de pur réalisme et des questionnements fondamentaux. Un auteur de notre temps qui traite de problématiques de notre temps, sans jamais prendre parti, juste en élevant un peu le débat par la connaissance des aspects plus intimes d’une religion dont on ne connait que ce que les médias veulent bien nous en dire.
 
 
Cette chronique est pour toi Hassia, 
Pour les petits déjeuners où sans tabous, toutes mes questions d’ignorante étaient permises et jamais jugées et dont les réponses m’ont aidées à dépasser des à prioris idiots. 

 

Nos discussions n’ont jamais été « Haram », merci pour ça copine !
 
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